Théorie psychanalytique

 
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Les échecs à l'adolescence

Auteur : Jean-Marie Forget 02/04/2000

Bibliographies Notes

Les échecs de l'adolescence sont souvent vécus de manière dramatique pour plusieurs raisons. Les parents découvrent à cette occasion que leur enfant est différent de ce qu'ils imaginaient. A cette époque de la vie, les échecs semblent entraîner des conséquences rapidement déterminantes pour l'orientation si ce n'est pour l'avenir. Mais sur le fond, ces échecs montrent les difficultés de l'adolescent à mettre en jeu son identité propre dans la société. A ce titre, ils ont une portée différente chez le garçon et chez la fille.

Chez le garçon, chercher à devenir un homme l'amène à tenter d'affirmer directement son désir, ses choix, avec le côté entier, tranchant, sans concession qu'on connaît dans cette démarche.

- S'il se lance ainsi, de manière déterminée, il se trouve doublement bridé: à la fois dépendant de ses parents, ses banquiers donnés par la nature, et tributaire, de plus en plus dans le monde adulte actuel, d'un ainé, d'un maître, d'un chef dont il attend une reconnaissance. Cette dépendance à laquelle il ne peut rien le fait passer par des moments de révolte et des temps d'une tristesse dépressive. L'échec peut se présenter dans ces à-coups: "L'école ne marche pas, je ne peux pas attendre, je veux m'engager dans une association humanitaire. Je voudrais qu'ils me donnent une formation, qui me serve après" Arnaud, 16 ans.

- Quand il n'ose pas aller de l'avant, il est dans un mélange de réserve et d'échecs qui co-éxistent avec de brusques mouvements impulsifs dont il ne veut rien savoir. L'échec manifeste alors le poids des incertitudes qui concernent son identité. Dans ces cas là, il a incontestablement besoin d'une aide spécialisée. "Je ne sais pas quoi faire plus tard, je sais pas ce qui m'intéresse, mais bosser comme mon père, ça, non !" Philippe, 14 ans.

- L'adolescent peut se jeter dans la quête d'objets censés le rassurer sur son identité, comme les vêtements de marque, les gadgets divers vantés par les messages publicitaires ou se donner l'illusion d'être un homme par des conquêtes amoureuses dont il attend trop, ou dont il n'attend rien. Il ne peut tôt ou tard que subir le contre-coup de l'illusion de sa démarche dans des échecs, liés ou non à des effrondrements dépressifs, dont il peut avoir du mal à prendre la mesure par lui-même. Là aussi c'est une aide extérieure qui peut lui permettre de saisir ce qui lui arrive. "Faire n'importe quel travail, gagner un peu d'argent pour me payer ce que les parents me refusent, avoir une piaule, sortir comme je veux, ramener mes copines chez moi." Kevin, 17 ans.

Chez la fille, la difficulté de se tenir dans une position féminine tient à se trouver en quelque sorte décalée, déplacée par rapport à ce qui serait une affirmation directe de ce qui fait la spécificité de son identité, mais qui la calquerait, en quelque sorte, sur celle d'un homme. "Depuis que ses bras se sont refermés sur moi, j'ai l'impression que les autres hommes me voient différemment...Moi je sais bien que je n'ai pas changé, même si Marie me dit que j'ai les yeux qui brillent et que j'ai embelli" (B. Hammer, La princesse Japonaise). Si elle ne tient pas compte d'emblée de sa position de femme, ce sont dans les échecs que celle-ci se manifeste après coup.

- Si elle continue à chercher sa satisfaction dans les seuls succès obtenus des apprentissages, elle investit à fond sa formation, ses études et repousse à plus tard ses questions de femme. Soit elle rencontre d'emblée dans un tel projet scolaire ou universitaire un échec où se rappellent à elle les questions de sa féminité. Soit c'est lors d'un succès à un examen, lors de l'admission à un concours que ces questions ressurgissent sous une forme qui peut sembler paradoxale par exemple une dépression. L'adolescente réalise alors que les études, la forme d'autorité et d'assurance qu'elle en attendait pour lui assurer une brillance et un éclat dans son rapport aux hommes la prive en fait d'une assise féminine dans ses questions d'identité. L'aide qui peut lui être apportée dans de telles situations va bien au delà de la seule question de l'échec. "Je n'arrive plus à conclure les études qu'on me confie, je n'arrive pas à écrire les décisions qu'on attend de moi. Je me sens seule parmi les collègues, je n'ai plus d'amis à qui me confier, je ne sais pas comment aborder les autres car je me sens terriblement vulnérable" Armelle, 21 ans.

- Si elle tente, comme femme, de se lier à un ami, elle se trouve confrontée aux difficultés de ce garçon vis-à-vis de sa propre identité s'il est lui même dans ce temps d'adolescence. Elle peut alors se vivre dans une autre forme d'incertitude, sans recours, en grand désarroi. La précarité de cette relation peut avoir la tonalité d'un échec et la conduire parfois à un effondrement dépressif. Là encore la manifestation dépressive n'est qu'une expression des questions de son identité. "Avec Pierre, c'était bien au début, mais dès que je lui dis ce que je voudrais qui ne colle pas avec ses projets, il disparait, je ne vois plus, je l'attend jusqu'à ce qu'il réapparaisse sans aucune explication. Quand je l'interroge là dessus, il se fâche, menace qu'on arrête. Je n'en peux plus !" Johanna, 16 ans.

- Elle peut aussi éluder la difficulté d'une position féminine dans le parti pris de rapports amoureux où elle reste l'objet de partenaires successifs. Elle se joue alors de la difficulté de cette question. Mais tôt ou tard un vécu d'échec lui rappelle les questions qu'elle s'efforce d'éviter.

Notes
Bibliographie