Théorie psychanalytique

 
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Note sur la particularité dudit transfert psychotique

Auteur : Bernard Vandermersch 03/11/2011

Bibliographies Notes

« Note sur la particularité dudit transfert psychotique »[1]

 

Transfert désigne le passage d’un lieu à un autre. Quel autre? S’agit-il d’un autre lieu identique au premier ou d’un lieu dont le seul caractère est précisément d’être Autre, d’une autre dimension ?

Peut-on parler dès lors de transfert dans la psychose ? Oui sans doute si, avec Lacan, on définit le transfert comme « la mise en acte de la réalité de l’inconscient ». Et si l’on ajoute avec Lacan : « La réalité de l’inconscient, c’est ‑ vérité insoutenable ‑ la réalité sexuelle », cela vaut-il encore pour la psychose ? En tout cas, la mise en acte de la réalité sexuelle dans la psychose s’accompagne souvent de phénomènes inquiétants.

Sans doute y a-t-il dans le fait de la jouissance sexuelle une énigme plus radicale dans la psychose que dans la névrose. Il y a comme une impréparation du psychotique à cette rencontre. Le sexuel n’a pas plus de sens dans la psychose que dans la névrose mais, dans la psychose, le non-sens du sexuel n’est pas venu capitonner l’ensemble des significations en en faisant ainsi un lieu Autre, un lieu autrement structuré.

Partons donc de ce que le transfert mis en jeu dans la cure est d’abord celui de l’analyste et interrogeons-le. Voici comment Lacan parle de son propre transfert à Freud. Retrouvant dans les Wahrnehmungszeichen freudiens sa propre théorie du signifiant, il dit : « D’en avoir trouvé l’indication énigmatique, inexpliquée, dans le texte de Freud est pour nous la marque que nous progressons dans le chemin de sa certitude. Car le sujet de la certitude est ici divisé : la certitude, c’est Freud qui l’a. ».

Ainsi fonctionne le sujet supposé savoir : il est chez l’Autre et je ne fais que progresser dans le chemin de sa certitude. Lacan poursuit en affirmant que si la certitude de Freud s’assure des recoupements du retour du refoulé, ce n’est pas de là qu’elle lui vient. « Elle lui vient de ce qu’il y reconnaît la loi de son désir à lui, Freud ». Autrement dit de son fantasme, véritable lieu de sa certitude[2]. Or cette certitude incertaine que le sujet trouve dans son fantasme s’est substituée à la certitude absolue, mais sans sujet, du temps premier de son aliénation dans le langage, ce temps premier décrit par Lacan comme provoquant l’aphanisis du sujet, le sujet disparaissant sous le signifiant.

Mais pour retrouver cette certitude du fantasme il aura fallu un temps intermédiaire, le détour par l’incertitude quant au désir de l’Autre. C’est au défaut de ce temps d’incertitude que Lacan réfère certaines positions subjectives comme la paranoïa.

Dans le traitement psychanalytique des psychoses, le défaut de ce temps d’incertitude, ce temps de la question « Que me veut-il ? » rend caduque la fonction du Sujet supposé savoir.

Mais ça n’empêche pas l’analyste, lui, de transférer sur le savoir du psychotique et il est tenté de solliciter le sujet de ce savoir. Résultat : retour à la case départ, une certitude sans sujet et qui risque à tout instant de faire irruption par surprise, la réponse venant avant la question jamais élaborée auparavant. Chacun sait que l’expérience analytique est propice à révéler et même déclencher une psychose.

Dans l’abord thérapeutique des psychotiques, la psychanalyse est-elle alors d’un quelconque secours ?

Disons d’abord qu’il n’est pas nécessaire d’être analyste pour soutenir un dialogue avec un patient psychotique qui soit respectueuse de sa subjectivité, même si la tendance actuelle est plutôt à tenir ce dialogue pour inutile au-delà des nécessités du diagnostic.

La psychanalyse du praticien sera utile, si elle a pu le conduire à ce point de supporter lui-même l’absence d’un sujet à ce savoir offert à sa curiosité, et donc d’éviter de le solliciter. Le savoir analytique sur le mécanisme de forclusion comme bien distinct de celui du refoulement, et de ce sur quoi il porte, peut aider l’analyste à faire éviter à son patient les situations dangereuses, notamment celles que Lacan décrit dans sa Question préliminaire.

Rester dupe de la structure est encore la position la plus juste car elle permet d’accompagner le patient dans son effort de rigueur, dans une « soumission entière, même si elle est avertie », à ses positions subjectives. Reconnaissons toutefois que, même dans les cas où nous pouvons faire état d’évolution satisfaisante, bien souvent la survenue de phénomènes psychotiques intercurrents aura échappé à toute prévision.

Se faire « le secrétaire de l’aliéné » ne veut pas dire le prendre comme analyste. Mais loin d’être latérale, c’est une fonction qui va s’intégrer dans le sujet comme nécessaire à sa tenue. Et cela questionne le désir du thérapeute dans ce cas. On peut même parler d’une suspension du désir de l’analyste si ce désir est celui d’obtenir la « différence pure » que rien chez les psychotiques n’assure. Ce serait un désir à réorienter sans pour autant le faire basculer dans un désir de guérir[3]. Plutôt qu’une réduction aveugle des phénomènes psychotiques gênants, un « ne pas laisser tomber hors de l’humain ».

Notes

[1] À partir de l’intervention aux Journées de l’ALI des 15-17 octobre 2011 consacrées au transfert dans la psychose.

[2] Il y a donc eu transfert pour Freud du lieu de sa certitude. C’est le tournant de l’abandon de sa Neurotica et ensuite de son rapport à Fliess. Freud occupe donc une place exceptionnelle dans le transfert et Lacan se demande si « ce pédicule » pourra être un jour allégé. « Moi, je suis freudien, libre à vous d’être lacanien ».

[3] Étienne Oldenhove a parlé, dans les mêmes Journées consacrées au transfert dan les psychoses, d’un travail d’adoption plutôt que d’adaptation.

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