L'étoile du berger
Auteur : Jean Périn 31/03/1994
Pierre-Michel est un garçon de treize ans, né en 1980. Il m'a été confié par le docteur J. Bergès dont le nom joue un rôle sur l'autre "Senn ". En allemand, langue qui revêt une importance particulière pour mon jeune patient, ce mot signifie : berger des Alpes.
L'enfant se présente sous l'apparence d'une motricité défaillante et sans harmonie. C'est un garçon grand, costaud mais pataud. Le mime et le dessin, utilisés dans la cure, vont mettre en évidence sa motricité assez dyspraxique au premier abord.
Son élocution est surprenante avec un peu d'inflexions de voix. Il s'exprime volontiers mais sur des sujets d'ordre général ou culturel. Son langage est de bonne qualité mais celui qui l'écoute a l'impression qu'il répète ce qu'il a entendu ou lu. L'intonation est sans modulation, sans arrière-plan ; ce qui laisse une impression étrange. Les énoncés véhiculent parfois une avalanche d'informations de tous ordres que l'interlocuteur reçoit avec un " Le saviez-vous ? " sous-entendu. Comme quelqu'un qui lirait tout haut un journal. Discours compact donc. Il touche à tous les meubles et objets qui sont dans le bureau.
Tout aussi remarquable est l'investissement de la zone buccale. Il fait claquer sa langue, fait un bruitage des lèvres et de la bouche, grince des dents de façon impressionnante. Tout cela indique la prévalence de l'objet oral. Mais le regard apparaît aussi comme l'un des objets de Pierre-Michel. Sa maladresse motrice montre que son corps entretient une relation tout à fait spéciale au regard. Son espace manque, comme on va le voir, d'une dimension essentielle.
Au demeurant, ce garçon est intelligent, astucieux et curieux et normal dans le domaine logico-mathématique.
Nous allons suivre, sous forme de journal de bord, quelques séances de la cure et en extraire les signifiants majeurs.
Séance du 9 décembre 1992 (première séance)
Je propose le mime de l'escalier, faire le geste de monter un escalier. P.M. se cache derrière le dossier du fauteuil. Il est accroupi. Peu à peu il s'élève en restant sur place. Il dit que la personne monte ; qu'il monte son corps (est-ce qu'il montre son corps ?). Il fait de même pour descendre. Si " la personne est en bas, on ne la voit pas ", dit-il. Ce mime pose immédiatement la question de l'espace et du regard.
C'est lui qui propose le thème du second mime : le journal. Il mime la personne qui lit un journal mais ses poings sont serrés et restent immobiles. Seuls les yeux le mouvement de la lecture. Le corps ne participe pas à la lecture. Le journal n'est pas présent ; il ne donne pas l'impression, l'illusion d'être derrière ce journal qui ferait écran. Pour l'escalier, au contraire, il avait utilisé comme écran le dossier du fauteuil. C'est sur ce même fauteuil qu'il s'assoit pour le mime du journal.
Je lui demande de dessiner le mime. Après avoir dessiné le carré représentant le journal, il ressent de l'embarras pour dessiner " les autres feuilles ". Il dessine alors ces autres pages à droite du carré-journal, en haut et en bas.
Séance du 16 décembre 1992
Surprenant dessin d'aspirateur exécuté après un mime. On y retrouve le carré qui représente maintenant l'aspirateur. En haut à droite, dans un carré plus petit, la prise de courant, avec cette remarque de P.M. " Un bout en trop " concernant l'élément médian de la prise. Le personnage à gauche a les jambes en forme de prise (la prise mâle). Alors le bout en trop où est-il en trop ? S'il est en trop en haut serait-il en moins en bas ? Si les jambes figurent les fiches d'une prise les mains du personnage sont en étoile. Ou bien ressemblent-elles à une croix.
Une forme ronde apparaît : la tête.
Le coup de génie de ce garçon est sans doute d'avoir pointé ce bout en trop, ce " Un bout " en trop. Il présente son grand Autre comme plein et toujours prêt à l'aspirer. Cet " un en trop ", en tant qu'il est en trop ne peut être " l'un-en-plus " dont parle Lacan dans D'un Autre à l'autre (Leçon XXIV, 18 juin 1969).
