Questions sur la topologie des interprétations
Auteur : Bernard Vandermersch 15/08/1995
1. Les moyens de l'analyse sont ceux de la parole. Si l'analyse a renoncé à l'hypnose, à la narcose etc. c'est que, pour Freud, il ne s'agissait plus seulement de retrouver un souvenir, un événement traumatique refoulé mais un désir refoulé. Du même pas l'accent est porté sur la réappropriation par le sujet de son désir : " Le désir ne fait qu'assujettir ce que l'analyse subjective.1 " Diriger une cure c'est maintenir le cap vers cette assomption : Wo es war, soll ich werden. Quel est alors la part de l'interprétation ? Son mode, son temps, son lieu ? Que doit-elle viser ? Quelle doit être sa structure ? Pour des raisons propres au champs analytique il ne peut y être répondu de façon normative. Du moins pouvons-nous traiter la question " après-coup " : une interprétation a eu de l'effet : comment était-elle ?
2. La définition du dictionnaire Larousse de la psychanalyse selon laquelle l'interprétation est une " intervention de l'analyste tendant à faire surgir un sens nouveau au-delà du sens manifeste que peut présenter un rêve, un acte manqué, voire une partie quelconque du discours du sujet2 " (R. Chemama) constitue un point de départ communément admis. Remarquons qu'elle énonce : un sens nouveau et non : le sens caché. L'auteur montre qu'avec Lacan l'interprétation inverse le rapport signifiant-signifié : en agissant sur le signifié avec ce sens nouveau, elle introduit le sujet en analyse à l'équivoque du signifiant. Plutôt qu'un sens plus vrai il s'agit d'apposer sur les significations le " sceau du signifiant ".
3. Interprétation traduit le mot allemand Deutung mais son voisinage sémantique diffère. Alors que l'allemand met l'accent sur la " mise au clair " le français " interprétation laisse transparaître l'interpres latin : " agent entre deux parties, interprète, traducteur. " Pres est inconnu mais on le rapproche de pretium (prix), l'inter met l'accent sur la traduction : " L'interprétation, pour déchiffrer la diachronie des répétitions inconscientes, doit introduire dans la synchronie des signifiants qui s'y composent, quelque chose qui soudain rende la traduction possible, - précisément ce que permet la fonction de l'Autre dans le recel du code, c'étant à propos de lui qu'en apparaît l'élément manquant3. " Remarque : c'est parce que l'Autre est par structure incomplet que de l'interprétation est possible. Interpréter n'est pas passer d'un code à un autre code mais introduire quelque chose dans le code là où grâce à ce manque dans l'Autre s'offre l'occasion et où malgré cet apport ça continuera de manquer.
4. L'interprétation comme métaphore.
Quel est ce quelque chose qui doit être introduit dans la synchronie des signifiants ?
Quelles sont les qualités structurales de cette " chose " pour qu'elle soit acceptée par l'inconscient et qu'il y réagisse ? Bien sûr, il faut d'abord préciser que interprétation ne s'adresse pas au moi mais tend à produire le sujet de l'inconscient lequel est l'effet d'une identification mettant en jeu une structure de substitution homologue à la métaphore. Aussi sommes-nous moins étonnés que tel analyste (N. Reider) de ce qu'une interprétation significative juste mais inopérante devienne efficace (c'est-à-dire soit acceptée et ouvre sur un matériel jusque là recélé) lorsqu'elle est proférée, de préférence spontanément, par l'analyste sous forme métaphorique.
M. Safouan4 qui rapporte l'interrogation de cet analyste et celle d'E. Sharpe pose à son tour la question : " Comment se fait-il qu'un objet particulier, par exemple le pénis ou le sein, s'avère impuissant [...] à épuiser le sens du désir ? Et comment se fait-il que, par le détour de la métaphore, nous réussissions à accoucher des fantasmes où le désir s'avère être néanmoins organisé autour de ce même objet ? "
Safouan dissipe d'abord l'illusion répandue qu'une métaphore soit toujours un déplacement d'un sens propre, physique à un sens imagé, psychique ou encore d'un sens originel (réel) à un sens actuel. Pour lui le nerf de la métaphore résiderait dans la substitution signifiante comme telle. Elle fait entendre un sens inédit et non le " sens propre " comme semble le croire E. Sharpe.
Surtout Safouan montre les conséquences d'une telle croyance en un sens propre. Elle revient à penser, sinon à dire au patient : " Tu dois savoir " tandis que l'interprétation sous forme métaphorique fait entendre un : " tu peux savoir... qui veut peut savoir ". Certes dans la mesure où l'objet cause du désir est un manque, le don ou la demande concernant cet objet ne peuvent être que métaphoriques. Une telle conception légitime l'interprétation, par jeux de mots, calembours, etc.
