Rester collés à la structure
Auteur : Costantino Gilardi 08/07/1998
"Je recommence. Je recommence puisque j'avais cru pouvoir finir"
L'erre est prise de Freud, de la répétition et de la fin de la cure. La clinique, la cure, le savoir inconscient, la créance, la passe, sont repérés d'entrée de jeu comme ce qui "donne l'occasion tout d'un coup de voir un certain relief, un relief de ce que j'ai fait jusqu'ici".
Le titre du séminaire exprime cette "mise en relief " avec un Witz qui est repérable en tant que tel ne serait-ce que pour une question d'orthographe. Dans ces deux termes mis en mots des noms du père et des Non dupes errent c'est le même savoir, savoir qui demeure indépendamment d'un sens quelconque.
Cela permet à Lacan une première remarque, c'est-à-dire qu'à partir de ce savoir un sujet peut être déchiffré : par le fait même que quelqu'un en tant qu'être parlant prend position, confronté à ce dire. Le sujet se définit ultérieurement se demandant qu'est-ce que veut dire ce dire.
Par le titre même du séminaire Lacan repropose à ses élèves la dimension du Symbolique à travers l'articulation du signifiant, la dimension de l'Imaginaire en tant que le sujet cherche à comprendre et se heurte à plusieurs sens possibles, et du Réel à travers le noeud borroméen, ce qu'il développera dans les leçons ultérieures, c'est-à-dire "l'espace constitué par le noeud lui-même qui désigne mon espace".
Espace habité par l'être parlant et constitué des trois dit-mansions nécessaires à la compréhension de l'expérience analytique.
Lacan précise qu'il reprendra tout ceci de long en large, mais dès la première leçon il fait remarquer que cette notion part d'un autre mode d'opérer avec l'espace - qui jusque là avait été "elucubré more geometrico" - "que nous habitons réellement... si l'inconscient existe".
Les termes de Symbolique, d'Imaginaire et de Réel sont indifférenciés et peuvent être considérés strictement équivalents. Chacun pris séparément a la même fonction au regard des deux autres. Et pour souligner cette indifférenciation Lacan propose une écriture avec des lettres minuscules a, b, c, afin de ne pas mettre l'accent sur le contenu, alors que RSI véhiculerait un sens.
C'est seulement en acceptant une conception de l'espace dans lequel le point se définit par le coinçage que l'on pourra se rendre compte qu'il n'y pas de scansion qui va du meilleur au pire, du Réel à l'Imaginaire.
L'espace constitué par le noeud borroméen dans sa forme primitive est indifférencié et peut donner lieu à une combinatoire particulière indépendamment du sens attribué à chacun des trois ronds RSI.
Il y a un noeud lévogyre et un noeud dextrogyre. Ce qui est nécessaire et suffisant est que "le Réel, lui, reste devant ". Ce "devant" du Réel, devant le Symbolique, ne constitue en soi aucune garantie.
La religion réalise le Symbolique de l'Imaginaire : c'est justement ce qui fait que la religion n'est pas près de finir. Dans la conférence du 29 octobre 1974 à Rome, Lacan reprend longuement les rapports " pas très amicaux "de la psychanalyse avec la religion." Il s'agit simplement de savoir si cette vérité tiendra le coup, à savoir si elle sera capable de sécréter du sens de façon à qu'on en soit vraiment bien noyé ".
"L'analyste, lui, c'est tout à fait autre chose. Il est dans une espèce de moment de mue. Pendant un petit moment, on a pu s'apercevoir de ce que c'était l'intrusion du Réel. L'analyste, lui, en reste là. Il est là comme un symptôme, et il ne peut durer qu'au titre de symptôme. Mais vous verrez qu'on guérira l'humanité de la psychanalyse. A force de le noyer dans le sens, dans le sens religieux bien entendu, on arrivera à refouler ce symptôme" (Lettre de l'école, XVI, p.14-15).
