Notule, de clinique sociale
Auteur : Marcel Czermak 20/06/1995
Je vais vous montrer une représentation du Nebenmensch, je m'excuse préalablement de descendre des hauteurs culturelles où nous avons plané tout en remerciant B. Baldure, Balbure, ce matin, vous allez voir pourquoi le lapsus, de ce lit qu'elle nous a fait à propos de l'histoire de Fuss, puisque là notre pied va être d'un autre tonneau et à tout prendre dans le registre de ce qu'il faut bien appeler la bidoche, l'obcénité du corps comme tel. Et je vais vous montrer puisque notule de clinique social, le joint , n'est-ce pas, de questions qui ont trait à notre sujet d'aujourd'hui d'avec les questions sociales, j'ai reçu quelques cartes postales récemment, voilà ma représentation du Nebenmensch.
J'ai comme ça une brochette de cartes postales toutes reçues avant hier , c'est pourquoi je vous dis d'emblée, nous n'allons pas plané sur les hauteurs éminentes qui étaient celles de Brigitte ce matin, je ne vais pas vous les faire circuler, il y a des textes derrière qui ne regardent personne. Ce sont des cartes postales qui viennent des grandes Canaries, n'est-ce pas, qui représentent des femmes sur un mode quelque peu pornographique, dans une obcénité qui fait valoir la qualité à proprement parler de bidoche et dont chacun pourra sentir la différence considérable avec nos excellentes photos du Journal français de Psychiatrie puisque là se laisse lire d'emblée l'écart entre la bidoche pornographique et la question même de l'art et vous constaterez, cette photo est assez intéressante, il s'agit d'un homme et d'une femme, c'est écrit en allemand, ça vient des Canaries donc, sein nicht eigezuchtig liebeling, soit pas jalouse, mon amour. Encore un corps féminin dénudé et puis encore un dernier. C'est évidemment le type de carte postale qu'on s'envoie entre copains quand on va touristiquement jouir des Canaries, quand on fait son service militaire.
Là il va s'agir évidemment d'un autre type de service puisque notre visée était la suivante : c'était de faire valoir dans le cap qui était celui de ce colloque de tenter de faire, si l'on peut dire, d'une pierre quatre coups.
D'une part la clinique des questions perdues au titre de questions concernant la doctrine générale des psychoses
2. Questions cliniques, cas qui nous est venu en main d'une originalité certaine puisque c'est un cas de transsexualisation relativement pacifié, sans tergiversation, ni assistance, ni menace dans son rapport à ceux auquel il rencontrait. Donc, un cas de transsexualisation que l'on peut dire d'authentique guérison. D'ailleurs, c'est à lui que nous devons ces photos.
3. La question de la représentation
4. Enfin, la question de la transsexualisation qui est le thème d'une petite réunion que nous préparons
Ces quatre questions se nouant précisément dans la question sociale puisque si nous avions envisagé pour l'an prochain de faire une réunion sur la question du transsexualisme, c'est précisément à partir d'une décision juridique de première grandeur qui était celle de la Cour européenne des Droits de l'Homme confirmée par la Cour de cassation en 1992 à savoir que pour la première fois notre haute juridiction avait confirmé son accord pour un changement d'état civil concernant les transsexuels en d'autres termes que le principe même de l'indisponibilité...
... et elle comme impossible à supporter. Aujourd'hui je vous en proposerai juste l'une des facettes possible au commentaire qui serait la suivante : La clinique, c'est le réel comme impossible à supporter par la représentation. Envisager comme variante le réel est sans représentation même s'il a des représentants, la structure, ce qui peut éventuellement le rendre présentable. Et dans le cas que nous allons vous amener, vous y verrez opérer précisément cette fonction dégagée par Lacan de l'au moins Un.