" Le I à soi tout seul a longtemps suffi, qui a fait que l'Autre, c'était le I, confusion en ceci qu'était méconnue la structure de l'ensemble, et que même dans l'ensemble à un élément posé comme tel, il sort à titre de sous-ensemble cet un-en-plus, c'est-à-dire ce qu'il est lui-même. "
Séance du 13 janvier 1993
On retrouve les éléments du précédent dessin : le rond, le carré et l'étoile. A gauche, le maître au tableau. A droite : la chaise et le bureau. La chaise qui est dessinée est celle du bureau où je le reçois. On voit le dossier avec les montants, le siège en triangle (ici une variété du carré ou rectangle) et en dessous le pied. En réalité le pied de cette chaise est formé d'un cylindre (non représenté sur le dessin) terminé par cinq branches disposées en étoile ; chacune des branches ou rayons étant terminée par une roulette. Ce n'est que plus tard que j'ai remarqué cette caractéristique du pied de la chaise. Du sommet du triangle partent les six branches d'une étoile. La main du maître et la chaise du maître sont donc étoilées. La craie pourrait se trouver là pour nous indiquer qu'il faut lire " croix " plutôt qu'" étoile ". En tout cas il y a répétition du même signifiant. La main en forme d'astérisque indiquant le signifiant manquant.
Ce pied de chaise, tel qu'il est dessiné, peut évoquer une patte. Ce dessin a été exécuté après un mime dit " La distribution des cahiers ". P.M. portait une pile de cahiers qu'il distribuait à chacun des élèves de la classe. Mais il portait ses cahiers comme un bébé et d'autre part, lorsqu'il ouvrait la main pour déposer le cahier, il offrait cette image d'une personne donnant à manger à des animaux. Je lui refis ses gestes. Il dit alors que sa grand'mère donnait ainsi du grain aux poules.
Il s'agit du signifiant " pataud ". Dès le premier entretien, sa mère me dit qu'il est pataud. Il est né avec un léger retard. Les premiers mots de l'examen psychologique de 1991, dès la première ligne, indiquent que P.M. " est un garçon assez grand et costaud, pataud dans sa motricité ".
Revenons au premier dessin. Celui du journal. Plusieurs plasticiens ont vu que les " autres pages " étaient des pattes. Donc, ses mains.
Le geste d'ouvrir et de fermer les mains pour distribuer le grain, vu à travers celui de distribuer les cahiers n'avait rien de " pataud ". Or, ce geste, semblable à celui de feuilleter le journal n'avait pu être fait pour le mime du journal. Ainsi tel geste, possible dans une situation est impossible dans une autre.
Séance du 20 janvier 1993
De toute évidence le signifiant " pâte " est à l'oeuvre. Dans le dessin c'est le gâteau dans le four. A noter la forme de la poële. Comme je lui demande s'il fait sauter et retourner les crêpes, il répond que c'est sa mère mais qu'elle se sert d'une spatule où j'entends " pate ".
Séance du 27 janvier 1993
Ce dessin du pompiste montre différemment les formes rondes et carrées. En haut la voiture et ses deux portes. Le personnage à droite c'est lui en train de prendre de l'essence. En dessous, le tuyau à essence. On y verra le trajet pulsionnel. La pulsion orale est encore plus évidente que pour les dessins précédents. Le tuyau évoque une bouteille, un biberon comme l'indique d'ailleurs le mot " litre " écrit en face, sur la pompe. L'espace plan permet cette écriture. Mais la forme évoque aussi un personnage en silhouette. C'est lui, comme objet. " Le sein est une partie de moi, je suis le sein. Seulement plus tard : je l'ai, c'est-à-dire je ne le suis plus. " (Freud) On conçoit dès lors qu'il voit sa place en haut.
Ce dessin (ces deux seins) montrant à merveille, puisqu'il s'agit d'essence, la coalescence du sein et du phallus. L'enfant est le grand phallus de la mère. Un décollage se fera plus tard lorsque P.M. sera en mesure de dialectiser le rond et le carré.
Note sur la séance du 20 janvier 1993
La cuisine ou l'univers de la maman. L'étymologie, d'une façon rapide nous indique déjà les grands thèmes de cette histoire. Poële (à frire) est le latin patella, diminutif de patera, coupe ou plat. Patera nous a fourni le mot " patère ", pièce qui rappelle plus ou moins une coupe à pied et qui sert à suspendre les vêtements ou à tenir les rideaux. Je vous renvoie aux Nouvelles études sur l'hystérie De C. Melman, notamment au chapître IX : " Patère ".
Pâte : du supin " pastum " de " pascere " qui signifie : paître, brouter, manger. Dans la même famille, nous avons pâturer et pasteur (pastorem) et son double et populaire pâtre. Ces chaînes de signifiants prendront leur sens à la fin de ce travail. Les latins avaient le mot " pastoria " (entrave), et mettre à l'entrave, c'était " impastoriare ", devenu le français " empêtrer ".
Notre patient nous apparaît bien comme empâté et même coq en pâte et empêtré dans sa motricité.
Séance du 27 janvier 1993 (suite)
Lui en train de prendre de l'essence serait donc la figure formée par le trait du tuyau. Le personnage du dessus étant le donneur.
L'enfant dessine d'où il est vu.
Par déformations successives cet ensemble représente assez bien une Madone à l'enfant et la très belle union d'une mère et de son enfant. Le dessin est entièrement tracé de ronds. Quatre ronds.