"Et ceci nous met, nous analystes, du même coté, du côté lévogyre, par quoi imaginant ce qu'il s'agit de faire, imaginant le Réel du Symbolique, notre premier pas, fait depuis longtemps c'est la mathématique, et le dernier, c'est ce à quoi nous conduit la considération de l'inconscient, pour autant que c'est de là que se fraye la linguistique".
Quelques observations à propos du terme Dupe :
- ceux qui ne veulent être dupes sont condamnés à errer (terme susceptible de plusieurs sens) ;
- LA dupe est féminin, la question sera reprise, mais dès maintenant la duperie est du côté du non-tout ;
- dès cette première leçon nous avons une référence à l'amour (Elena Sormano, Les noeuds de l'amour, Nathalie Delafond, L'amour pris comme moyen De la psychanalyse) avec l'affirmation " je pense que le mariage c'est l'amour : les sentiments sont toujours réciproques ";
- quelques considérations sur "errer" permettent à Lacan de nous donner le suc de ce qu'il a à nous dire : "si les non-dupes sont ceux ou celles qui se refusent à la capture de l'espace de l'être parlant, si ce sont ceux qui en gardent, si je puis dire, leurs coudées franches, il y a quelque chose qu'il faut savoir imaginer, c'est l'absolue nécessité qui en résulte d'une, non pas errance, mais erreur".
Il y a une imagination qui ne peut que supporter tous ceux qui, de la structure, se veulent non-dupes : leur vie est un voyage, une traversée. La vie est - spécialement dans l'imaginaire médiéval - celle du viator. A la fonction imaginaire du viator et à la mythologie du voyage, Lacan oppose celle de la psychanalyse : le règne de la structure, le règne du désir avec les traits que Freud lui attribue, c'est-à-dire l'immuabilité et l'indestructibilité. " Simplement des rapports d'un être particulier dans son surgissement, dans son surgissement dans un monde où déjà c'est ce discours qui règne, il est parfaitement déterminé quant à son désir, du début jusqu'à la fin ".
Evoquant la sacrée question de la vérité, la leçon se termine et Lacan conclut la leçon avec la formule : être collés, collés à la structure.
Leçon 2 : " Suis-je assez dupe pour ne pas errer ? "
" Suis-je assez dupe pour ne pas errer ? Est-ce que je colle assez au discours analytique qui n'est quand même pas sans comporter une certaine sorte d'horreur froide ? ". Questions qui sont en rapport étroit avec le commentaire que Lacan fera du texte de Freud " Quelques remarques complémentaires à la Science des rêves ", commentaire qui occupera le leçon toute entière à partir du premier texte - " A propos des limites de l'interprétation " (Die Grenzen der Deutbarkeit) - et du second - " La signification occulte des rêves " (Die occulte Bedeutung des Traumes).
Freud s'est tenu au sens sexuel des rêves, mais tardivement il s'est posé la question de savoir si on pouvait penser indéfiniment et si l'interprétation pouvait être infinie.
Plusieurs interprétations sont en fait possibles et aucune ne peut être privilégiée et en dernière analyse, ce qui compte le plus est l'articulation signifiante.
C'est en adhérant au discours analytique, en suivant son fil - " là où on m'attend, sur les espaces vectoriels " - que Lacan abordera et introduira par la suite un autre espace dans l'espace.
Nous rappelant l'écriture du discours analytique
a / $
S2 S1
Lacan précise qu'il ne s'agit pas d'être dupe de ses idées parce que ces quatre lettres ne sont pas des idées. La preuve c'est qu'il est très difficile de leur attribuer un sens.
L'élaboration freudienne - la mathématique de Freud - est repérable dans la logique de son discours, dans son errance, c'est-à-dire dans la façon dont il cherchera à rendre le discours analytique adéquat au discours scientifique. Ceci sera l'erre, I'aire de Freud : il a fait sa mathématique, mais il aurait eu besoin d'un second pas pour pouvoir l'écrire. C'est de ce pas que Lacan cherche à rendre compte.