Si c'est un cas de transsexualisation que nous allons vous amener, c'est très directement également parce que, quand il y a un bon nombre d'années maintenant , cette question m'avait alertée devant les sujets qui voulaient être dits " femme ". Comme chacun évidemment, qu'est-ce qu'une femme ? en névrosé on commence par se dire, qu'est-ce que veut la femme, n'est-ce pas ? Qu'est-ce qu'une femme ? Qu'est-ce que c'est que cette femme là ? On est toujours pris d'un certain désarroi. Je m'étais rendu compte de cette notule justement. Absolument pas recensée dans notre littérature sur ces questions c'est que ces sujets disaient que pourquoi, de quelle femme, qu'est-ce que c'est qu'une femme ? eh bien, une femme c'est plus beau. Pourquoi vous déguisez-vous en femme parce que c'est plus beau et donc la question même de la beauté, question esthétique éminente se présentait d'emblée dans ces cas-là et très électivement en un point clinique qui est celui de ce point limite antécédent d'une irrémédiable fragmentation c'est-à-dire du point d'antécédence de l'horreur la plus crue, donc ce joint intimede la beauté et de l'horreur. Et ce cas dont nous allons vous parler ne mettait pas spécialement l'accent sur la beauté puisque finalement ça n'est que très ... comme ça latéralement que le mot lui en venait mais néanmoins avant hier je ne m'y attendais pas, je recevais toutes ses cartes postales, parfaitement congruentes avec l'expérience qui donne une idée de ce qu'est cette beauté qui est bien sûr assez éloignée du tableau de ... (?) à savoir la bidoche comme telle.
Ce cas que nous allons vous amener il a techniquement une petite histoire. Ça concerne aussi bien la façon dont ça se présente cette question d'un homme qui veut être dit " femme " et une belle femme. Il y a quelques mois, nous recevions dans le service où j'exerce un cas de transsexualisation qui, débrouillé par certain de mes camarades plus jeunes, leur faisait l'effet qui vous fait à tous, à savoir cet effet de déconcertation absolue devant un homme qui dit : " Moi, je suis une femme " . Et puis voilà.
Et donc pour les aider à sortir de leur représentation spontanée c'est-à-dire cette lucarne dont parlait hier J.J. Tyszler qui est celle du névrosé, je m'étais entretenu trois fois avec ce patient et d'une façon telle que j'avais essayé de veiller à ce que ce questionnement vienne à les réaxer, eux, comme praticien. Et puis le cas étant assez lumineux, d'une simplicité très extraordinaire, nous avions demandé dans le cadre de notre enseignement du mercredi après-midi à Melman de l'examiner avec un minimum d'informations, ce qu'il a fait et ce qui donnait d'ailleurs une approche différente puisque évidemment, quand on examine quelqu'un en tout petit cercle dans un service hospitalier et qu'on peut le déshabiller, c'est tout autre chose que de s'entretenir avec en public et donc comme me le faisait remarquer notre ami Philippe ici, y a un examen culotté et un examen déculotté. Et puis là-dessus un cartel de notre séminaire intéressé par ce cas l'a repris, nous avons échangé là-dessus et donc ce que nous allons vous livrer c'est tout l'écart qu'il y a entre ces photographies, n'est-ce pas, c'est-à-dire le réel de la clinique, un réel, comment dire, qui ne se supporte, un réel comme impossible à supporter d'une représentation , celle là, ça en est une. Mais nous verrons ultérieurement comment ce qui est effectivement présentable pour le praticien, pour le clinicien, se laisse spécifier topologiquement d'une façon qui n'a rien à voir avec , évidemment ce type justement de présentation là. Ce que nous verrons, j'anticipe, c'est comment il s'agit là d'un type de cas qui fait merveilleusement valoir sa pente à une sphéricité qui tend à la clôture et qui s'oriente vers une dimension, si je puis dire, pulsionnellement mono-orificielle. Comment s'y opère une défection pulsionnelle dont j'ai dit un mot hier qui l'amène progressivement vers une théorie cloacale de ses propres orifices. Comment si le monde doit être sans trou, bien plein, nous y avons là une congruence éminemment moderne avec notre idéal politique d'un monde auquel il ne manquerait rien, d'un monde sans manque c'est-à-dire d'un monde pour reprendre l'expression de Jean, pas de manque du manque. Dans son rapport le plus étroit avec ce que nous évoquions hier cursivement concernant le Cotard et ce patient même si il a bien peu de choses de cet ordre là les formules négatrices n'y manquent pas, en tout cas elles valoir probablement comment la clinique de l'un et la clinique de l'autre ne sont que l'avers et le revers d'une même question. Nous verrons également, je crois, si nous en avons le temps comment on peut reprendre la question que Jean a soulevée hier, si c'est un discours qui vient lier les organes en fonction. Comment dans un tel cas, il n'y a pas de discours au sens de Lacan et comment, donc, s'y opère cette pente au caractère mono-orificiel du fonctionnement c'est-à-dire comment tous les organes tendraient à se ramener à un seul qui assurerait pour lui-même toutes les fonctions. Et donc comment nous sommes là dans une façon de reprendre en tout cas la question de la signification du phallus comme opérateur des fonctions dont la représentation et que cet opérateur là, ce signifiant que Lacan appelait copule et que cet opérateur là vienne à manquer et c'est très précisément le cas que nous allons vous exposer dont je viens très brièvement vous retracer quelques traits mais dont j'espère vous avoir fait sentir sa convergence d'avec notre atmosphère social y compris dans ses rêves d'un monde propre, d'hygiénisme etc.