Nous pouvons réaliser cette Madone parce que l'enfant, dans son tracé, n'est pas sans rapport à l'imaginaire. Le symbolique se repère dans le compte. Quatre ronds : le corps, les bras, le tuyau et la pompe. Et dans les chiffres.
En haut se trouve le sein en style cubique. Séparé. Le cubisme a ceci d'intéressant qu'il est du côté de la métonymie. La voiture comme objet a !
Le tuyau-cordon ombilical-bébé fait penser aux desseins de Paul Klee et ses commentaires. Dans ses Ecrits sur l'art, il dessine un corps-bouteille :
(dessin)
" Faisons, dit-il, tout d'abord abstraction des membres et regardons le corps dans son repos extérieur.
Comme on ne peut pas vivre sans bras et sans jambes, il se produit une série de processus d'animations internes qui tentent d'articuler la tête et le corps. En aucun cas, ça ne peut aller sans la tête. La tête est l'organe principal, le quartier général ; elle contrôle, de sa tour, la fonction de veille, placée le plus haut possible et mobile pour pouvoir mieux embrasser du regard.
Et nous avons : tête corps, avec le maillon intermédiaire, le cou. "
Dans ces schémas de P. Klee ainsi que les suivants
(dessin)
retrouvons le schéma cruciforme de Freud (Manuscrit G.). P. Klee décrit la tête comme le siège du SI.
Par la suite il va dessiner avec des cercles les fonctions des différents éléments du corps humain. Et la structure qu'il nous présente s'équilibre d'un manque.
Le dessin de Klee est souvent la trace d'un jeu de mot. Ainsi " Flasche " (bouteille) et " Flansche " (collet, collerette). De même les dessins d'enfants.
La complétude qui se dégage de ce dessin fait penser aux tableaux de maîtres représentant la vierge à l'enfant. Complétude, totalisation repérable encore dans le discours de la mère de P.M.. Faisant allusion au fait que son mari n'avait pas pris ses responsabilités, elle dit : " Je ne pouvais pas l'avoir toute seule. Il me manquait mon mari. " Ne voulant pas être débordée par cet enfant lorsqu'il était petit, elle était donc amenée à assumer la fonction (au sens de J. Bergès) sans défaillance : " Je voulais tout faire et je l'étouffais ! " Et ce joli lapsus : " Attiré à soi (f) " !
Dans ces conditions comment ne pas être objet !
Jamais un trait de dessin ne fut plus près de son étymologie : trahere, tirer, traire. Ce trait, plus ou moins appuyé, actif ou passif, n'est pas sans esquisser une certaine épaisseur. L'argument étymologique a son poids : du latin " spissus ". Le Ernout et Meillet donne le dérivé " spissàmentum " : bouchon, tampon. Nous aurons l'occasion de voir le rôle du tampon encreur dans cette thérapie.
Les séances se succèdent ainsi jusqu'au début mai. Je reproduis deux dessins de cette période
- Celui du 3 février 1993 intitulé " Le ski ".
- Celui du 5 mai 1993 intitulé " La majorette ".
Ces deux dessins contiennent ces mains que l'enfant dessine de façon si curieuse en forme de croix ou d'étoile. Nous les reverrons par la suite.
A partir de mai la situation se dégrade. Il avait été difficile jusque là d'obtenir mimes et dessins. Cela devint impossible et lui-même devint insupportable. Il ne voulait plus venir aux séances. Je dus, une fois, aller le chercher dans le parc de l'hôpital où la séance eut lieu sur un banc ! Il devint turbulent. Il s'arrangeait pour entrer dans le bureau avant moi et s'y enfermait. Il ouvrait et fermait les tiroirs avec ses pieds et n'arrêtait pas de tripoter les objets, et les faisait tomber. Ainsi tomba la chaise à roulettes mise sur le bureau. Chutèrent aussi les tringles ouvrant les velux. Il n'avait de cesse d'ouvrir et de fermer avec le dit instrument les vasistas (velux). Un jour il dit : " Je vais fermer les stores comme ça il y aura moins de bruit ! " Il donnait le spectacle d'un monde à l'envers par ces excentricités. Il était prisonnier de là où il était vu. J'eus le sentiment qu'il s'employait, sans bien le savoir, à une rééducation psychomotrice, à redresser quelque chose de tordu, d'inversé dans l'espace. Je verbalisais, j'interprétais ce qu'il faisait car ces maladresses s'apparentaient souvent à l'acte manqué. Ce n'était rien, en effet, que, se bagarrant avec les tiges ou les tringles des velux, par exemple qu'elles pendissent en se balançant, qu'elles tombassent, et que, voulant rattraper l'une, l'autre atterrît entre ses cuisses et s'y coince ?
" Moi - Was ist das ?
Lui - Ah ! c'est drôle ! "
La chaise roulante était son objet d'élection. Un jour il se mit à tourner sur cette chaise en la faisant pivoter de ses bras appuyés sur le bureau.