Dans les deux textes de Freud sur Les limites et sur L'occulte et dans un troisième, celui sur La télépathie, Freud s'interroge sur les limites du champ scientifique, ce qui permet à Lacan de montrer que, à partir de Freud, il est possible d'introduire une dimension qu'il appelle Réel.
Lacan rappelle que pour Freud la première et principale fonction du rêve est celle de protéger le sommeil et non pas celle de l'Imaginaire .
"Ce que je vous serine depuis vingt ans" est ce qui clôt, ce qui termine la Traumdeutung, à savoir " ce fameux désir indestructible qui se promène sur la ligne du voyage dès lors que l'entrée dans le champ du langage s'est produite, ce désir accompagne d'un bout à l'autre cette Ebenbild (traduit " à l'image " de, mais c'est plutôt une image fixe, toujours la même) ".
Il n'y a de passé qu'à partir du moment où il est question de fonction spatiale. C'est en rapport à la vie conçue comme voyage que l'on peut dire qu'il y a une partie passée et une autre qui reste à vivre qu'on appelle avenir. Ces inscriptions du désir indestructible accompagnent la glissade.
L'introduction du signifiant Grenzen est la pointe de tout ce que Freud a énoncé dans la Traumdeutung. L'effet rétroactif qui en dérive est la structure symbolique. Freud a énoncé que l'inconscient est irrationnel, ce qui veut dire simplement que sa rationalité est à construire.
Si le principe de contradiction, le oui et le non, ne joue pas dans l'inconscient le rôle qui lui est attribué dans la logique classique, il est nécessaire alors d'en construire une autre.
Lacan suspecte que Die Grenzen n'a pas été publié dans la seconde édition de la Traudeutung non pas parce qu'il y était question de l'occulte, mais parce qu'il paraissait exagéré, excessif. Ce texte démontre que dans la structuration du désir indestructible il y a quelque chose qui aurait permis de matérialiser autrement la nature.
Lacan justifie son soupçon en s'appuyant sur la reprise de certains signifiants utilisés par Freud
- Uebersetzung (traduction) qu'il entend ici comme signifiant de la " lacanité " de Freud ou de la " freudianité " de Lacan ;
- Deutung (le sens) ;
- Deutbarkeit (I'interprétabilité) ;
- Traumdeutung (SENS des rêves) ;
- Beziehung (relation) ;
- Verhältnisse (relation mais pas dans le même sens ; mot qui peut être pris dans le sens des relation unter denen, sous le coup desquelles on travaille à l'interprétation des rêves) ;
- Streben (les tirants qui lui permettent de retrouver les fonctions essentiellement " lacaniennes " de l'UTILE et du JOUIR).
" C'est là-dessus qu'au départ j'ai fait entièrement pivoter ce que j'ai dit de l'éthique de la psychanalyse ".
Cette leçon consiste en un travail très serré et rigoureux du texte freudien, qui lui aussi, en tant qu'écriture, vient faire limite. Se référant à l'Ethique c'est autour du signifiant Lustgewinn (un gain de plaisir) qu'il propose quelques observations.
Ce que fait noter Lacan c'est que, si nous regardons bien, cette expression freudienne, vu le contexte dans lequel elle est située, est l'équivalent de ce que, lui, appelle jouissance.
Je voudrais, plutôt que souligner les références à la sagesse épicurienne, à la jouissance des esclaves et à d'autres points du texte qui peuvent faire sens - et pourquoi pas ?- souligner le travail de Lacan sur les signifiants freudiens, centré sur la construction et sur le chiffrage, chiffrage qui constitue la dimension du langage et qui n'a rien à faire avec la communication.
Toujours à partir de Freud Lacan fait noter que " il n'y a pas de sexuelles Verhältnisse que ça : la Verhältnisse en tant qu'écrite, en tant que ça peut s'inscrire ou que c'est mathème ; ça, ça foire toujours ". Le sens sexuel ne se définit, nous dit Lacan, que comme ce qui ne peut pas s'écrire.
