Rafah Nached
Auteur : Marc Nacht 26/09/2011
La psychanalyste syrienne Rafah Nached, a été arrêtée le samedi 10 Septembre à 1 heure 30 du matin à l’aéroport de Damas par les services de renseignement syriens.
Elle allait voir sa fille à Paris et procéder à des consultations médicales la concernant.
Elle serait aujourd'hui toujours en prison. Et son état de santé, car elle souffre d'une affection cardiaque, se dégraderait.
Les raisons de son arrestation : elle aurait été inculpée mercredi d'activités "susceptibles d'entraîner une déstabilisation de l'État". Nous ne nous étonnerons pas que l'exercice de la psychanalyse puisse être une de ses activités sulfureuses, exercice certainement aggravé aux yeux des moukhabarat par le fait qu'elle animait, avec un prêtre jésuite, des groupes de paroles ouverts à tous ceux cherchant à lutter contre leur angoisse.
J'écris ces lignes hâtivement alors que je m'apprêtais à commenter le dernier chapitre du livre de Jean-Louis Chassaing, Drogue et langage (Cf. la critique de Thierry Florentin sur ce site). Ce dernier chapitre est intitulé Socrate, la ciguë et le signifiant. Mort à celui qui se décrivait "hors lieu": "On dit que je suis atopotatos, que je ne crée que de l'aporia" (in Théétète, Platon). Addiction de Socrate au signifiant, à sa mise en jeu aporétique, déliaison, analyse. Brisure du tout Un qui fait autorité jusqu'à boire la ciguë qui fait silence, enfin.
Rafah Nached n'est pas Socrate, mais simplement porteuse de cette atopie qu'est la psychanalyse. Atopie que la dictature ne peut qu'exécrer tant elle s'oppose à sa propre volonté de fixation du temps, de l'espace et des hommes qui est son fantasme durci à la glu des armes.
Marc Nacht
