Théorie psychanalytique

 
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Petit discours d'un psychanalyste à l'attention de ceux qui travaillent en institution

Auteur : Claude Dorgeuille 28/08/1999

Bibliographies Notes

La célèbre formule de Jean-Paul Sartre, dans Huis-Clos, " l'enfer, c'est les autres " était pour Lacan irrecevable. Toute l'expérience de la psychanalyse nous démontre l'importance de cette dimension intrasubjective de l'autre, à défaut de quoi nous n'ex-sistons pas à proprement parler.

On peut situer dans ce fait fondamental ce que l'on désigne dans les discours les plus divers le malaise existentiel, et celui-ci affecte, sous des formes diverses sans doute, tout autant ceux qu'accueillent les institutions que ceux qui ont fait le choix de les accueillir.

De là peuvent découler deux principes fondamentaux, comme guides de votre action.

1. - Ce n'est pas le " malade " qui doit s'adapter à l'institution, mais l'institution qui est faite pour répondre à la forme particulière de chaque demande. Son organisation doit donc conserver en permanence une souplesse suffisante pour satisfaire à ce qui est sa mission principale.

2. - Le choix de la relation qui s'avèrera efficace ne se décide pas par l'équipe ou ses membres responsables. Elle est le fait de l'intéressé qui peut parfaitement élire, et d'ailleurs dans la plus parfaite méconnaissance, n'importe qui, un médecin, un psychologue, une secrétaire, une assistante sociale, voire même à l'occasion un autre malade. La première tâche consistera à référer ce rapport privilégié.

Dans cette perspective, comment peut-on concevoir le rôle et le fonctionnement de l'institution ?

Il faut d'abord accepter l'idée que sa complexité est beaucoup plus grande que l'on a l'habitude de l'imaginer et que la détermination de votre action gardera en toute circonstance un caractère hypothétique. Elle constitue, avec quelques différences minimes, le modèle réduit des collectivités dans les quelles nous vivons ordinairement et peuvent être envisagées comme un véritable lieu d'expérimentation sociale.

Partons de ce qui s'est imposé dans la pratique et qui existe à peu près partout, les réunions dites de synthèse.

Bien que ce qui est efficace soit la relation privilégiée que le malade va instaurer, bien souvent à l'insu de la plus grande partie de l'équipe, on ne peut négliger le fait qu'il est inclu dans une collectivité et que, comme à l'extérieur, il sera amené à établir des relations de style varié avec nombre d'autres personnes.

La réunion de synthèse devrait donc avoir pour objectif premier d'apprécier, évidemment d'abord ce qui a motivé dans la vie de l'intéressé, l'obligation de faire appel à une institution, de repérer, si possible, le lieu de la relation privilégiée qu'il a établie, mais aussi sa capacité à tirer profit des groupes, des activités qui lui sont offertes, en sachant à l'occasion respecter ses refus.

L'équipe d'accueil elle-même n'est pas faite d'éléments neutres. Chacun de ses membres a son malaise propre d'où découleront le plus normalement du monde des sympathies, des antipathies, parfois des réactions violentes. Il est donc normal qu'une place soit faite à l'expression de ces positions, de préférence dans le cadre des rapports qui se sont établis avec tel malade particulier, positions d'autant plus fâcheuses quand elles ne s'avouent pas. C'est l'occasion de voir surgir les différences d'appréciation, les désaccords, au maximum les tensions existantes dans l'équipe d'accueil.

C'est là qu'apparaît la nécessité d'un élément tiers. En général c'est le chef de service ou un membre de l'équipe médicale ou psychologique. Ce pourrait très bien être quelqu'un d'autre. Ce n'est pas ici, en effet, la position officielle qui compte mais le discours qui est tenu.

Le psychanalyste devrait bénéficier à cet égard, d'un avantage certain. Bien que ce soit loin d'être toujours le cas, je ne considérerai que la situation favorable où il s'est montré capable de tirer des conclusions correctes de son expérience de la cure. Il assumera alors un rôle essentiel dont les fonctions sont multiples.

Notes

1. - Parer à la dérive habituelle à toutes les institutions qui consiste à oublier l'objet pour lequel elle a été créée et ne s'occuper plus que d'elle-même. Les malades dorment dans leur coin et l'équipe discute à perte de vue sur son organisation, sur ses visées, sur les moyens d'atteindre des objectifs qu'elle détermine en fonction d'une vision idéale sans rapport avec la réalité à laquelle elle a à faire, elle discute de tout sauf de la meilleure manière de répondre à la situation particulière de chaque malade. S'il convient d'accorder une place aux problèmes des membres de l'équipe, il faut aussi savoir limiter les débordements habituels sur cet aspect particulier de la vie institutionnelle.

Bibliographie