Le chiffrage vient à la place du sens, le chiffrage, et non pas le déchiffrage, rend nécessaire Die Grenzen : la même parole que celle utilisée dans le titre freudien est utilisée ici pour ce que l'on désigne, dans la mathématique, " limites ", comme limite d'une fonction, comme limite d'un nombre réel. La variable peut augmenter mais la fonction ne dépassera pas certaines limites.
Le langage est là à la place du sens.
" Ce qui fait que le rapport sexuel ne peut pas s'écrire, c'est justement ce trou là, que bouche tout le langage en tant que tel, l'accès de l'être parlant à quelque chose qui se présente bien comme en un certain point touchant au Réel. En ce point se justifie la définition lacanienne de Réel tout comme celle de l'impossible.
Le second écrit freudien est l'occulte Bedeutung des rêves.
" Alors maintenant je ne vais pas tout de même vous quitter " dit Lacan - sans vous dire quelque chose à propos de ce qui se passe sur le versant opposé. L'interprétation est incalculable dans ses effets.
Qu'est-ce que veut dire Lacan en qualifiant son dire de " cru "? Il veut dire que le seul sens est la jouissance et de plus la jouissance qui fait obstacle au fait que le rapport sexuel ne puisse d'aucune façon s'écrire, et ceci permet d'étendre à la jouissance la formule, que l'effet de l'interprétation est incalculable. La victoire d'une armée sur l'autre est totalement imprévisible et ce, parce que nous ne pouvons calculer la jouissance des combattants : si certains jouissent à se faire tuer ils ont l'avantage. Lacan propose cette phrase comme une petite intuition de ce qu'il peut en être du contingent, à savoir de ce qui se définit à partir de l'incalculable.
L'occulte c'est ça, l'absence de rapport. Freud énonce clairement que rêve et télépathie n'ont rien en commun. Il préfère admettre le phénomène de la télépathie plutôt que de le faire rentrer dans le rêve ; le rêve est constitué d'une série de chiffrages et ces chiffrages ne peuvent porter que sur un matériel constitué par les restes diurnes ; Freud rangera la télépathie du côté des événements courants pour ne la relier absolument pas aux mécanismes de l'inconscient. Il préfère admettre que la télépathie existe plutôt que de la relier à ce qu'il en est de l'inconscient. Ce qui concerne le phénomène télépathique consiste en ceci : qu'il n'y a rien d'autre dans la télépathie qu'une référence au désir.
La leçon se termine avec deux énonciations à première vue extravagantes :
- la première concerne l'initiation,
- la seconde que le corps, en tant que nous le croyons vivant, est quelque chose qui en sait beaucoup plus que ce que croient les anatomo-physiologistes. Les hystériques de Freud en savaient long, et ceci est montré par les possibilités inattendues de leurs corps.
L'autre observation est la suivante : il n'y a pas d'initiation. Lacan passe rapidement de la télépathie à l'initiation.
Dans la télépathie il signale deux choses :
- le contenu de l'information,
- et le fait de l'information
et il dit que le contenu a affaire uniquement avec le désir du sujet.
De l'initiation - comme dans l'antiquité on la connaissait et on la pratiquait - il ne nous reste plus, à notre époque, que le reste de l'occultisme. C'est ce qui nous reste des mystères de l'antiquité que Mauss appelait les technique du corps, et ce qui nous intéresse dans ce discours - approche qui se réalise non sans lenteur et sans détours - c'est qu'il y a ici quelque chose d'entrouvert, de révélé par rapport à la jouissance. S'il y a une initiation concevable ce ne serait-ce rien d'autre qu'une science de la jouissance du corps.
Dans tout ce parcours complexe, non sans détours et commentaires ponctuels des signifiants freudiens, ce que Lacan a voulu nous montrer c'est que, si on lit Freud avec attention, il est possible d'y repérer la dimension du Réel dont Lacan vient de parler et qu'il reprendra dans la leçon suivante.