5. Deux objections cependant surgissent : (R. Chemama5) Premièrement, si la métaphore est dans la substitution signifiante comme telle, y a-t-il une vectorisation Du parcours du signifiant ? Est-il orienté ? si les chaînes peuvent être parcourues indifféremment qu'en serait-il alors de la vérité ? " En quoi l'inconscient serait-il plus digne d'être reconnu que les défenses qui s'y opposent dans le sujet avec un succès qui les fait apparaître non moins réelles ? " (Lacan in La chose freudienne).
Deuxièmement : l'énoncé interprétatif est-il seulement caractérisé par sa structure métaphorique ? L'exemple de N. Reider : " L'aveugle n'a pas peur des serpents " est de fait bien autre chose qu'une métaphore (serpent pour pénis). C'est un proverbe, une locution toute faite. R. Chemama, à partir d'une de ses propres interprétation : Vous êtes mordu ! " montre qu'une telle interprétation " est à la fois, du point de vue du sens, équivoque, polysémique et, du point de vue de la forme, insubstituable, intransformable. Or ce sont là deux traits constitutifs de ce qu'est, sur un autre plan, l'écriture poétique6. "
6. La coupure énonciation-énoncé
Dans L'envers de la psychanalyse Lacan dit que l'interprétation doit être un savoir en tant que vérité. Pour cela elle doit jouer de la différence entre énonciation et énoncé. Elle sera donc énigme et/ou citation. Il s'agit ici d'un problème éthique, la vérité ne pouvant qu'être mi-dite sous peine de se figer en savoir et ne produire qu'un déplacement de l'aliénation. Ainsi l'énigme est un énoncé dont l'énonciation est laissée à la charge de l'auteur du texte cité (ici une phrase, un mot de l'analysant proférés dans un autre contexte). L'apparente contradiction de la référence commune de N. Reider et d'E. Sharpe à la métaphore (l'un étant " pour " le sens figuré, l'autre pour le sens propre) est donc à entendre plutôt comme pratique commune d'une coupure entre énonciation et énoncé soit entre la chaîne inconsciente et la chaîne signifiante effectivement proférée, coupure dans laquelle le désir du sujet trouve son réduit.
Dans son graphe7, Lacan situe dans cet espace le fantasme soutien du désir du sujet. Ainsi l'interprétation n'est pas simple substitution signifiante, elle doit faire entendre, voire produire la coupure entre deux chaînes ou plutôt deux lieux. Elle n'est pas non plus ouverte à tous les sens. Tous les sens possibles ne sont pas capables de faire surgir les signifiants à la question irréductibles qui ont introduit, bêtement, le sujet à la question de son être. Le paradoxe noté plus haut par Safouan que la désignation directe et savante de l'objet est moins efficace qu'une expression toute faite et plutôt bête tient à la nature de cet objet, cause du désir. Si cet objet a, recélé dans le fantasme (S a), trouve son origine dans la coupure signifiante, ce n'est que par une coupure homéomorphe qu'il pourra être à nouveau produit dans la cure. Cette assertion repose sur l'hypothèse d'un objet produit par coupure, ce qui ne se confirme bien que dans les agencements névrotiques de la structure. L'interprétation par l'équivoque signifiante ne saurait être la clé universelle. Son efficacité dans la psychose se voit plutôt dans son pouvoir de déclencher son éclosion clinique ou ne peut en effet y trouver entre le sujet du signifiant S et l'objet cause du désir : a Le minimum d'articulation qui permettrait le jeu de l'interprétation.
Dans les structures perverses il s'agirait de trouver la forme topologique de l'interprétation qui recélerait au sujet en le montrant de façon mimétique, le clivage dans lequel il se tient pour échapper partiellement à la dictature du désir. (cf Nusinovici, Jouissance et transfert in Le Trimestre psychanalytique 1994, n°3).
7. Le nom propre
La cure analytique produit ainsi des signifiants irréductibles sans plus de signification. Ceux-ci peuvent-ils être considérés comme le véritable nom propre, la carte d'identité, le code du sujet que le travail analytique n'a fait que déchiffrer ? Ou bien ne sont-ils véritablement produits que dans la cure, même si après coup ils apparaissent comme ayant toujours été déjà là ?8
De la réponse à cette question dépend le type de responsabilité de l'analyste dans l'interprétation et celle devant laquelle il laisse son analysant. L'analyse ne doit-elle pas tendre sinon à la dépossession de ce nom propre secret, secrètement chéri, du moins à la reconnaissance que les éléments littéraux qui l'articulent sont comme tels strictement équivalents à ceux de n'importe quel autre sujet.
