Lettres de l'absence
Auteur : Christian Dubois 11/09/1995
Je vais essayer d'aborder la difficile question de l'origine de la représentation, de la création de la représentation ainsi que son statut métapsychologique telle qu'elle m'est apparue au cours d'une cure analytique avec un enfant autiste primaire.
Il peut paraître étonnant de parler de l'origine de la " fonction de représentation " ou de la création de la représentation.
Seule peut-être la clinique de l'autisme primaire nous permet de la voir en acte. D'ordinaire ce moment d'origine est à concevoir comme mythique ou au mieux comme une reconstruction.
Étonnant et aussi vertigineux puisque cette clinique nous plonge dans les affres d'une confrontation immédiate, c'est-à-dire sans la médiation de la représentation, avec ce que Freud a pu appeler " Das Ding ".
" Il nous faut concevoir le sujet à l'origine du signifiant. " (Lacan, Séminaire l'Identification). Il y a bien contemporanéité du point originel de la représentation et du moment originel de la subjectivité.
A la racine de l'acte de parole nous dit Lacan dans l'Identification il y a un moment où elle s'insère dans une structure de langage.
Et cette structure de langage s'incarne dans une contemporanéité de l'écriture et du langage. Nous trouvons dès cette leçon du 17 janvier 1962 cette idée que la parole est Lecture d'une écriture préexistente (" l'écriture est connotation signifiante, la parole ne la crée pas tant qu'elle ne la lit ").
Ce que Lacan vise dans ce point d'insertion dans une structure de langage, ce n'est rien de moins que la structure de l'inconscient qui positionne le sujet. Mais comment ?
Qu'est-ce qui peut bien faire le support de la représentation ?
Cette question s'est imposée à moi par la cure d'un enfant autiste que je nommerai " M. " : non seulement à cause de son acharnement à détruire tout ce qui pouvait tenir lieu de surface d'inscription mais aussi par son intérêt pour la " mélodie ", la musicalité de la langue au détriment du sens de celle-ci.
Il m'a fallu donc travailler à l'existence d'un support.
Il faut dans ces cures que l'analyste soit support de l'activité de l'enfant.
Et que " support " soit aussi " un terme de blason désignant des figures d'anges, d'hommes ou d'animaux qu'on représente aux deux côtés de l'écu d'armes comme le supportant " (cf Le Robert), voilà qui indique son lien avec quelque chose de l'ordre d'une nomination du sujet.
Cette idée du support renvoie à la nécessité qu'une représentation s'inscrive d'une façon telle qu'il y ait articulation entre cette inscription et le support d'inscription, articulation " figure-fond " c'est-à-dire articulation de l'un à l'Autre dont les rapports devraient s'écrire : " pas l'un sans l'Autre ".
Il y a, en effet, nécessité que ce support s'efface, passe au second plan au profit de l'inscription : c'est dans cette syncope de ce qui fait support que la possibilité subjectivante réside.
J'ai proposé en décembre 94 que l'autisme c'est peut-être le refus du maternel comme support. Refus que quelque chose du support du signifiant s'efface au profit de la représentation.
Très classiquement, très " naïvement " la représentation nécessite trois termes
- le référent, soit l'objet représenté
- le signe, soit la matérialité de ce qui représente
- un " sujet " pour qui cet objet est représenté par ce signe.
Cette conception naïve et fausse, Freud puis Lacan vont s'attacher à la subvertir.
En effet, cette trilogie " référent, signe, sujet " Freud va la subvertir du côté du référent et du signe en laissant de côté la critique de cette notion du " Ich ".
Tout au long de la découverte freudienne, c'est-à-dire depuis 1891 dans les Études sur l'aphasie jusqu'en 1939 et notamment dans ce texte essentiel pour mon propos qu'est " Die Verneinung " (1925), la représentation ne va jamais cesser d'être rattachée à la perception, au sensoriel.
" Il faut se rappeler, dit Freud en 1925, que toute les représentations sont issues des perceptions, qu'elles en sont les répétitions. "
Mais justement, cette notion de répétition va être déterminante pour la nature même de la représentation : d'être répétée, elle va en effet changer de nature.