Après avoir interprété dans le sens du plaisir pris je lui demandai de bien vouloir refaire le mime de la Majorette. Il y consent. Je lui fais remarquer qu'alors qu'il manipule le bâton du vasistas pour le faire tournoyer au-dessus de sa tête, les doigts de sa main gauche bougent aussi. Il me rétorqua : " Vous me confondez avec un autre; " Sans qu'il s'en redît compte, il esquissait de la main gauche et sans l'objet ce que la main droite exécutait avec l'objet. Il fut assez adroit. Le geste à la chaise (la chiase pivotant sur son axe étoilé) et le geste au bâton étaient analogues. (la main manipulait le bâton sur l'axe du poignet)
Il n'arrêtait pas de se vautrer sur le divan. Il se déchaussait, une fois entré dans le bureau. Un jour il s'affala sur le divan, se mit à plat-ventre et s'obstina à rester ainsi. Je m'assis derrière lui et lui demandai pourquoi il était en retard. Ce qui a provoqué le retard c'était une méprise. Le grand'père qui a la même voiture que maman a pris ses clefs. En racontant l'événement il fit un lapsus que j'ai interprété en lui disant " maman et vous c'est kif-kif ". Il ne fut pas content.
Durant cette période, P.M. répétait l'échec de l'analyse précédente. L'analyste n'avait pu continuer le travail avec P.M. qui ne faisait que démonter la lampe du bureau, les armoires, les crayons etc. Le travail thérapeutique s'était bloqué, dit-il, à partir du moment où P.M. avait lu " encre indélébile " sur un marqueur. Nous verrons que, proche de celui-ci, le tampon était en cause.
Je vis ses parents. Sa mère puis son père. Me P. souhaitait que son mari prît aussi ses responsabilités. D'après elle, il n'avait pas accepté cet enfant qui, à sa naissance, eut la tête déformée par les forceps. Mr P. avait toujours recherché un diagnostic de type scientifique d'où de nombreux examens, y compris un cariotype. Il fut convenu que Me P. ne serait plus la seule à accompagner P.M.. Une légère amélioration s'en suivit. Il redessina un peu, par exemple, ce dessin du 23 juin 1993, intitulé " Popeye " où il note par des pointillés le regard de Popeye vers la boîte d'épinards. Comparer, à cet égard, avec le dessin du 27 janvier 1993.
A la reprise de septembre, le travail ne progresse toujours pas mais, cette fois P.M. le dit ouvertement : " La belle vie " s'exclame-t-il, ou bien " J'adore rien foutre ". A propos de l'heure : " Moi, je m'en fous de l'heure ".
" Moi - Connaissez-vous quelqu'un qui parle ainsi ?
Lui - Mon père ; il n'est pas pressé de vieillir. Il va sur ses quarante ans. Il veut pas voir le temps passer. "
Va commencer la période des tampons. Il met des tampons partout. Sur les mains aussi, pour, ensuite, sortir les laver. Les nazis, il le sait, tatouaient leurs prisonniers dans les camps. Il évoqua, à ce propos, un épisode de guerre à lui raconté que les nazis avaient obligé son grand-père à enseigner l'allemand aux enfants des soldats allemands. Il ajouta : " S'il ne l'avait pas fait, je ne serais pas là. " Et puis encore, systématiquement, tamponne les feuilles de papier, les remplissant. Le dessin du 17 novembre 1993 montre comment, en penchant et contournant le manche du dit tampon (qu'il avait dévissé) il a essayé de rendre la troisième dimension. Le relief comme il dit. C'est la première ébauche de représentation phallique repérée dans cette série. Dès lors il peut nommer ce qu'il fait : " C'est la première fois que je bombarde une feuille de tampons. " A la séance suivante, son application sera moins forcenée. Je lui suggère d'en faire une peinture, d'y mettre de la couleur. Il enduit de jaune le nom de Bergès d'où s'était érigé, la fois précédente, le manche à étage. Son patronyme contient ces lettres ! Plus tard, il associera la troisième dimension à la fonction paternelle : " Mon père m'a dit que la quatrième dimension, c'est le temps. "
Mais, selon Me P., cela empirait. P.M. se réveille la nuit. La soeur de P.M. se déprime. On va consulter le Dr Bergès (en fait elle préfèrera une psychologue de banlieue). P.M., tout le monde en convient est mieux lorsqu'il est accompagné par son père.
Séance du 12 janvier 1994
J'ai vu Me P.. Au cours de l'entretien, elle vint à me dire que son fils était " vide " ; cela à propos de sa parole et de son débit mécanisés. Il répète comme un perroquet. Elle craint qu'il ne reste ainsi. La parole vide de P.M. vient combler le vide maternel, cela ne fait aucun doute. Mais ce mot, je l'ai entendu comme signifiant. Alors, comme il refusait de travailler, je lui dis
" - Comment feriez-vous si vous aviez à représenter le vide ?