Si l'interprétation à forme bête, toute faite, se montre la plus efficace n'est-ce pas qu'elle est la mieux faite à montrer ce qui ne se dit pas : la bêtise du signifiant qui manipule notre destin.
Cette bêtise Freud nous la montre à l'envi dans l'histoire de Hans qui appelait lui-même sa phobie : sa bêtise. Je reprendrai pour l'occasion l'examen des effets de l'unique interprétation de Freud à Hans au cours de l'unique consultation qu'il eut avec lui9.
8. La consultation du 30 mars 1908
Dans un premier temps Freud révèle à Hans qu'" il avait peur de son père justement parce qu'il aimait tellement da mère ". Puis dans un deuxième temps il reprend cette révélation dans une formule devenue célèbre : " Bien avant qu'il ne vînt au monde, déjà j'avais su qu'un petit Hans naîtrait un jour qui aimerait tellement sa mère qu'il serait par suite forcé d'avoir peur de son père et je l'avais annoncé à son père. "
Le 2 avril on note la première amélioration réelle... Quel est le ressort de cette efficacité ?
Le sens. - C'est le sens oedipien. Freud explique à Hans sa phobie par la crainte d'une rétorsion des motions agressives contre son père en raison de son désir pour sa mère. Ce sens, aujourd'hui galvaudé était encore à l'époque virulent et pouvait bousculer.
La place où se tient Freud. - Le père de Hans est son élève : il observe son fils depuis sa naissance pour faire progresser la psychanalyse. Freud a soigné la mère. " Il parle du Sinaï " dit Lacan et le petit Hans accuse le coup. On a d'ailleurs déjà noté que le nom même du Pr Freud se trouvait inscrit dans le signifiant Pferd de la phobie.
La forme de l'interprétation. - Il s'agit d'un énoncé déclaratif sans aucune métaphore. Elle n'est pas pour autant banale. D'une part elle est construite sur une formule syntaxique originale " Bien avant... déjà... " qui introduit une connexion logique et temporelle complexe entre deux propositions : Hans est déjà dans l'Autre (Freud savait déjà) avant d'être au monde. Il y avait donc dissociation entre l'inscription dans l'ordre symbolique et l'ordre imaginaire de la présence physique au monde.
D'autre part elle s'exprime par une répétition : d'abord la révélation, puis la révélation que cette révélation avait déjà été révélée, soit un deuxième degré de la révélation. Nous y voyons une monstration de la " double boucle " nécessaire à la subjectivation.
9. Quelles sont ses effets immédiats ?
Le père prend le message pour lui-même. Il interrompt Freud : " Pourquoi crois-tu donc que je t'en veuille ? T'ai-je jamais grondé ou battu ? - Oh oui ! tu m'as battu. - Ce n'est pas vrai. Quand ça ? etc.
Hans, à moins qu'il n'ironise, semble impressionné : " Le professeur parle-t-il avec le Bon Dieu pour qu'il puisse savoir tout ça d'avance ? "
Pourtant le 3 Avril, le lendemain de la " première amélioration réelle ", Hans dit à son père : " Pourquoi m'as-tu dit que j'aime maman et que c'est pour ça que j'ai peur quand c'est toi que j'aime ? " Difficile d'y voir la confirmation de l'interprétation du Professeur ! Pourtant Hans l'a entendue mais dans un sens normatif non pas comme ce qui se passe mais comme ce qui devait se passer.
Ainsi le 21 Avril : ... " Si c'est vrai, tu te mets en colère, je le sais. Ça doit être vrai (Das muss wahr sein). "
10. Cependant on va noter un autre phénomène à mon avis fort remarquable. Entre la consultation du 30 mars et le 2 mai, date où sera produit le mythe conclusif de la cure, va apparaître dans le discours de Hans et de façon de plus en plus nette cette opposition logique : " Pas encore... déjà... " sur le modèle de la formule de Freud : " longtemps avant que... déjà... ". Cette formule qui permet d'articuler en une seule phrase des propositions situées dans des temps de valeur différente n'existait pas avant. On pourra trouver les sept occurences de cette structure logique dans le discours de Hans dans un article paru dans le Bulletin de l'AFI n° .
