Pour introduire la psychosomatique (2)
Qu'est-ce qu'un corps humain ? (I)
Auteur : Bernard Vandermersch 16/05/2004
- Qu'appelle-t-on psychosomatique ?
- Qu'est-ce qu'un corps humain ? (I)
- Qu'est-ce qu'un corps humain ? (II)
- La fonction du fantasme (III)
- Pourquoi pense-t-on à un déterminisme psychosomatique si le sujet n'est pas concerné par l'évènement déclenchant ? (IV)
- Le déclenchement (V)
- Le "parler" psychosomatique (VI)
- Le fantasme psychosomatique (VII)
Sans doute, l'idée d'un tout.
Faire corps ou faire un c'est tout un.
Il est vrai que chez l'homme, comme chez les animaux qui lui ressemblent, les parties du corps se déplacent solidairement dans l'espace, quoique avec de subtiles et souples déformations. "Ca colle !"
Mais cette belle unité est trompeuse. Notre corps est fait de cellules qui ne se tolèrent les unes les autres qu'en s'apprivoisant mutuellement par un constant échange d'informations sur l'actualité de la "carte antigénique".
Ce travail est assuré par le système immunitaire, véritable cerveau fluide, dont on soupçonne l'implication dans la pathogénie des maladies dites psychosomatiques. Il est sensible au conditionnement et est doté d'une mémoire propre.
Bref, ce que nous apprend la science, c'est que le corps réel, ça colle mais ça ne colle pas si simplement que ça en a l'air : l'immunologie est sans doute une des branches les plus complexes de la biologie humaine.
Et on pourrait confirmer cette précarité de l'unité du corps par l'étude de la maturation du système nerveux etc...
Cette cohésion du corps est un leurre largement induit par l'image que le miroir offre à notre préjugé narcissique. C'est une illusion qui se produit assez tôt dans la vie de l'homme : devant son image, il s'écrie: c'est moi !
Mais pourquoi dirait-il une absurdité si manifeste s'il n'était, comme sujet de la parole, en un tel manque d'être qu'il ne puisse s'empêcher de succomber à la tentation de se prendre pour cette image?
Ce corps imaginaire, c'est moi !
On voit que cette aliénation à son image, le sujet la doit à une autre aliénation, celle qu'il tient du langage.
Celui qui habite ce corps ne s'en fait une représentation, comme pour tout autre objet, que par le langage.
Que ce soit par les mots de la langue naïve ou ceux de la science, le corps en est morcelé par la connexité des signifiants qui eux aussi font corps.
C'est d'ailleurs parce que ces signifiants font corps, forment ce corps symbolique que Lacan appelle l'Autre, le trésor des signifiants, que notre corps nous semblera faire corps.
L'image seule serait impuissante à soutenir cette unité si l'Autre ne la garantissait pas. Aussi bien peut-on dire avec Lacan que l'Autre est le "premier corps qui fait le second de s'y incorporer".
Le corps humain incorpore le langage.
