Pour introduire la psychosomatique (3)
Qu'est-ce qu'un corps humain ? (II)
Auteur : Bernard Vandermersch 16/05/2004
- Qu'appelle-t-on psychosomatique ?
- Qu'est-ce qu'un corps humain ? (I)
- Qu'est-ce qu'un corps humain ? (II)
- La fonction du fantasme (III)
- Pourquoi pense-t-on à un déterminisme psychosomatique si le sujet n'est pas concerné par l'évènement déclenchant ? (IV)
- Le déclenchement (V)
- Le "parler" psychosomatique (VI)
- Le fantasme psychosomatique (VII)
Le corps humain se révèle presque totalement privé des ressources de l'instinct. Mais il est en revanche congénitalement sensible au langage humain, sous quelque langue qu'il se présente.
Il va dès lors recevoir, filtrer, mémoriser tous les éléments de cette langue selon ce qui aura été dit sur lui et à lui.
De plus, sa naissance très prématurée impose qu'il soit pendant longtemps quasiment branché en permanence sur cette machine extra-corporelle parlante qu'est la mère.
La mère est ainsi une figure de l'Autre. Son discours, incorporé par l'enfant, constituera le tissu de l'inconscient.
Nous avons dit un peu vite que l'Autre, le trésor des signifiants que recèle le discours de la mère, faisait corps. Là non plus l'affaire n'est pas jouée d'emblée.
Dans l'absolu, l'Autre est un ensemble d'éléments, les signifiants, qui sont de pures différences, des oppositions phonématiques, sans termes positifs, mais déjà organisées en réseau dans la langue.
D'être une pure différence, un signifiant ne saurait se signifier lui-même. Du coup, l'Autre comme ensemble souffre d'une incomplétude spécifique à l'ordre symbolique : il ne peut se nommer lui-même, soit se compter lui-même au nombre des signifiants. ( Il s'agit là d'un problème logique comparable au paradoxe bien connu de Russell : le catalogue de tous les catalogues qui ne se contiennent pas eux-mêmes doit-il se contenir lui-même? )
Dans le champ du signifiant donc, Le nom du corps propre est en défaut.
Le nom propre d'un être humain n'est pas celui de son corps.
Il en pointe plutôt la faille que le sujet habite.
Pressé par son besoin, le futur sujet a été obligé d'en passer par le langage.
Confronté au défaut constitutif du langage, ce futur sujet va se retrouver engagé dans la tentative de se nommer, de dire ce qu'il est dans ce trésor des signifiants, sans pouvoir jamais s'y trouver, sauf à mourir comme sujet de la parole.
Cet impossible, qui soutient l'existence du sujet, fait coupure entre le savoir inconscient (l'ensemble des signifiants) et la vérité (ce qui du sujet r este irréductible à la totalisation du savoir).
Il n'y a de vérité et donc de sujet que si l'Autre ne sait pas tout.
