Théorie psychanalytique

 
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Rapport Annuel de Marmottan (extrait)

Auteur : Marc Valleur 19/07/2004

Bibliographies Notes

Introduction du Rapport Annuel de Marmottan (extrait)

Le Docteur Marc Valleur a la difficile tache de succéder au Professeur Claude Olievenstein à la direction du Centre Marmottan. Son expérience en ce domaine ne l'empêche pas de poursuivre le travail de défrichage, d'accueil, de consultations, de suivi en hôpital, des nouvelles formes de dépendances. Nous installons ici une interview au journal Ouest-France sur l'Observatoire des Jeux, la consultation des joueurs étant devenue une activité importante à Marmottan. Nous remercions par ailleurs Marc Valleur (second article) de nous avoir donné un résumé du Rapport annuel 2003 de l'institution.

Quelles que soient les évolutions des discours officiels et la marge de manoeuvre de la MILDT, nous continuons aussi à développer nos "nouvelles consultations" : nous recevons régulièrement de jeunes fumeurs de cannabis demandant de l'aide, comme certains jeunes à qui l'usage d'ecstasy, d'hallucinogènes ou de drogues de synthèse posent des problèmes.

Aussi certains cadres d'entreprise ayant pris des excitants majeurs dans une optique d'augmentation des performances, voire de personnes aux prises avec des problèmes de dopage.

Surtout, nous continuons à recevoir des joueurs dépendants : en ce qui concerne les jeux d'argent, il s'agit désormais d'une activité installée, qui devrait pouvoir se développer et s'instituer. Mais surtout, nous sommes de plus en plus sollicités pour des abus ou de réelles dépendances aux jeux vidéo, et particulièrement aux jeux en réseau sur Internet : ces formes de dépendances constituent un phénomène émergent, qui va devenir de plus en plus important, parallèlement à la diffusion des nouvelles technologies de l'information et de la communication.

Que des personnes demandent spontanément à être aidées pour mettre fin à ce qu'elles vivent comme une dépendance insupportable est un élément suffisant pour attester, cliniquement, de la réalité de ces "nouvelles pathologies". Qu'elles s'adressent au Centre Marmottan, dont elles connaissent parfaitement la vocation de lieu de soin pour toxicomanies graves, est aussi un facteur d'appréciation de la gravité subjective du phénomène.

Pour l'instant, nous ne bénéficions que d'une tolérance de nos tutelles pour suivre ces patients. Pas de budget spécifique donc, pas de vraie reconnaissance officielle de cette activité. Mais il ne faut pas désespérer, notre situation est logique : malgré un rapport sénatorial sur l'état du jeu en France, sous-titré "L'état croupier, le parlement croupion", le jeu pathologique n'a pas encore une existence officielle dans le pays, sans doute parce que les deux principaux opérateurs de jeu, le P.M.U et la Française des Jeux, dépendent directement du Ministère des finances...

Continuer et développer la théorisation

Certains des jeunes - et des moins jeunes - joueurs que nous recevons en consultation nous rappellent, par une partie de leur discours, les premiers toxicomanes qui étaient venus consulter à Marmottan au début des années 70 : souffrant de leur dépendance, et de la coupure qu'elle entraîne entre eux et les autres, conscients du désinvestissement affectif et social dont ils souffrent, ils mettent toutefois en avant, parfois de façon prosélyte, le versant positif de leurs habitudes.

"Prouvez-moi que redevenir normal est aussi intéressant que ce que j'ai pu connaître dans ces mondes virtuels..." : ce genre de formule de joueur n'est pas sans rappeler les provocations de nos premiers clients, et par exemple le célèbre "il vaut mieux mourir de plaisir que crever d'ennui", prononcé à la télévision, dans les années 70, par l'un de nos futurs accueillants...

Ces jeunes démontrent que les dépendances ne sont pas simplement le fait de quelques substances diaboliques et étrangères dont il suffirait de combattre la diffusion. Les dépendances continuent de toucher toutes les catégories sociales, et elles s'enracinent aussi dans les formes les plus modernes et les plus prometteuses de la culture. N'en faire qu'un objet de sécurité et de répression reviendrait à déclarer la guerre à l'ensemble de la jeunesse.

Spécialistes des toxicomanies, nous avons à définir sans cesse notre objet d'étude, comme notre champ d'intervention. Tracer, de façon toujours renouvelée, les frontières mouvantes entre usage et dépendance, entre normal et pathologique. Notre savoir-faire s'avère opérant devant toutes les formes les plus actuelles des pathologies de l'agir et de l'excès de lien.

Nous continuerons à y développer notre clinique, à y réfléchir, à théoriser nos actions, même s'il faut, une fois de plus, combattre pour avoir simplement le droit de continuer à travailler.

Notes
Bibliographie