- Je ne ferais rien.
- Ah ! Vous laisseriez la feuille en vide.
- Je dessinerais les lettres en vide. "
Ce qu'il fit non sans se faire prier.
Le V, c'est le boomerang qui renverse sa mère (je résume).
Le I, c'est un explosif.
Le D, il a beaucoup de difficulté à le faire en vide. Il ne peut aller plus loin. Il écrit les lettres D puis les raye. C'est bien la lettre D qui fait problème. Pour l'aider, j'eus recours à l'imaginaire dont il semble assez dépourvu. Comment figurer la lettre D ? Il ne peut imaginer la lettre (c'est peut-être aussi bien , après tout). Alors je mime celui qui tient un sac ou une serviette. Il finit par trouver le mot " anse ". J'avais figuré la lettre par une poignée. On ne sait pas toujours bien ce qu'on fait. Si j'ai choisi la poignée parmi tant d'autres objets, c'était à cause de la main qui, dans son dessin, surmonte le I. Mais là, cette croix ou cette étoile (je n'arrivais pas à déterminer ce à quoi elle renvoyait) n'était plus la main. Les explosifs, les feux d'artifice pouvaient me mettre sur la piste des étoiles. P.M. dessina un panier à provisions, vu entièrement de haut ; en plan. Je fus stupéfait par ce dessin qui représentait un panier dont le dedans s'ouvre directement sur le dehors.
Je l'avais aidé. Il me le montra par une touchante attention : il rangea son dossier rempli de dessins dans ma serviette.
A la séance suivante il fut agité mais aussi prolixe. Il va parler longuement d'un jeu video (toujours le signifiant vide). Je me fis expliquer le jeu (il est très friand d'informatique et a fait dépenser à ses parents, l'année précédente, d'énormes sommes pour l'usage du minitel). Il me dit, sur un ton récité : " C'est quand il manque quelque chose, c'est quand on a perdu notre vie et qu'on n'a pas fini le niveau. " Ce discours de l'informatique des jeux, sans " Je ", me fit entendre quelque chose du manque.
Mais quelque chose freinait la cure. Je vis les parents peu de temps après. Me P. arrive la première, un peu en retard. " On avait convenu de s'attendre ", me dit-elle. Ne voyant pas son mari en bas, elle est montée ! Elle a pris ses distances avec P.M.. Il est bouffant ! Elle a ses occupations. Ainsi, pour la maison en construction, c'est elle qui fait les plans. Puis Mr P. téléphone, il est en bas. Oui, Me P. est ici. Le voilà dans mon bureau. Je sens qu'elle va, Me P., passer à l'attaque. " Ah ! dans ta famille, ils sont parfaits. Vous êtes parfaits. " Il ne cherche pas le combat, Mr P., il est même calme. Il ne se fait pas d'illusions. P.M. n'est pas dans la norme, mais il l'accepte comme il est ! Elle traite alors son mari de " marginal intérieur ". Elle parle des manifestations auxquelles ils avaient participé. Qui a eu l'idée de tout cela ? Et j'apprends que sur le faire-part de naissance du garçon, on inscrivit : " Premier cri contestataire de naissance ". Et pour la soeur qui a suivi (actuellement en déprime), un vrai calembour. La troisième a échappé, par bonheur, à ce lancement publicitaire.
A partir de ce jour Mr P. sera plus coopérant. A la fin de l'entretien, elle rappela une interprétation que j'avais faite à P.M. peu de temps auparavant : " Vous préférez les échecs à la réussite " lui avais-je dit en le raccompagnant. Il n'avait plus voulu aller aux échecs. Je me souvins que l'heure de la séance avait été fixée en fonction des échecs ! Ce fut longtemps, pour lui, l'occasion de vouloir écourter les séances.
Séance du 26 janvier 1994
Il ne veut toujours rien faire. Il est fatigué.
Puisque sa maman tire des plans sur la comète, je lui propose de dessiner un plan.
Il trace un cadre au crayon et dit que ce cadre c'est tout ce qui est la ville et à l'extérieur, tout ce qui n'est pas la ville. A gauche : la maison, l'école et la police. A droite, il tamponne deux fois, entoure les marques et inscrit " hôpital " (tampon du Dr Bergès) et " Maison de Geneviève " (secrétaire du Dr avec laquelle il a un très bon rapport). Il faut rappeler que le nom de Bergès est en partie celui de notre patient (il contient les mêmes lettres).
Hors cadre, le petit dessin c'est l'impasse (avec du bleu et du rouge). Y correspond dans le cadre, en ville, dans la même rangée, l'impasse avec son mur. Il inscrit " air de jeux ".
