"Retour au Drug-Store"
Auteur : Jean-Louis Chassaing 17/03/2004
"Ecrire, c'est comme une drogue. On commence juste pour le plaisir, et on finit par organiser sa vie autour de son vice, comme les drogués. Telle est la vie que je mène..."
Antonio Lobo Antunes, écrivain, psychiatre.
"... dokeis moi tes emes exodou to pharmakon eurekenai..." " ...toi cependant tu as découvert le pharmakon propre à me faire sortir... N'est-ce-pas en agitant devant elles, quand elles ont faim, un rameau ou un fruit, qu'on mène les bêtes ? Toi pareillement en tendant au devant de moi des discours en feuillets (en bibliois), tu me feras circuler..."
Socrate, à Phèdre ( Le Phèdre, de Platon).
Ecrire sur la drogue ; écrire sur les toxicomanies. En-jeu !
Les dossiers sont prêts ; ils sont, ils ont toujours été prêts.
Les prochaines élections régionales et cantonales ne laissent pas porte ouverte aux actions. Sujet délicat s'il en est, parfois enjeu électoral, le plus souvent bien rangé, "le dossier" des toxicomanies est le plus souvent non-traité, voir maltraité. Maltraitance politique in fine, toujours in fine, des citoyens malades que sont les "toxicomanes" !... "il n'y a pas de problèmes de fond" avec Matignon ( ! ! !) pour le Plan quinquennal alcool-tabac-produits illicites (et les Casinos et autres moyens de (se) jouer de cette "toxicomanie sans drogue" (Fenichel, 1945), toujours largement encouragés par l'Etat ?), "Nous attendons simplement l'arbitrage du Premier ministre", aurait confié au Quotidien du Médecin le Docteur Didier Jayle, courageux Président de la Mildt (Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie).
Les derniers remous des alcooliers, des buralistes, témoignent s'il le fallait de la complexité bien réelle du sujet. La réforme de la loi du 31 décembre 1970, souvent évoquée comme "nécessaire", attend... des jours meilleurs... C'est quand "les jours meilleurs ? Un buveur, qui avait conservé le sens de l'humour, jetait ce bon mot (malgré lui je crois) : "Demain, j'arrête... Mais, c'est quand... demain ?".
Promesses prudentes, pragmatiquement et "nécessairement", des politiques ; revendications, souvent corporatistes, honteusement déguisées, d'addictologues et autres partisans pour leur propre besace du slogan "des sous, des sous, des moyens, encore..." ... Mais ils ont tous raison !
Alors, il nous est dit que la Mildt a déposé le 15 septembre dernier les propositions de la réforme de la loi de 70 ; qu'il s'agit de réduire de 20% la consommation annuelle d'alcool par habitant ; que les malades n'ont pas à aller en prison...mais devront, et le devront absolument, payer des amendes ; que les fumeurs de cannabis sont les premiers "malades" ( ?... vraiment ? vraiment les vrais, et les seuls ?) visés par cette rigueur législative ; qu'il va y avoir bien sûr des grandes campagnes d'information sur le cannabis (4 millions d'euros alloués par la Mildt à l'Institut national de prévention et d'éducation en santé) ; que les "schémas régionaux d'addictologie" (tiens : "mon ordinateur" refuse ce mot comme valide !..) de la loi du 2 janvier 2002 (rénovation de l'action sociale et médico-sociale !) vont être mis en place (collègues, à vos demandes... !). On nous dit tout cela. Et que le budget de la Mildt est passé de 40 millions d'euros en 2003 à... 38 pour 2004. Sujet important, on nous le dit !
Et la clinique, vont dire les plus futés, c'est à dire les plus naïfs ? Elle est là : évaluations, vérifications : les conducteurs, les sportifs, les malades hospitalisés rentrant de permissions (au fait : qu'en fait-on ? On les punit comment ? Confondre à ce point ce qui est pris pour mensonge, et le fait pour le patient d'être leurré par cet objet !), bientôt les enfants, à l'école... et puis, chez eux. Comme ça, les parents sauront ! La science permet. Attendez : on est en train de doser dans le sang, dans les urines, dans la salive, les divines et exécrables substances des joueurs en pleine action. Imaginez l'addicté au dessus de la table de la Roulette ou de la Boule, salivant et urinant... des éprouvettes et cathéters plantés... non, c'est trop ! Mais, s'il s'agit... de trouver un... autre "produit miracle"... !
Il est vrai. C'est un terrain "miné", et bien difficile.
Miné par l'objet. Ainsi, au semblant du langage, va-t-on aboutir à ce triste constat de notre humaine condition : ne répondrait que le leurre de l'objet ? Dur travail, pour les politiques... et les thérapeutes. Heureusement, les thérapeutes sont guidés maintenant non par leur propre réflexion mais par leur soutien dans le champ de la Santé mentale, laquelle comme chacun sait est.. Publique !
Ce joyeux catalogue ne pourrait se terminer sans évoquer ce qu'avançait déjà en 1995, dans le numéro 2 du Journal Français de Psychiatrie, Charles Melman, à propos du manque d'une doctrine propre à étudier, et tenter d'avancer bien sûr, dans ce domaine des toxicomanies.
C'est ainsi que, pour nous, ces considérations ci-dessus n'ont rien à voir avec un quelconque pessimisme, mais sont partie intégrante d'une nécessaire réflexion quant à un problème, multiple, considérable, et pathognomonique de nos sociétés.
C'est à partir d'un site psychanalytique que nous l'envisageons, modestement, c'est à dire avec les limites de notre discipline. Ce qui n'est pas si mal : loin de la transparence à la mode, nous rechercherons parallèlement au contenu les bornes de nos savoirs, déplaçant ainsi les cloisonnements et réponses artificiels des "paradis... gagnés" de nos modernités.