S. Freud ne s'est jamais départi de ce lien entre représentation et perception. Lien qui s'appelle : répétition.
" Wahrnemnungzeichen, Qualitätzeichen, Realitätzeichen... Zeichen " sont des signes de la rencontre de l'objet.
Or, dès les études sur l'aphasie, Freud a centré sa conception de la représentation de l'objet sur la notion d'objet perdu. C'est là, la première rupture, la première subversion freudienne qu'introduit cette notion de répétition.
Le support des représentations pour Freud sont donc les premières traces mnésiques de la rencontre de l'objet, dont les attributs vont constituer les représentations primitives et dont une part restera " en tant que Chose " hors du représentable.
Or, et ceci dès l'" Esquisse " (ou les textes contemporains comme la lettre 52) quand Freud va envisager l'inscription inconsciente, il va parler non plus de " Zeichen " mais de " Vorstellung ". Ainsi, dans la deuxième partie de l'Esquisse, ce terme surgit quand Freud envisage la substitution d'une représentation à une autre (dans la description du mécanisme du refoulement hystérique).
Pour qu'il y ait inscription, Freud semble insister sur la nécessité d'une substitution, voire d'une répétition de représentation.
Dès lors, celle-ci n'est plus signe, mais Vorstellung en tant qu'elle renvoie non plus à l'objet mais à une autre Vorstellung.
Et Freud d'insister dès lors pour que l'analyste s'attache à déchiffrer la représentation non plus seulement en tant que trace d'une rencontre mais en tant qu'elle vient chiffrer un désir inconscient.
La deuxième remarque que je voudrais faire sur la conception freudienne de la représentation c'est que si intuitivement on envisagerait d'abord l'existence d'une représentation pour dans un second temps lui conférer des attributs, Freud inverse cette logique pour envisager, primordialement un jugement d'attribution, ensuite un jugement d'existence.
Je crois qu'on peut mesurer là tout ce que Freud doit à Brentano.
Celui-ci en effet, dans " Psychologie d'un point de vue empirique ", fait une distinction très nette entre représentation et jugement, en tant que ce dernier est une affirmation d'une vérité ou le rejet d'une erreur.
Pour Brentano, la perception d'actes psychiques ou même le souvenir sont des opérations de jugement.
De plus, Brentano soutient que dans l'affirmation " A est... ", il ne s'agit nullement d'un jugement d'attribution qui lierait A et l'existence en tant que prédicat. Dire " A est... " c'est seulement admettre A en tant que représentation sur la base d'un jugement. Ce qui n'est pas affirmer l'existence de A.
Freud a repris cette notion en affirmant l'acceptation de représentations primordiales par un jugement d'attribution qui ne confère en soi aucune existence à ces représentations : ce sera là la tâche du jugement d'existence (ou épreuve de la réalité) dont le but n'est pas de trouver dans la perception réelle un objet correspondant au représenté, mais bien de le " retrouver ". C'est donc bien à nouveau la répétition qui va conférer ou non l'existence à la représentation.
Lacan, dans son commentaire de l'intervention de J. Hippolyte sur la dénégation apporte un éclairage décisif à ce texte quand il soutient que " cette création de symbole... on ne peut même pas la rapporter à la constitution de l'objet, puisqu'elle concerne une relation du sujet à l'être et non pas du sujet au monde ".
Il va donc souligner le renversement du lien entre la représentation et la réalité : il s'agit moins d'une adéquation entre une représentation et l'objet mais bien, par ce jugement d'existence, d'un processus de jugement qui aurait à voir avec la Vérité. Et à cet égard, on peut se demander si la différence entre jugement d'attribution et d'existence n'origine pas la différence entre le Savoir et la Vérité chez Lacan.
La Vérité ne surgirait que de ce lien d'une représentation à une autre centré sur la trace inaugurale de la rencontre de l'objet.
Le jugement d'attribution c'est donc l'admission primordiale non pas " dans " le moi mais comme constitutive du " Ich ", de représentations primitives sans pour cela qu'elles acquièrent du même coup valeur d'existence : ni au regard de la réalité puisqu'il n'est pas un jugement porté sur la réalité, ni pour le sujet en tant qu'elles auraient effet de Vérité.