Pour l'exemple je citerai la première du 4 avril : " J'ai peur, si je suis sur la voiture, que la voiture s'en aille vite et que je me tienne dessus et que je veuille aller là sur la planche (la rampe de chargement) et que je m'en aille avec la voiture. "
La formule permet à Hans de dire la structure de la phobie. J'ai peur de ceci : " Je n'ai pas encore rejoint la rampe... déjà la voiture m'emmène. "
et la dernière du 21 avril : " Tu n'étais pas encore descendu de la passerelle et le second train était déjà à Saint Veit, " expression d'un appel inquiet au père voire de reproche voilé comme dans la phrase qui suit : quand tu es descendu le train était déjà là et alors nous sommes montés dedans.
11. L'intervention de Freud semble donc avoir introduit dans le discours de Hans une sorte d'opérateur logique, un " pas encore... déjà " qui structure voire provoque un nouveau mode d'énonciation. Ce connecteur logique pourrait être la matrice du futur antérieur : " il aura été " que Lacan nous a désigné comme la temporalité propre au sujet de l'inconscient.
On remarque qu'il ne s'agit pas de la répétition d'une ritournelle signifiante. Le connecteur emprunte des constructions grammaticales variées. Seule est constante l'articulation d'une anticipation.
Ainsi dans le premier exemple (4 avril) l'articulation logique n'est qu'implicite. Le sujet exprime sa crainte d'être embarqué sur le wagon " wegen " (à cause de ) son désir sans pouvoir revenir à temps au point de départ (mais bien sûr il ne veut pas savoir que c'est déjà trop tard).
Le 9 et le 10 avril c'est la tentation fétichiste, abandonnée ?, de la culotte. Encore au magasin il l'a déjà vue. Elle n'est pas encore mise qu'elle est déjà salie... Cette séance est remarquable par ailleurs par la classification bipartite, à laquelle s'emploie Hans, d'une série de signifiants où le loumpf (l'excrément) vient bizarrement se ranger avec le propre, le neuf etc. attestant par sa bivalence du fonctionnement de la signifiance phallique qu'il supporte.
Le 11 avril on retrouve la hâte et la peur mais aussi l'acceptation d'être embarqué dans le train pourvu que son père y soit prêt lui aussi, cependant que le 14 avril Hans s'amuse à reprendre quasi textuellement la formule de Freud mais appliquée à Hanna.
Aucune de ces formules n'aboutit à une position conclusive : elles ne qu'inscrire le paradoxe propre au désir. En tant que désir e l'Autre il antécède et assujettit avant même que le sujet ne vienne au monde.
Cette topologie du futur antérieur, Lacan l'inscrit, sur son graphe du désir (Écrits p.) d'une simple inversion de la place de S de la pointe vers l'origine du vecteur représentant l'intention subjective, le phallus comme " poisson " crochant la chaîne signifiante : " effet de rétroversion par quoi le sujet à chaque étape devient ce qu'il était comme d'avant et ne s'annonce : il aura été qu'au futur antérieur. "
Pourtant les choses sont plus complexes et Lacan surajoute à une première chaîne correspondant à l'énoncé une deuxième chaîne dite de l'énonciation ou encore de l'inconscient. Topologiquement pour inscrire le futur antérieur il faut une courbe fermée. Quelle que soit son orientation, comme sur le cadran de l'horloge, ce qui est à venir a déjà été dans un tour antérieur. D'autre part nous sommes fondés - de par l'enseignement de Lacan lui-même et aussi la clinique la plus freudienne - à considérer que les deux étages du graphe ne sont pas indépendants : lapsus, symptômes montrent la possibilité du retour du refoulé. Les deux flèches superposées sont à mettre en continuité par une double boucle, coupure d'une bande de Moebius. Il n'y a qu'apparence de deux faces.
12. L'intervention de Freud réalise le tour de force de cette double boucle. Elle noue en une seule phrase deux tours correspondant à deux temps de nature différente? Le premier, mythique, intemporel : " Bien avant qu'il ne vînt au monde... introduisant l'antécédance de l'Autre où se profère une mystérieuse énonciation : " je savais déjà... " ; l'autre, apophantique : " il avait peur de son père... " qui introduit le sujet aux prises avec son propre désir.
Tout se passe comme si l'interprétation freudienne fournissait la double boucle, matrice topologique permettant la construction du nouveau sujet. En les dissociant pour les réunir elle constitue le frayage d'une coupure entre énonciation et énoncé.
13. La structure du mythe conclusif de la cure, le 2 mai, illustre cette coupure : " Tu sais : j'ai pensé quelque chose. Le plombier (Installateur) est venu et avec une pince m'a d'abord enlevé le derrière et alors il m'en a donné un autre et alors le fait pipi.