Leçon 3 : dupe du Réel
La troisième leçon est une présentation du noeud borroméen que Lacan a jusqu'ici évoqué rapidement. Il le dit lui-même explicitement : " Je voudrais dire en cette troisième session de l'année de ce séminaire en quoi consiste sa place au séminaire, et son programme. Et c'est pourquoi je l'ai énoncé en vous parlant tout de suite, d'abord, du noeud borroméen ".
Dès le début de cette leçon Lacan veut nous débarrasser du fait que nous tendons inévitablement à confondre le noeud borroméen avec toutes les représentations que Lacan lui-même nous a proposées : ronds de ficelle, qu'il manipulait durant le séminaire, dessins au tableau ou sur des papiers. On peut aussi faire des noeuds borroméens avec des cubes, des tores ou d'autres choses, mais les représentations sont un passage nécessaire et sont une façon pour nous faire faire l'expérience du fait que nous n'avons pas le sens du volume, quoiqu'il en soit de ce que nous sommes arrivés à imaginer des trois dimensions de l'espace.
Ceci - nous dit Lacan - pour mettre en avant, dès le début, ce qu'il veut dire : que " nous sommes des êtres, vous comme moi, à deux dimensions malgré l'apparence ". Il avait déjà parlé dès la première leçon d'un monde dans lequel domine l'opsis, c'est-à-dire le visuel, du fait qu'il y a toujours de l'intuition dans ce dont part le mathématicien. Tout au long du séminaire Lacan fera référence à ces différents modes de représentation.
Dans le travail de lecture que nous avons fait cette année, Claude Dorgeuille a fait observer que Lacan use peu le terme représentation, peut-être pour éviter des erreurs d'interprétation de son dire et des confusions avec les usages que de ce terme les philosophes et les mathématiciens. Nous sommes des êtres à deux dimensions et le mieux que nous arrivons à faire est de gribouiller, c'est-à-dire de nous fier à l'écriture, et de nous servir de l'écriture.
Notre accès à ce qui nous importe, que ce soit notre structure mentale, ou que ce soit le noeud avec lequel nous construisons le monde dans lequel nous sommes immergés, dépend - en grande partie - de l'écriture. Reprenant le titre du séminaire : Les non-dupes errent il propose d'ajuster le tir : il ne suffit pas d'être dupes pour ne pas errer : " ce que vous faites, bien loin d'être le fait de l'ignorance, c'est toujours déterminé, déterminé par quelque chose qui est savoir et que nous appellons l'inconscient ". Ceci s'applique à son séminaire.
" Ce que vous faites sait - s,a,i,t - sait ce que vous êtes, sait vous ". Ce que vous faites est savoir, parfaitement déterminé Lacan prend soin de remarquer qu'il a pris ce sens à Freud parce que nous le trouvons déjà chez Freud. Nous ne pouvons faire autrement qu'entendre ceci dans le dire de Freud. " Une fois que c'est énoncé, ça fonde un nouveau discours, c'est-à-dire une articulation de structure qui se confirme être tout ce qui existe de liens entre les êtres parlants. Pas d'autres liens entre eux que le lien de discours ".
Il y a pourtant quelque chose d'autre que nous prenons pour volume, c'est justement le noeud. Le noeud nous pouvons l'aborder, non seulement à plat, mais aussi en volume, et le volume ne permet pas de distinguer le noeud de son image spéculaire. Lacan propose, ici, plusieurs observations concernant spécialement l'Imaginaire qui nous captive tellement.
Il souligne, en passant, la logique modale pour revenir au noeud borroméen et au noeud olympique, et finalement introduire le Réel.
" Jusqu'à maintenant je vous ai parlé de l'Imaginaire et du Symbolique, mais mon discours tend à vous montrer que ces deux dimensions se complètent de celle du Réel. En d'autres termes il est nécessaire qu'il y en ait trois ".