Concevoir l'admission de représentations sans pour cela qu'elles permettent au sujet de fonder son existence permet de concevoir le statut de ces représentations qui sont créées, grâce au travail de la cure et qui ont donc dépassé la défense primaire comme d'avant Le jugement d'existence, comme n'entraînant donc pas d'effet de Vérité, pas plus non plus qu'une véritable subjectivation.
Si comme nous l'avons vu, Freud va introduire une rupture par rapport à la conception " naïve " de la représentation tant du côté du référent que de celui du signe, Lacan va introduire une double subversion par rapport à la conception freudienne : l'une du côté de la représentation en promouvant sa théorie du signifiant, ce qui en entraînera une autre : la séparation du " Je " et du " moi ".
Lacan va aussi s'intéresser à la trace, aux " Wahrnemnungzeichen ". En 1964 il va leur " donner leur vrai nom de signifiants " (Séminaire XI). Cependant, il aura fallu tout le travail de 1961/62 sur le trait unaire pour en arriver à une conception du signifiant qui se différencie nettement du signe.
Rappelons que Lacan présente sa " constitution du signifiant " en trois temps
- il y a d'abord la trace
- puis celle-ci est lue et dès lors on ne sait plus (on est là dans un indécidable) si elle vaut comme trace ou comme signifiant
- enfin le renversement : la trace phonétisée pouvant dès lors écrire le son.
Il ne saurait y avoir d'articulation d'un signifiant sans ces trois temps.
Les Wahrnemnungzeichen sont donc devenus Lettres en tant que par une opération de lecture du signe ils sont venus se détacher du signe et se supporter du " pas-de-trace ", du rien.
Le support du signifiant n'est donc plus la trace d'une perception mais la lettre de son effacement.
Et ceci a pour conséquence un positionnement différent de l'altérité et du même coup de la subjectivité.
En effet, quelle subjectivité est attachée à l'admission des Wahrnemnungzeichen par le Ich ?
On sait que Freud ne dissocie pas le " moi ", du " Je ". Bien plus, dans " la dénégation ", il précise qu'il n'y a aucune différenciation entre le " subjectif " et " l'objectif " attachée au jugement d'attribution. Cette différence n'apparaît que grâce au jugement d'existence.
Lacan, lui, va dès son texte sur le " Stade du miroir " détacher le " je " du " moi ". Si c'est dans ce texte, comme je le pense, que cette différence va commencer à s'élaborer, je vous propose de concevoir que c'est par le stade du miroir que le " je " se dissocie du " moi ".
En effet, c'est par cette expérience du miroir que la subjectivité va se fonder sur la " rupture entre l'Innenwelt et l'Umwelt ".
Si c'est bien entre la trace de pas et le pas comme venant écrire le son " pas " et pouvant servir comme instrument de la négation que peut venir se constituer le sujet, ce renversement constitue le passage d'un sujet immanent à la lecture du signe, d'un " pré-sujet ", sujet comme potentialité dans l'Autre (comme en atteste les dessins renversés des tout-jeunes enfants) à un sujet en tant qu'effet de la mise en chaîne signifiante, un sujet qui ex-siste à l'Autre.
La subjectivité attachée à la constitution des signifiants primordiaux n'est peut-être nulle part mieux illustrée que par les " créateurs " : les artistes essayant de cerner leur rapport à la création.
" L'écrivain, c'est l'état indifférencié de la personne, la nudité indifférente de l'âme. De l'âme comme regard. De l'âme comme absence. " (Ch. Bobin, La part manquante).
On peut noter un même renversement au niveau de la conception de l'altérité.
Chez Freud l'altérité reste référée à la réalité extérieure, même si dès l'Esquisse nous la retrouvons au coeur du sujet " en tant que Chose ".
Pour Lacan, et à partir de ce renversement, l'altérité n'est plus du tout à référer à cette partition extérieur/intérieur : elle est le signifiant lui-même. Elle est supportée par la différence absolue du signifiant. " L'Autre n'est Autre en rien. " Le signifiant est là en tant qu'Autre dont le support est la trace en tant que lettre.
Retournons à la clinique de l'émergence de deux signifiants pour " Momo ".
Au cours de sa cure, Momo qui à ce moment émerge de son autisme pour s'intéresser aux traces de son gribouillage (cf mon exposé " entre chair et écriture " déc. 94) va créer un signifiant majeur pour lui : la grue.