Donc nous persistons et signons notule de clinique sociale, même si évidemment nous allons tenter de faire d'une pierre, plusieurs coups.
C'est Louis Sciara qui va vous rapporter le travail de ce cartel qui comportait Ph. Mauduit , C. Gavarry, S. Gaudé, lui-même et qui avait été précédé de l'éberlument mon interne, J.M. Berthomé et mon assistante C. Sotty et puis avec là-dedans latéralement en premier temps moi-même et puis C. Melman puis à nouveau moi-même. Donc voilà je vais laisser la parole à L. Sciara qui va vous faire état de ce qu'ont été à ce sujet nos réflexions qui concernent très directement cette question de la représentation.
(texte de L. Sciara)
Comme vous le voyez maintenant, je vais être très bref. Cela est extrêmement éloquent du moins du côté de la formule donc que le réel...
... logiquement cette sphère trouée se réduit à un disque, il suffit de tirer dessus, et on y retrouve ce devant et ce derrière qui faisait énigme dans les modalités d'abord de rapport à l'autre comme à son propre corps comme à la spacialité de ce patient. Et donc nous avons pu voir dans un tel cas aussi bien la façon en trèfle R,S,I, t, là en continuité, comment aussi bien, alors là il y a des problèmes probablement techniques et formels de formalisation un peu plus délicats, comment donc, nous avions affaire à une sphéricisation progressive du corps de cet homme finissant par aboutir à une assiette, n'est-ce pas, une assiette plate avec un bord, un devant et un derrière. Donc, c'est de ce côté-là que je verrai ce qui est présentable justement et l'on voit à partir de là le grand écart, si l'on peut s'exprimer ainsi entre cette représentation là qui est celle que nous envoie à titre de cadeau des îles cui-cui, Canaries et ce à quoi nous aboutisons comme formalisation du cas. Il y a juste... donc ça c'est pour essayer de préciser la question insistante chez lui du devant, derrière.
Une remarque là pour insister une fois de plus sur le fait que on voit parfaitement formuler par un tel sujet la réintégration progressive des objets dans les orifices au point qu'ils viennent se coapter les uns dans les autres vers une authentique théorie cloacale, un orifice qui accomplirait pour lui-même toutes les fonctions de fécondation, de nourriture, d'urine etc. des spécification liées aussi bien à ce que je m'étais permis d'appeler dans la question du transsexualisme, une véritable hypocondrie phallique, terme qui n'est jamais employé par nous mais qui mériterait de l'être puisque après tout s'il y a un chancre ou un parasite, c'est bien le phallus et comment de tels sujets à partir du moment au titre de leur hypocondrie phallique on put se mettre hors champ phallique, n'est-ce pas, on voit d'une façon automatique l'objet que le phallus avait fait tomber, réintégrer les orifices primordiaux.