Les deux tampons entourés représentent (ils sont inversés) les parents qui s'opposent. Un propos ultérieur de Me P. éclairera ce dessin. Dans cette impasse, Mr P. avait eu l'idée d'acheter une maison. Me P. a préféré construire, ailleurs, avenue Delacroix. Elle n'aime pas les impasses !
A la séance suivante, P.M. fut insupportable. Il ne cessa de tamponner la lampe. J'interpréte : il conteste ! C'est la contestation permanente. Je le sors manu militari. Sa mère était à la cafète ! Qu'elle attende son fils en salle d'attente. Elle désinvestit la relation thérapeutique !
Séance du 9 février 1994
P.M. est accompagné par son père. Il est évidemment beaucoup mieux. Il feuillette ses dessins. Il revient au dessin du 12 janvier 1994. La lettre D avait occasionné quelque difficulté. Je lui parle de la troisième dimension. Il me dit que son père lui avait dit que la quatrième dimension était le temps. Je trace un D. Il me dit qu'un D, découpé en deux ça fait deux D. Que signifie cela ?
Il dessine deux figures :
- la première, à gauche, qu'il biffe
- la deuxième avec l'anse.
" Moi - Est-ce un D à trois dimensions ?
Lui - Ça, c'est un D ouvert. (celui de droite) "
Le dessin, comme celui du 12 janvier, est un rébus semble-t-il. Mais quoi ?
D'une certaine façon, il y a du vide entre les deux. Le premier dessin comporte une étoile qui est en même temps lettre : le F qui est dans son patronyme.
Du " vide " entre deux D (le D ouvert est à la fin du mot, l'autre étant au début).
La séance suivante apportera la solution des deux rébus (12-1 et 9-2-94)
Séance du 16 février 1994 : L'étoile de David
Il vient accompagné de son père. Cette fois il dessine et nomme l'étoile de David. La figure (de gauche) est instable. L'un des triangles repose sur l'autre par sa base (triangle a) ; ou bien l'autre triangle (triangle b) passe à l'intérieur sur l'autre ; il ne semblent pas noués non plus. Il ne pourra faire mieux. Le rébus du 12 janvier se lit : étoile - vid(e). Les anses du sac sont les 2D de David. Peu d'imaginaire dans ces rébus qui tiennent du réel et du symbolique.
Je pose la question à Mr P. sur une origine juive de la famille. Il n'en a aucune connaissance. La famille est protestante. Lui-même ne semble pas préoccupé par la religion.
Je questionne P.M.. Il a une bonne connaissance des grandes religions monothéistes. Malgré tout, son savoir a comme un défaut. Il me dit : " L'abbé Pierre c'est pareil que le pape. Je ne peux pas vous dire pourquoi mais c'est pareil. " Puis il parle de l'habit de l'abbé Pierre.
Il se prénomme Pierre, comme l'abbé. J'étais perplexe. Ce n'est que plus tard que j'ai fait le rapprochement avec la silhouette de l'abbé, sur les affiches d'Emmaüs, avec sa cape et son bâton. J'aurais pu penser au pasteur conduisant son troupeau. Mais quel rapport avec l'étoile de David ?
" Comment ne pas être objet " Telle est la question posée par notre revue. En écho au " Comment peut-on être Persan ? " De Montesquieu. C'est dans les Lettres persanes que Montesquieu parle de la présomption " pater is est... ". Si le père, dit-il a un doute ; eh bien, la loi n'en a pas. Il entendait par là que le droit procédait de la logique et non de la croyance. Le garçon n'est pas dépourvu de logique non plus. Il revient sur cette histoire du grand-père réquisitionné pour enseigner aux enfants allemands : " S'il ne l'avait pas fait on l'aurait tué " lui a dit son père. P.M., et voilà la logique en cause, " je ne serais pas là, automatiquement toi non plus ", aurait ajouté son père.
Séance du 2 mars 1994
Cette séance est la séance pivot où va apparaître le signifiant " rond ". Il entre comme d'habitude : " Bonjour Monsieur ". Il parle de sa parole vide. Il a du mal à se concentrer et n'a guère envie de travailler. Il s'asseoit sur la chaise à roulettes. Il tourne à droite et à gauche, le siège pivotant sur son axe. Le voilà qui s'affaisse, le verrou permettant de régler le siège en hauteur s'est desserré. Surpris et curieux, il regarde sous le siège. Il est allongé sur le sol. Le pied de cette chaise est fait d'un cylindre qui se termine par cinq branches montées sur roulette. La chaise fut dessinée à la séance du 13 janvier 1993, toute en angles. Immédiatement, je me propose de l'aider. Je tiens donc le siège à bonne hauteur pendant que, de son côté, il resserre la vis. Il effectue ce petit travail avec aisance. Je le félicite. Il enchaîne aussitôt en me disant qu'il aide parfois son père à des travaux. Et il raconte l'histoire de la peinture. Son père lui a demandé de peindre le sous-sol de la maison. Il s'est mis à peindre de telle façon qu'il fut enfermé du côté opposé à la porte. Son père arrive, le traite d'imbécile ; il a mis les pieds dans la peinture ! Lui aussi, en regagnant la sortie, il s'est mis de la peinture aux chaussures. Il dit : " Maman est là pour nettoyer les chaussures " et il ajoute : " C'est méchant ce que je dis. "
Je lui dis qu'un dessinateur humoristique avait dessiné cette chose là, qu'il pourrait lui aussi, la dessiner. Le dessin n'est pas son fort. Je l'incite
" - Comment voyez-vous la pièce ? en dessin ?