Il nous propose quelques considérations sur la nomination, puisque jusque là le Réel nous était proposé comme nécessaire dans le dire de Lacan, même si dans la deuxième leçon il l'avait introduit montrant que déjà pour Freud quelque chose de cet ordre était nécessaire. Mais pour le moment nous sommes obligés de nous fier à Lacan et de faire l'économie de démonstrations assurées. D'une façon inattendue il propose la formule " Je te baptise Réel ", qui anticipe ce qu'il développera dans les leçons suivantes à propos du dire qui fait événement : " J'ai ajouté dans mon for intérieur : je te baptise Réel parce que si tu n'existais pas, il faudrait t'inventer ".
Il introduit tout de suite après une des modalités : le nom propre précède la nécessité par quoi il ne va plus cesser de s'écrire.
Après quelques remarques sur le christianisme comme vraie religion et sur la vérité que l'on peut seulement mi-dire, il fait une remarque importante à propos du transfert et qui illustre le mode qu'a Lacan de prendre parti sur les choses importantes de la cure analytique. Il affirme que le transfert n'est pas un moyen mais qu'il est un résultat. Le dire de Lacan déplace ses auditeurs, lecteurs attentifs de Freud qui, lui, propose le transfert comme moyen et moteur de la cure. Il y a transfert simplement parce qu'il y a langage et le langage est un effet de ceci : qu'il y a du signifiant Un.
Lacan fait la même opération à propos du " déchiffrer ": déchiffrer veut dire substituer le signifiant Un à l'autre signifiant, "celui qui ne fait deux que parce que vous y ajoutez le déchiffrage. Ce qui permet tout de suite de compter trois". Ce forçage nous met sous le joug du savoir, le joug du savoir à la place même de la vérité et aussi de la religion, dont il a dit à peine qu'elle est la vraie.
Le noeud doit être bien fait. L'enfant doit apprendre quelque chose et ce, pour que le noeud se fasse bien pour ne pas être dupe, c'est-à-dire dupe du possible.
Dans la dernière partie de la leçon Lacan propose quelque chose qu'il ne reprendra dans aucune autre leçon : le noeud borroméen serait une représentation de la normalité et son dénouage - le fait que en en coupant un les deux autres se libèrent - serait le fait de la folie ; alors qu'au contraire le noeud olympique serait le noeud propre du névrosé, c'est-à-dire que quand on en coupe un les deux autres ronds restent noués. On trouverait ici ce qui fait le caractère indestructible du névrosé ; comme Lacan nous le dit ici et ailleurs, qu'il leur manque le Réel, le Symbolique ou l'Imaginaire, ils sont increvables.
La phobie de Hans est évoquée pour illustrer les deux modalités de noeuds : le cheval représente un certain nombre de circuits (nécessité du plan de Vienne pour bien les suivre) et le noeud du petit Hans, même s'il a trois ronds qui tiennent ensemble, n'est pas borroméen et c'est pourquoi Hans est un névrosé : du fait que si on en coupe un les deux autres restent noués.
Probablement Hans est évoqué ici comme exemple du noeud névrotique, mais la question de la phobie en tant que telle reste ouverte : la manière de proposer la folie implique-t-elle ici de maintenir la phobie comme structure à part, à part des autres formes de névroses (hystérie et névrose obsessionnelle), ou bien est-elle proposée ici simplement comme une illustration d'un cas de névrose par opposition à la normalité et à la psychose évoquée dans le dénouage du noeud borroméen ?
La leçon se termine en reprenant le Réel sur lequel Freud s'interroge à la fin de la Traumdeutung. Pour Freud le Réel c'est l'occulte et il est Réel précisément du fait que Freud le considère comme l'impossible, ne croyant pas - il y insiste - ni à l'occultisme, ni à la télépathie. Freud était dupe du Réel et la bonne dupe. Comme le dit Lacan "la bonne dupe, celle qui n'erre pas, il faut qu'il y ait quelque part un Réel dont elle soit dupe".