Momo, depuis que je le connais est un " enfant-machine ". Tout moteur exerce sur lui une fascination mortifère.
Or, la grue, je la trouve " digne " de le représenter aux yeux de son éducatrice. La grue, image plutôt sténique vous en conviendrez, arrive à un moment où Momo n'est plus ce petit être chétif et sans colonne vertébrale.
La grue, c'est tout ce qui porte, sauve mais aussi à l'occasion vous balance et vous laisse tomber. C'est sans doute parce qu'elle renvoie pour moi à une imaginarisation de l'Autre que nous lui réservons le meilleur accueil.
La grue sera, comme il se doit pour Momo, dessinée, découpée, détruite puis recollée...
Et elle fonctionne comme signifiant " à tout faire " : devant tout danger, telle l'imminence d'un petit autre que Momo craint par exemple, Momo se raccroche à " la grue " comme barrière contre l'" Hilflossigkeit ".
Le " grue " devient ce que D.W. Winnicott appellerait un objet transitionnel, d'abord dans les mots, (mots transitionnels) puis concrètement: il traîne derrière lui une splendide grue rouge.
Envisageons maintenant comment apparaît le signifiant " O " conjointement avec cette question : comment un signe peut-il devenir signifiant, c'est-à-dire venir représenter le sujet et non plus l'objet-référent " de la réalité ".
Momo, qui est un enfant qui a été hospitalisé depuis sa naissance et qui a subi nombre d'interventions médicales, rencontre de gros problèmes d'insomnie. Il regarde sans cesse une lampe - de forte puissance - qui éclaire la rue et se trouve fort proche de sa chambre. Il reste " collé " à cette lampe qui le fascine.
En séance, cette fascination s'observe aussi : toutes les ampoules du bureau doivent être allumées et il se " noie " de les regarder, se brûle les yeux et les mains sur elles jusqu'à la mutilation.
A ce moment, Momo s'intéresse beaucoup aux images d'hôpital qu'il a trouvées dans un illustré. La violence de ce que cela lui évoque est énorme. Il " met en scène " sur le corps propre une série d'" opérations-intrusions " notamment autour de la bouche. Sa jouissance est telle qu'il faut sans cesse l'arrêter... ce qui ne se peut sans dessiner, représenter ce qu'il met en scène. Nous lui proposons aussi de jouer ces scènes sur une petite poupée.
Puis au cours d'un trajet pour venir en séance, il est intéressé vivement par la lune. Il dit " lu ". La " lu " désignera dès lors aussi les lampes et notamment celle qui peuple ses nuits. La lune, seulement quand elle est " ronde " l'intéresse. Elle sera dessinée, découpée, recollée sur un support. Détruite, redessinée.... Modelée aussi. Et il va interposer ce modelage ou ce dessin entre lui et les ampoules allumées.
Ne s'agit-il pas, dans cette fascination d'une proximité trop grande avec le champ de la " Chose " ?
Le cercle de papier, le modelage qui correspond à " la lune " et qui s'extrait (pour se conserver finalement) de cette capture ne vaut-il pas comme trace De la Chose ?
Il faut pour s'en convaincre se rappeler que cet appareillage médical a tenu lieu pour lui d'Autre. Autre muet. Autre-machine qui le terrorise.
Ce " O " est une création, au sens fort.
Parlant de la création artistique aux journées sur la jalousie, C. Desprat-Péquignot l'a rapprochée de cette rencontre originaire où de l'Autre s'impose au sujet en même temps que se constituent les traces de cette rencontre.
Mon petit Momo n'en est pas artiste pour autant mais je trouve en effet qu'il y a là création d'une représentation avec ce que cela représente de rencontre avec le " danger de l'imminence de la Chose " qui risque de submerger le sujet.
Nous pouvons saisir là en acte toute la différence entre un corps érotisé par le discours maternel, corps qui est ainsi soumis au Principe de Plaisir qui fait barrage à la jouissance et un corps, tel celui de Momo, qui est toujours susceptible d'être un lieu d'effraction, " érotisé " par les traces du champ de la Chose.
