Présentation de "l'Oedipe biblique" de Lucien Israël
Auteurs : Daniel Lemler, Jean-Richard Freymann 29/11/1997
Ce texte d'une conférence de 1982, prononcée à l'école d'éducateurs, est emblématique de son enseignement comme de sa conception de la transmission. Nous en sommes redevable à son épouse, Gaby, ainsi qu'aux éditions Arcanes qui assurent la publication de son séminaire, et de ses différents articles et conférences sous la forme d'ouvrages thématiques.
Cet article restitue, autant que faire se peut, la vie même de son discours, en train de se déployer à l'adresse de son auditoire, un discours psychanalytique, loin du jargon, si souvent rébarbatif pour celui qui n'est pas du sérail, au contraire, une parole vivante, qui s'adresse à vous..., la parole d'un psychanalyste.
Rappelons que c'est sous l'impulsion de Lucien Israël que l'enseignement de J. Lacan trouva l'audience qu'on lui connaît à Strasbourg, mais aussi dans l'Est de la France et bien au-delà de ses frontières.
C'est son séminaire du lundi soir qui a assuré le rayonnement de l'enseignement de Lacan, sans que cela n'altère en rien l'originalité de sa propre pensée. Ce séminaire réunissait avec fidélité l'ensemble du monde Psy et nombre d'intellectuels.
La policlinique, l'enseignement, le séminaire, les conférences... autant de vecteurs de transmission pour ce tenant de la tradition orale. Il y avait d'ailleurs un autre atout dont il savait user, l'écriture. Mais une écriture qui restituait à merveille la puissance, la vie de son verbe.
Ses livres sont autant de balises sur son itinéraire.
Le médecin face au malade, il ouvre tout un champ de réflexion, fertile en questionnement, sur la relation médecin-malade.
L'hystérie, le sexe et le médecin reste l'ouvrage de référence sur l'hystérie, conçue comme mode d'expression privilégié de l'inconscient, en accord avec l'enseignement de Freud.
Dans l'Initiation à la psychiatrie, qu'il aurait tant voulu intitulé "Imprécis de Psychiatrie", il subvertit les donnes de la psychiatrie classique, à partir d'une clinique du langage.
Boiter n'est pas pêcher est une première reprise d'un choix de ses cours, où il nous propose une lecture des grands concepts de la psychanalyse, de la métapsychologie, une réflexion sur la psychose...
Depuis 1995, les éditions Arcanes ont commencé à publier l'intégralité de son séminaire. Le désir à l'oeil, et La jouissance de l'hystérique sont d'ores et déjà publiés.
Une recension de ses textes et articles est en préparation.
Lucien Israël n'a jamais refusé les responsabilités auxquelles le destinait sa riche personnalité, qu'elles soient institutionnelles ou politiques, mais il a toujours tenu à garder son indépendance. Ce fut vrai dans le rapport de l'analyse aux institutions psychanalytiques, dans son rapport à l'étude talmudique par rapport aux instances communautaires... Cela se manifestait dans ses positions d'homme de gauche, auxquelles il y a lieu d'associer ses recherches constantes sur les mécanismes du totalitarisme, et dans son mépris de tout conformisme.
L'dipe biblique témoigne de la rencontre dans son élaboration de sa judéité avec le discours psychanalytique. On peut imaginer qu'à une époque moins marquée d'antisémitisme, Freud se serait aussi inspiré de sa culture juive pour y puiser les mythes fondateurs. Il suffit de se rappeler que, alors qu'il s'était toujours défini de culture allemande, de langue allemande, lorsqu'il fut témoin de l'avènement du nazisme et des débuts de la barbarie, il ne se reconnaissait plus que comme juif.
La conférence de Lucien Israël montre comment la lecture du texte de l'analysant peut s'enrichir de l'accession au Pardes, des quatre niveaux de lecture de la Tora, et réciproquement.
Un riche périple s'est terminé et nous voici dans la situation que décrit la sentence de Goethe, reprise par Freud : "Ce que tu as hérité de tes Pères, acquiers-le... ".