Il a dit : laisse voir ton derrière et j'ai dû me tourner, il l'a enlevé et il a dit : laisse voir ton fait-pipi... " Remarquablement si le sens est identique au mythe du 11 avril (celui de la baignoire) selon le père de Hans, sa structure est différente. A l'instar de l'interprétation de Freud il contient une reprise annoncée par un : " Il a dit " situant le lieu de l'énonciation. Quant à l'énoncé : " laisse voir " c'est le même, mais cette fois à l'impératif, que celui du rêve qui a suivi les " éclaircissements " donnés par le père sur l'absence de pénis chez les femmes : " Alors j'ai vu maman toute nue en chemise et elle m'a laissé voir son fait-pipi. "
14. Notre hypothèse est donc que l'efficacité de l'interprétation de Freud ne repose pas seulement sur la signification révélée. D'ailleurs elle est fausse mais elle Devrait être vraie : en ce sens elle n'est pas prise de conscience d'un refoulé mais introduction à un ordre symbolique normatif.
Mais cette introduction se fait par le biais d'un connecteur logique qui dans sa structure même d'une double boucle prenant dans le même geste énonciation et énoncé ou encore temps mythique, statique et éternel, et temps imaginaire, linéaire, vécu, montre la structure même du sujet.
Ce qui est montré, au delà du dit, renvoie à l'incidence réelle du père, à quelque chose, comme le dit Lacan, qui est déjà là dans le jeu de leurre innocent de l'enfant avec le phallus imaginaire de la mère. Ce déjà là que le père de Hans fait tout pour masquer, Freud le réintroduit sans lésiner. La course infinie dans les chaînes signifiantes de l'Autre est arrêtée par un fait massif : il y a du réel. La jouissance de la mère concerne quelque chose qui était déjà là. Elle-même est castrée et son désir est vectorisé par le phallus. Hans s'emploie d'ailleurs parallèlement à parer cette castration par les diverses facettes de l'objet a (loumpf)
15. L'intervention de Freud vaut-elle comme modèle ?
D'asséner ainsi la signification paternelle sans nulle métaphore ou énigme elle peut surprendre. Elle s'adresse à vrai dire à un enfant phobique par défaut de son père à faire la grosse voix. Cependant il nous semble qu'elle est beaucoup plus complexe qu'elle n'apparaît et qu'en quelque sorte elle introduit le cristal qui va servir de matrice pour faire précipiter la solution sursaturée d'imaginaire dans laquelle Hans s'ébattait.
Une phobie infantile est un stade quasi obligatoire de la subjectivation : elle cède le plus généralement. Le thérapeute n'y a pas toujours grand mérite. Peut-être le mythe ou la théorie qui rationalise son intervention compte moins que son aptitude à inscrire un impossible qui vient façonner l'Autre de telle façon que le sujet puisse y loger. Bizarrement cet impossible qui s'énonce : " on ne peut l'être et l'avoir " (le phallus) ne semble généralement être introduit que sous couvert de l'autorité du père soit par l'effet d'un interdit qui le masque.
L'intervention de Freud met largement à contribution cette fonction paternelle. Grosso modo elle viserait à transformer le phobique en névrosé (ce qui se produit le plus souvent spontanément). Peut-être ne faudrait-il pas que nous en rajoutions sur ce point.
16. Si c'est bien la " prise " d'une structure qu'il s'agit d'obtenir dans nos interprétations on pourra suivre ce que dit Lacan dans RSI le 11 février 1975.
" L'interprétation doit produire un effet de sens réel. Quel peut être le Réel d'un effet de sens ? Est-ce qu'il tient à l'emploi des mots ou seulement à leur jaculation ? Autrefois on ne faisait pas de distinction... on croyait que c'était les mots qui port[ai]ent alors que si nous [considérons] la catégorie du signifiant la jaculation garde un sens isolable. Le dire fait noeud. Derrière le bla-bla il y a l'inconscient. De ce fait il y a déjà dans ce que [le sujet] dit des choses qui noeud. Il y a déjà du dire. Quand on a tressé le noeud d'imaginaire il existe. "
On ne peut donc se passer pour faire noeud, de produire une signification. Cette signification est nécessaire à l'existence du noeud soit au réel du sujet. Peut-elle être quelconque ? Est-ce que tout énoncé sorti de la bouche de tout Professeur aurait eu le même effet structurant ? On sait par expérience qu'une interprétation doit être un dire. Chez Freud elle l'était. Ce dont témoigne sa structure qui au-delà du contenu fait appel à l'impossible du " pas encore... déjà là " et permet à Hans de nouer le réel de la jouissance sexuelle nouvellement apparue au sens phallique imaginaire dans lequel il se débrouillait plutôt bien jusque là.
Notes
Notes