Cependant par une voie régressive ils viennent se réunir en un seul. Enfin si j'insistais sur Helmut et non pas Helmout c'est bien parce que il s'agit là également du retournement du sujet en doigt de gant en lui-même au titre des visitations nocturnes que Helmut lui faisait , qui lui procurait sa propre volupté. C'est-à-dire le mode d'autocopulation par défaut du signifiant copule donc d'autocopulation nocturne par Helmut qui n'est lui-même retourné en doigt de gant et donc une forclusion parfaitement réussie du rapport à l'autre puisque quelqu'ait été en particulier par exemple la méchanceté à son égard, mon côté un peu désagréable voire blagueur, beaucoup plus que celui de mes collègues à l'hôpital, il m'a néanmoins envoyé une carte extrêmement affectueuse. C'est-à-dire que ce caractère éminamment reçu socialisé dans son quartier comme aux Canaries, il nous témoigne dans la rédaction de ces cartes postales qu'il considère qu'auprès de nous il est persona grata, n'est-ce pas.
Donc voilà l'essentiel de ce que je voulais ajouter avec peut-être en plus ceci, puisqu'il s'agissait d'au moins un, je regrette j'ai oublié de vous amener deux statuettes pasquanes qui me servent souvent comme démonstration : il y en a une que certains d'entre vous connaissent qui est un moaie (?) pasquant , le visage est assez angoissant puisque sur le moment on ne comprend pas très bien à quoi tient l'angoisse que ce visage suscite jusqu'au moment où on se rend compte que la sculpture elle est réalisée de façon telle que avec un seul orifice sculpté selon l'angle où on le regarde ce peut être aussi bien l'oeil que la bouche, que la narine mais qu'en fait il n'y a qu'un seul de sculpté, d'où l'effet d'angoisse que produit cette statuette qui est donc un des Dieux pasquant.
L'autre statuette étant un peu plus complexe mais elle vaut aussi bien pour ce qu'elle a comme la précédente et qui est une statuette quand on la regarde latéralement c'est un phallus, c'est un phallus mais évidemment dont le gland comporte deux petits yeux, l'orifice urétral élargi fait une petite bouche hilare. Quand on le dresse verticalement dans un sens ce gland prolève une figure d'un homme moustachu mais là où on l'attendrait puisque c'est la base du pénis ... la statuette, c'est un homme érigé là on attendrait un pénis c'est une palette génitale féminine et quand on le retourne de l'autre côté, c'est toujours le même objet, c'est un ventre gravi d'où pendouille un pénis cependant que l'extrêmité du corps effilé se termine dans un petit gland arrondi. En d'autres termes dans le symbole de Moaie, d'au moins Un, nous avons le corps phallicisé de l'homme qui a été réellement châtré son retour, son rebours dans la femme comme l'un des combles de l'homme, la femme comme avenir de l'homme, la femme comme l'un des Noms du Père. Donc ce côté tout en un, au moins Un qui nous pose cette question assez merveilleuse : par quel génie les Pasquant ont fabriqué ces statuettes qui donnent tant de fil à retordre aux ethnographes, qualifiées de bizarres, d'étranges et qui ne sont qu'une indication crue de ce que les photographies que je vous indiquais que ce patient m'a envoyées ne nous permettaient de présenter son cas mais que bien davantage ces statuettes pasquanes assez proches de nos formalisations topologiques permettent bien mieux de nous présenter sous la forme de ses Noms du Père qui pullulent dans la nature. Voilà, je vous remercie de votre attention.
Discussion
Delahousse - J'ai été très intéressé par votre passage du discours du patient et au montage lacanien que tu en as fait M. Czermak mais en tant que psychiatre je suis resté un peu sur ma faim, sur la clinique franchement psychiatrique. Est-ce qu'il n'était pas nécessaire de faire une approche diagnostic psychiatrique un peu plus serré, dans la mesure où on est sembe-t-il évolutive. Y a de très nombreuses années d'évolution et on ne repère pas très bien les évolutions initiales de la chose à savoir : Est-ce que le transsexualisme est apparu comme quelque chose de tout à fait prévalent d'emblée ou est-ce qu'il a été très rapidemnt noyé dans les autres phénomènes. D'autre part est-ce que ces pratiques transvestices ont été importantes, contemporaines ou antérieures. D'autre part qu'est-ce qui s'est passé lors de la mort de la mère ? Ça a été un moment de bascule tout à fait essentiel pour ce sujet . Alors on peut aussi se dire, il y a une part de délire et une part de fabulation comme chez tous ces délirants qui tirent beaucoup de plaisir de l'expression de leur délire et d'autre part tu dis, c'est pacifié comme transsexualisme d'accord, mais est-ce que c'est simplement pacifié ou est-ce que c'est aussi parce que ce patient est très dissocié et apragmatique que ça se présente comme pacifié.
