Théorie psychanalytique

 
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Pour une poétique de la ponctuation

Auteur : Henri Meschonnic 23/10/1997

Bibliographies Notes

Le paradoxe initial est que la ponctuation a affaire à l'oralité et à la poétique (et par là, doublement, au sujet) et que la rythmique orale et visuelle qu'elle présente est effacée par la philologie, qui depuis le XIXe siècle a installé une notion conventionnaliste, logico-grammaticale et ahistorique de la ponctuation. Exemple : Jacques Drillon, Traité de la ponctuation française, Gallimard, 1991.

Cette conception dominante confond ponctuation et signes (graphiques, usuels) de ponctuation. Clouée dans son latinisme, elle oublie que le mot grec chez Aristote, ... , parlait d'intervalle... et de différence. A la fois l'intervalle et le lien.

La conception courante méconnaît ainsi le lien entre ponctuation et oeuvre littéraire. Le jeu des blancs est une ponctuation pour la poétique, c'est-à-dire une rythmique et des marqueurs d'une textualité variable : chez Mallarmé, Claudel, Reverdy, Apollinaire et Dada par exemple. La conception conventionnaliste méconnaît qu'il y a une histoire de la voix, et une histoire des signes graphiques, et celle-ci cache l'autre. De nombreux passages de l'Encyclopédie attestent que les signes de ponctuation sont pris comme des marques du souffle.

Le modèle le plus remarquable, pour la théorie, et le plus occulté (par la philologie chrétienne antijudaïque) est celui des accents disjonctifs-conjonctifs du verset biblique en hébreu, remontant à une ancienne cheironomie. Ce modèle a l'intérêt de déstabiliser les catégories binaires communes (hellénistiques) du signe et du rythme. Pas de poésie à opposer à la prose. Pas de métrique. Autre paradoxe : son rapport à la modernité poétique - un des aspects du conflit entre modernité (au sens littéraire, esthétique) et modernisation.

La " modernisation " de la ponctuation dans l'édition (savante ou demi-savante) des textes français du XVIe, XVIIe, XVIIIe siècle en apparaît comme un " dix-neuvièmisme ", c'est-à-dire un archaïsme. Ces éditions enlèvent à la lecture ce qu'elles prétendent lui donner. Pour la poétique, elles sont à refaire : elles déshistoricisent, elles dérythment, elles détruisent la poétique des textes, y compris philosophiques. Les exceptions sont rares, comme l'édition internationale en cours de Diderot.

Il y aurait aussi à évoquer une poétique de la ponctuation enfermée dans les manuscrits : chez Hugo, dans La Fin de Satan, ou chez Emily Dickinson.

Il n'est pas indifférent que la théâtralité du langage ait été mise en évidence dans la ponctuation de Shakespeare (et dans les sonnets) par Laura Riding et Robert Graves en 1927, dans A survey of modernist Poetry, - à partir de la poétique et de la poésie.

L'arrogance philologique habituelle, insoucieuse de la poétique, est ignorante du rapport entre les rythmes écrits et le sujet du poème, qui n'est ni le sujet freudien, ni le sujet psychologique-philosophique. C'est une réponse prête d'avance à une question non posée.

La ponctuation est donc un terrain d'observation excellent pour le conflit entre la représentation du langage comme discontinu seul - la tradition - et une représentation du langage comme discontinu et comme continu (et historicité radicale), le continu étant impensé par la représentation commune. D'où l'enjeu d'une théorie de la littérature dans la critique des représentations du langage - et du social.

Notes
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