Au fil des séances, ce " O " va se lire O. " O " qui va servir à nommer et à écrire " MOMO " (Pour la constitution du " M " je renvoie à mon exposé Entre chair et écriture).
Le sujet, nous dit Lacan dans d'un Autre à l'autre, ce sont les " effaçons " par quoi comme empreinte la trace se trouve effacée. Et Lacan de pointer les quatre " effaçons du sujet : les 4 objets a.
Pour que cette première trace passe au statut de lettre et vienne représenter MOMO, il va y loger, à la place du " O -lampe-lune " le regard.
Regard de l'Autre comme en atteste une publicité qu'il élit dans une revue et où le regard surplombe une série d'ampoules électriques.
Il me semble qu'on ne peut pas mieux évoquer ce que Lacan théorise quant à l'" enforme de A " : " le sujet, dit-il, c'est celui qui efface la trace en la transformant en regard. "
Mais dès lors, quel est le statut métapsychologique de ces premières représentations ?
Ce qui peut faire support pour que la représentation advienne c'est la Mère en place de support de l'Autre et du sujet à venir (c'est ainsi que se comprend le " holding maternel " de D.W. Winnicott).
C'est le moment d'un rapport immédiat à l'Autre comme désirable. Et ce qui est subjectivant c'est que l'anticipation maternelle soit une opération de Lecture de l'activité de l'enfant.
C'est dire que cela suppose qu'il y ait quelque chose à déchiffrer qui soit déjà là. Or, il n'y a quelque chose à déchiffrer que si il y a quelque mystère, que si l'enfant fait énigme, question. Il est donc fondamental que quelque chose de l'enfant soit perdu pour la mère, ou encore qu'il soit en place d'objet perdu pour elle.
Lisant, la mère se barreelle n'est plus toute. Elle se soumet à la lettre, au réel de la lettre. C'est par là que ce rapport d'immédiateté avec l'enfant est perdu primordialement pour elle.
J'insiste donc sur la nécessité d'un double travail de deuil pour que le support du signifiant s'efface, le deuil du côté de l'enfant devant être préparé par celui de la mère. Ainsi en est-il du sevrage : le sein est " de l'enfant " dans la mesure où il est d'abord perdu par la mère.
Ce travail psychique qu'elle opère est la condition pour que la perte de l'objet pour l'enfant soit subjectivante. Ainsi, et seulement ainsi, la lettre est la trace d'une jouissance perdue.
Dans la dialectique du sujet à l'Autre, il faut donc que le signifiant primordial " déçoive " : c'est-à-dire qu'il ne soit pas signe de la présence de la " Chose " mais trace de son manque.
Mais ce temps premier de l'illusion du signifiant primordial comme tenant lieu de la rencontre de la Chose est fondateur : ce n'est que dans un second temps que la batterie signifiante peut être construite.
En effet si le signifiant " a déçu ", alors peut s'établir l'équivalence entre tous les signifiants.
Pour Momo, c'est ce temps premier qui fait défaut. La lettre " O " par exemple, est trace non d'une jouissance perdue par un travail de deuil, elle est trace d'une absence certes, mais une absence qui est une perte " de toute éternité ". Ce " O " n'est pas mis en chaîne par un jugement d'existence.
Ainsi, on peut se demander si on aurait pu éviter son autisme et le gavage de cet enfant pendant 4 ans, en l'accompagnant lui et sa mère dans la séparation douloureuse qui lui a été imposée.
C'est ce qui confère un caractère mélancolique aux représentations que Momo a cessé de rejeter.
Cet enfant a été confronté trop tôt à la disparition de l'Autre comme support. Trop tôt signifiant que cette perte n'a pas été le temps d'un travail de deuil.
Il a ainsi été confronté à la disparition de l'Autre Réel sans qu'il ait eu le temps nécessaire au travail d'élaboration psychique requis pour la constitution du signifiant primordial de l'objet.
Le collapsus mélancolique c'est pour moi " l'attribution " de représentations qui ne peuvent servir à fonder l'existence d'un sujet représenté par un signifiant pour un autre signifiant.
Ces représentations le prémunissent d'une rencontre trop imminente avec la Chose, sans pour autant lui donner rapport à l'objet en tant que perdu.
Signifiants " holophrasés ", ces représentations scellent sans doute sa débilité.