M. Czermak - Tes questions sont tout à fait bienvenues. Si nous avons élu le cas, c'est précisément parce que nous avions en tête ceci : dans le projet que nous avons de remettre en chantier, de revoir l'ensemble de la question du transsexualisme. Nous avions comme nous avons toujours comme doctrine ceci : c'est que ce que nos collègues appellent transexualisme, n'est qu'un cas local de la question en général du transsexualisme et qui nous importait de colliger des cas qui nous permettaient de déborder la question en faisant valoir le type de structure qui était impliqué. Ce cas nous interréssait pour cette raison justement que les remaniements rétrospectifs, faits imaginaires étaient tels qu'il était pratiquement impossible d'y retrouver quelques éléments anamnestiques étayables que se soit donc qu'à beaucoup d'égards c'était un grand soulagement puisque ça nous soulageait de toute la pente psychologique habituelle dans laquelle nous sommes pris dès lors qu'on en sait trop de l'anamnèse et que nous avions affaire à un tableau structural à l'état brut, si l'on peut dire. En troisième lieu il est vraisemblable pour répondre plus précisément à ta question qu'il y a eu deux virages d'importance, cette rencontre avec cette femme Jacqueline et comment il a précisément répondu dans les termes, c'est d'ailleurs une démonstration, on n'a peut-être pas l'entretien ici mais si on l'avait vous verriez à quel point c'est assez stupéfiant , je ne l'ai pas poussé, c'est très précisément à ce que Lacan pouvait dire comment à défaut d'avoir été le phallus pour sa mère et dans sa difficulté à être homme pour une femme il lui restait la solution d'être la femme qui manque à tous les hommes. Et là j'espère que nous pourrons le publier le dialogue parce qu'il y a là un problème de technicité mêmedu dialogue. C'est-à-dire faire venir les choses sans les suggérer, bien entendu, est extraordinairement éloquant.
Il y a un deuxième moment effectivement comme tu le remarques très justement qui a joué un rôle déterminant , c'est certainement la mort de sa mère. Dans ce type... Maintenant pour le reste il est extrêmement difficile d'étayer quoique se soit puisque le frère que notre interne a vu et que je ne connais pas, comme toujours nous sommes les plus aveugles à l'égard de nos plus proches. Et que ce qui se laisse entrapercevoir, c'est qu'il semblerait que dans la jeunesse, c'était plutôt le frangin qu'était féminisé, qui ne l'est plus cependant que lui qui ne l'était semble-t-il pas c'est lui qui l'est devenu. Par delà ces points là nous n'avons que peu d'éléments et donc c'était pour nous l'un des intérêts de la chose c'est-à-dire privés d'un anmèse donc de travailler dans une pure structure.
Quatrième point c'est donc sur la question strictement nosographique. Effectivement un tel cas, il échappe à notre nosographie stricte d'autant que maintenant il a soixante cinq ans, il n'a jamais consulté de psychiatre et il n'est pas venu nous voir pour de telles raisons. Ce sont les médecins de l'hôpital Boussicaut qui le recevant à la suite d'un malaise cardiaque et l'entendant dire " je suis un mor... " se sont dit, ça s'est pour les psychiatres mais enfin nous avons assuré les soins médicaux et pour le reste nous nous sommes instruits en psychiatrie. Mais ce cas n'était jamais venu à portée d'un psychiatre. Y avait un aspect topologique extrêmement passionnant que nous n'avons pas développé là mais que Louis a..., sur lequel Louis a mis l'accent. C'est cette façon par laquelle la mesure que le sujet a cette pente, a une complétude, une réplétion (?) y compris dans la grossesse, ça bouge en moi. Ça se résout latéralement en fragmentation c'est-à-dire que le plein, le trop plein se résout en passage à l'acte, actuellement imaginaire chez lui, les gosses, je les fous au broyeur, je les jette au chiotte-broyeur. Donc nous avons mis essentiellement l'accent sur des traits structuraux et nous pensions, c'est certainement un cas qu'il faudra qu'on reprenne parce que les documents que nous avons sont abondants, c'est certainement, semble-t-il, un véritable apport pas seulement à la clinique du transsexualisme mais à la clinique de la représentation et puis à la clinique générale des psychoses.