- Je vois la pièce, ronde. "
Il se met à dessiner le " rond " qu'il enduit de couleur orange. Le coloriage demanda du temps. Il fut absorbé par le coloriage au point qu'il mordit sur la séance du patient suivant. Il dit qu'il ne pouvait finir à cause du patient suivant.
" - Une fille, dis-je.
- Ah ! En plus de ça une fille ! "
Séance du 9 mars 1994
P.M. vient avec son père.
Je reprends le dessin du deux mars, de la semaine précédente.
Il continue de colorier le cercle qu'il avait tracé. Il laisse néanmoins en blanc une toute petite partie de la lunule à droite. Je lui fais remarquer que c'est bien de laisser du vide. C'est alors qu'il dessine la porte, à gauche, en forme de carré. Le rond et le carré sont ici accolés. Ce dessin montre de façon très claire les deux éléments de base de tous ses dessins. La marque de la porte indique qu'il sort du lieu où il s'était enfermé. Dans le sous-sol de sa maison, on s'en souvient, il avait commencé de peindre à partir de la porte vers le mur opposé. Au niveau du dessin, il reprend l'opération à l'inverse.
Je dessine alors ceci : le cercle avec la lunule
(dessin)
Je lui demande ce que cela peut bien représenter. Je pensais évidemment à l'oeil mais il dit " bouche " ajoutant : " il ne manquerait plus que les dents. " Puis : " tête-bouche ". Il est vrai que la lunule, si elle pivote de 180°, rappelle le dessin stylisé d'une bouche. Mais, n'ayant pas l'inversion comme mode des contraires, il ne peut dire que la bouche tète. En tout cas, si la bouche fait parie de la tête, elle est trou cependant. Le reste étant le sein. Mais le sein fait-il partie de la bouche ? La question manque chez la mère se pose là avec toute son acuité.
Je poursuis mon exploration. Que lui évoque encore ce dessin ? Celui que je viens de faire au crayon noir et sans couleur. Il répond : " l'écorce terrestre " et dit aussitôt : " La terre fait comme une orange à l'intérieur. D'ailleurs je l'ai colorié orange. "
" - Et quelle autre planète encore ?
- Saturne... et : "ça tourne" ! "
Il a donc ajouté un " O ". La lettre fait-elle trou ?
Séance du 16 mars 1994
P.M. entre dans le bureau. Je l'entends se disputer avec sa mère. Je lui fais la remarque. Il me réponds qu'il s'agit d'une broutille. Il a du mal à faire quelque chose.Je lui dis qu'il travaille moins lorsqu'il vient avec sa mère. Il tamponne le bureau et puis efface. Je lui propose de dessiner une sphère. Il ne le fera pas. Je comprends fort bien qu'il ne le puisse pas. Il n'a pas des bonnes notes en dessin au collège. C'est donc moi qui vais dessiner. Je fais d'abord ceci :
(dessin)
C'est lui qui m'indique de faire pareil de l'l'autre côté.
" - Qu'est-ce que cela peut représenter ?
- Le globe terrestre avec le pôle nord et le pôle sud. "
(dessin)
Il est remarquable que l'axe Nord-Sud du globe ne correspond pas à celui de la feuille de papier. Il conviendrait de faire effectuer à cette feuille une rotation d'un demi-tour pour que le Nord soit en haut et le Sud en bas.
" - Qu'est-ce qu'un globe ?
- C'est rond. "
Le mot lui évoque " globe-trotter ".
Je lui propose de chercher un autre arrangement de lettres. Faisant tomber le G, il trouve " lobe ". Il pense que c'est un mot anglais. Il trouve ensuite " loge " et enfin " bol ", pour boire, dit-il. Il est à noter que P.M. passe par les toilettes, avant comme après les séances pour y boire.
J'ai aussi repris le dessin de la séance précédente :
(dessin)
Il lui avait évoqué une bouche. Je pensais qu'il pourrait y voir le schéma d'un oeil. Rien ne lui vint à l'esprit. Je refais le dessin en plus petit, mais toujours rond, puis ovale, et enfin comme ceci
(dessin)
Il s'écrie aussitôt : " C'est le contraire. Je n'arrive pas à le formuler mais c'est le contraire. " Tout ce travail par changement, déformation des surfaces lui révèle l'opposition signifiante. Le carré devint l'antonyme du rond. Les deux figures sont désormais dans un lien d'opposition.