J.C. Gros - Je voulais vous faire part d'une petite réflexion qui m'est venue en vous écoutant tous. J'aime bien par manie, comme ça, essayer de trouver des traductions littéraires, c'est une forme comme une autre de présentation et je pensais à un petit jeu, - les gens qui connaissent Raymond Quenaud et Louis Poe connaissent bien -, c'est un exercice de style. Ça s'appelle Par devant, par derrière. C'est un petit jeu qui consiste à intercaler dans une phrase, n'importe laquelle " par devant et par derrière " . Par exemple : Je suis une femme devient dans ce petit jeu, je suis par devant une femme par derrière. Je pense que la deuxième chose et je m'arrêterai là à quoi ça me ramenait, je pense que tous ceux qui sont ici et qui ont été petit garçon, ça ne peut pas leur être tout à fait étranger parce que nombre de petits garçons devant leur glace, j'en fais le pari ici, à commencer par moi-même évidemment , ont joué à ce petit jeu Par devant, par derrière qui consiste à faire un certain tour de passe-passe devant la glace, je dis de passe-passe parce que effectivement ça fait bien passer quelque chose, je pense, ce par devant, par derrière, je ne vais pas faire un dessin, ça fait passer quelque chose d'un trou, d'un trou dans l'image. Alors ma question ça serait que dans ce cas là qui me faisait penser à ce petit jeu très innocent , quelque chose ne passerait pas donc mais ça je trouve ça quelque chose ne pourrait pas faire passe.
J. Bergès - Pour aller dans le sens de ce qui vient d'être dit et brièvement parce que je crois que nous n'avons plus beaucoup de temps. Ce qui m'a beaucoup intéressé et qui a été repris à l'instant , c'est ce que vous avez dit quand vous avez résumé la chose en disant que l'imaginaire est le réel même. Alors pour la mère quand l'imaginaire de son corps est le réel de l'enfant sont ainsi en continuité elle confère à cet enfant une difficulté particulière qui est évidemment que, comment permettre au symbolique de rentrer dans ce circuit et vous l'avez dit, il rentre de façon fragmentée ce symbolique n'est-ce pas et comment en remplaçant la kyrielle des Noms du Père par des objets a. Ce passage du symbolique lorsque le Réel et l'imaginaire sont en continuité, je dirais dans la position de la mère qui fait qu'elle ne peut pas symboliser c'est-à-dire phalliciser l'enfant en effet, se traduit par ce que vous avez décrit et alors corollaire : Est-ce que pour tout psychotique la féminisation ça ne consiste pas à saisir un signifiant qui serait la femme, comme on voudra je n'y ai pas réfléchi, et qui permettrait justement de nouer l'imaginaire au réel lorsque l'imaginaire, c'est le réel même. Voilà.
M. Czermak - En tout cas ce signifiant de la femme qu'on le voit bien, il est topologiquement spécifié c'est-à-dire qu'il se laisse présenter. Il nous est irreprésentable spontanément, nous n'en n'avons aucune représentation mais nous pouvons le dessiner au tableau. L'un d'entre nous à l'occasion du travail sur ce cas rappelait cette formule de Lacan " un trou, qu'est-ce que ça recrache, ça recrache le père comme nom ". Là c'est assez éloquent puisque à mesure que les objets réintègrent les orifices au titre de leur obturation est-ce que ça recrache dans le discours c'est des noms c'est-à-dire " éminence grise " qui actionne, qui est là, qui est présent c'est-à-dire les Helmut , c'est-à-dire les Helmat etc., etc. c'est-à-dire que les noms du père rejetés, recrachés se mettent à pulluler pendant que les objets réintègrent leur lieu d'où ils ont été produits, d'où ils sont tombés donc il y a là quelque chose de très..., un cas comme ça très clair, très net, très démonstratif en tout cas éloquent du côté clinique (?) et qui nous paraissait valoir peu ou prou de la doctrine générale des psychoses puisque on pourrait prendre aussi bien en vitesse ce qu'on évoquait hier la question du Cotard sous cet angle là avec cette nuance très intéressante pour nous, c'est qu'il y a une clinique des femmes, une cliniques des hommes et que Cotard , c'est surtout les femmes, le transsexualisme, c'est surtout les hommes mais que in fine si on essaie d'en donner une formalisation topologique elle est d'une proximité assez bouleversante, si je peux dire ainsi. Puisque ça serait à l'origine la même et donc que là ce serait que le revers de l'autre, que ces deux structures seraient les mêmes. J'avance avec une audace un peu angoissée.
P. Arel - Je voudrais poser une question. Par rapport à l'appui que vous avez pris dans votre clinique sur l'examen déculottée, enfin il me semble que ça pose la question du référent, de la dénotation à savoir ce qui sert pour l'état civil, ce qui vient établir notre état civil, à la fois le nom propre et d'autre part le sexe puisque le prénom nous sexue, l'état civil le spécifie et comment vous êtes servi de cette référence là pour établir ce délire et en même temps... Ça a été précisé mais ce qui me paraît important c'est que... c'est ce que vous amenez par rapport à ceci , avec ce décapitonnage du nom propre c'est-à-dire que ça pose la question du référent de la dénotation et du nom propre.
M. Czermak - ... c'est une question fondamentale et que je souhaiterais qu'une bonne fois pour toute elle nous foute la paix dans les milieux analytiques. Je vais vous dire pourquoi. Depuis un certain temps et y compris par la mauvaise grâce des logiciens comme des philosophes on voudrait que le nom propre soit une référence. Le nom propre en tant que vécu le nom du père n'est pas une référence c'est ce à partir de quoi il peut y en avoir. En d'autres termes le patronyme analytiquement parlant , la fonction propre du nom propre c'est de se compter pour moins un ou pour zéro. C'est ce à partir de quoi il peut y avoir de la référence mais le patronyme comme tel n'est pas une référence. Et c'est bien parce qu'un tel sujet n'a pas de Nom du père donc de patronyme à partir duquel il puisse se compter que dans son délire de filiation il devient ce à partir de quoi il est la référence de tous. Vous voyez. Et ça, je crois que c'est capital dans toute la clinique des psychoses et a fortiori évidemment puisque ça nous soulève la question énigmatique comme névrosée de ce que véhicule... vous savez que les névrosés sont connivence : je m'appelle un tel, bon ! c'est sa référence. Alors ça c'est spontané, c'est également la référence spontanée des logiciens lorsqu'ils traitent des questions de l'identité et de la référence. Or toute la question patronymique dans les psychoses ne fait que montrer qu'une seule chose et ça c'est probant dans tous les délires de filiation , c'est que le sujet est celui qui nomme les autres, qui est le porteur de tous les noms, qui a donné les noms à tous, comme aussi bien qu'a produit toutes les oeuvres de l'univers etc. etc. C'est-à-dire qu'il est la référence moyennant quoi évidemment ce sont les autres qui comptent à partir de lui puisque lui, n'a pas pu se compter à partir de ce manque là, ce patronyme qui compte pour zéro. Et c'est ça la difficulté à la fois en doctrine je crois. C'est un problème qui avait été évoqué aux journées sur la patronymie et qui est resté en suspend. Je regrette qu'on ait pas eu l'occasion de le reprendre, c'est aujourd'hui l'occasion.