Cela améliora grandement sa motricité dans le sens du mouvement. Je lui fis reprendre son tout premier mime : le journal. Il bougea les bras en les faisant se croiser. Il alla un peu loin mais l'idée était bonne. Ce croisement, la croix (de saint André) est lié au cercle, à la planète, à l'étoile.
Je reçois Me P.. La dernière fois P.M. s'est attardé pour rentrer (il prend le train seul quand c'est son père qui l'accompagne). Il est beaucoup plus calme. Il est très discret pendant que je parle à sa mère. Il sort dans le couloir attendre. Aucune scène. Me P. m'apporte l'arbre généalogique de la famille ainsi qu'un ouvrage sur la ville natale de Mr P.. Et puis elle me dit, comme ça, qu'ils vont habiter rue Delacroix ; que Mr P. avait eu une maison en vue, qui lui plaisait mais qu'elle était dans une impasse et qu'elle ne voulait pas habiter dans une impasse. La rue Delacroix, dit-elle, " est plus circulée ".
La croix était bien liée au cercle. C'est le symbole de la religion catholique (Me P. est catholique) mais elle est aussi en rapport avec l'étoile.
Nous arrivons à la séance du 23 mars 1994 au cours de laquelle le signifiant " berger " sera reconnu par notre jeune patient. Mais auparavant est-il bon de parler du dessin intitulé " Le ski ", exécuté au cours de la séance du 3 février 1993.
Ce dessin n'a pas été fait du premier coup puisque deux essais ont précédé. La main, sur le patin gauche, en bas, a été rayée. P.M. précise bien que c'est un pied. Visiblement le garçon est mû par le signifiant, il hésite, se reprend : " Zut !, je me suis trompé ! " Il retourne la feuille. Nouvel essai. " Faux ! Je l'ai dessiné trop haut mon bonhomme. " Je lui donne une autre feuille : " Laissez aller votre main ", lui dis-je. A un certain moment, c'est à noter, il parlera de son père. Moi-même j'étais sur une piste dont témoigne le lapsus calamae " sky " (au lieu de ski). La piste aux étoiles !
" - Ah ! J'ai oublié quelque chose d'essentiel ! "
Et il rajoute les bras.
Mais où sont les bâtons ? Seuls les patins sont représentés.
Je lui propose de mimer le skieur ; il le fait mais sans donner l'idée de la glissade. Il ne plie pas les genoux. Il marche d'un pas un peu lourd sans vraiment évoquer le ski de fond. Les bras raides et toujours en avant de lui ne peuvent donner l'illusion d'une avancée ? Aucune coordination motrice dans le geste de P.M., aucune liaison. On ne saurait imputer ce blocage à un défaut de savoir faire mais à un savoir inconscient. Je revins donc au dessin que je lui montre. Il est d'accord avec moi pour dire que les skis et les bâtons se confondent. Il y avait en effet entre les patins et les skis comme un phénomène de limite, de bord. Le dessin comme le mime représentaient autre chose que ce qu'il donnaient à voir, soit par métonymie, soit par métaphore. C'est le signifiant qui venait contraindre le geste de P.M.. Ce dernier avait mimé, non un skieur mais un personnage qui marche muni d'un bâton. Dès lors, tout ce qui signifiait le ski (pas glissés), signifiait " montagne ". Le mime se déchiffrait comme une écriture, quelqu'un marchant dans la montagne avec un bâton. Plus : les mains en étoile. C'était donc l'étoile du berger. Surdéterminé : l'Etoile de neige.
Au cours de la séance du 23 mars 1994, il me confirma que les croix, pour lui, étaient des droites perpendiculaires. Les mains en astérisques étaient donc des étoiles.
" - Pouvez-vous dessiner une montagne ?
- Le seul truc que je n'aime pas.
- Autre chose alors ? Le ski ?
- Pourquoi ?
- Parce que ça a un rapport avec la montagne. "
Cette fois, les bras se mettent en mouvement., les coudes décrivant des petits cercles. Rappelons la séance du 9 mars 1994 où le cercle fut acquis comme lettre (Saturne et ça tourne). Alors, à mon tour, je lui montre le mime du ski tel qu'il le fit la première fois. Je le modifie insensiblement de façon à suggérer le " berger " qu'il nomme sans hésitation. Et de me raconter aussitôt un feuilleton intitulé " La fermette jolie ", histoire dans laquelle le personnage de Donald veut être à la place du berger.
On ne connaît pas la raison qui fut à l'origine de la modification du patronyme P. Mais au cours du passage d'une langue à l'autre, " montagne " devint " berger ".
Ainsi se termine la première partie de cette symphonie " impastorale ". Notre petit pâtre joue de la flûte et parfois, il en est remué.