X - C'est juste pour illustrer la question de la référence. C'est un moment dans l'entretien avec Marcel à l'hôpital. Le patient dit : " Je suis comtesse " et Marcel Czermak lui répond : " Alors moi, je suis comte " et le patient lui répond : " Non, parce que vous n'avez pas fait l'amour avec moi ". Je crois que ça illustre assez bien ce qu'il en est du fait qu'il est la propre référence.
G. Balbo - Je voudrais reprendre ce qu'a dit là J. Bergès. Il parlait de prolongement, moi, je dirais qu'il y a là quelque chose d'unilatère justemnt entre la mère et l'enfant . Et que l'on retrouve sûrement avec son frère dont tu parlais puisque moi le seul cas auquel j'ai eu affaire dans mon existence de clinicien comme ça la même chose s'était produite et le frère dans ce moment où en effet l'autre était devenu plus viril etc. eh bien, en fait cet autre n'allait pas si bien que ça non plus. Et je crois entre la mère et l'enfant effectivement c'est bien cette question à ce moment là, de ce rapport, de ce jeu, de cette succession unilatère de l'imaginaire au réel qui fait qu'en effet les objets vont courir, tu vois, mais vont courir à tel point qu'en effet peut-être ils pourront n'être jamais perdus ni pour l'un , ni pour l'autre. C'est-à-dire la coupure qui pourrait être produite par une perte ici ne se produit pas ou peut ne pas se produire, ce qui est intéressant.
Et pour revenir à ce que tu viens de dire du zéro. Tu sais, c'est Lacan dans Un discours qui ne serait pas du semblant... qui dit que grâce à ce zéro du coup du côté de l'homme ça se comble tandis que cet innombrable du côté de la femme... et je trouve que le cas que tu soulèves là du côté de cette question de l'innombrabilité est tout à fait remarquable. Quelque chose dans ce que vous avez dit qui m'a paru innombrable, non pas innommable, mais innombrable. Voilà.
X. - Moi, je voudrais dire un mot au sujet de la méthode dans ce qui est présenté là et qui me paraît essentiel, je dois dire. Parce que c'est à partir de cette position dans l'examen clinique que toutes les questions qui sont reprises maintenant sont possibles. C'est-à-dire que ce qui fait souvent l'embarras dans la discussion clinique c'est la fiabilité qui fait plus appel à la confiance à l'interprétation clinique du praticien qui nous présente les choses alors que là, je me permets d'insister peut-être lourdement là-dessus, le fait que la vérité de l'anamnèse n'a aucune importance, on s'intéresse à la structure et cette structure, elle a quelque chose d'objectivable qui permet qu'on discute véritablement de structure clinique. Et je crois que dans ce que vous avez présenté, tel que tu l'as présenté là, pour moi c'est la leçon vraiment qui nous prépare à entrer dans une nouvelle clinique, dans une nouvelle façon de communiquer à propos de la clinique. Merci.
X. - C'est bien à partir de ça que on peut essayer de travailler avec un patient comme ça, pas à partir de l'anamnèse qui nous fait toujours tomber dans la psychologie? C'est à partir de ces éléments là. D'ailleurs la preuve c'est qu'il répond.
Y - Faut dire que c'est pas..., ça demande un certain cheminement de travail tout de même, pour arriver à se départir de toute cette imaginarisation qu'on pourrait y mettre en permanence. Et je pense que d'ailleurs le cas pour nous s'est affiné en structure parce qu'on l'a travaillé, retravaillé, retravaillémais c'est pas du tout... c'est pas si simple. C'est pour ça au départ, je reprends ce que vous avez dit tout à l'heure concerant le diagnostic psychiatrique, effectivement, quand j'ai eu le texte de l'entretien avec Melman les choses qui m'avaient parues importantes ... Bon j'avais dit voilà, un cas de paraphrénie confabulante plus... Tout cela c'était ... Là, on a essayé de ... évidemment d'aller au-delà des outils psychiatriques. Bon , c'est une véritable difficulté, bon... Je l'ai senti comme ça et mes collègues et moi-même, on a dû épurer au maximum notre réflexion pour pas imaginariser de trop le cas, et pas psychologiser, pas trop élaborer et pas trop en rajouter concernant l'histoire familiale etc. Voilà ce que je peux en dire.
