L'espace du rêve
Questions cliniques (13 février 2010)
Auteur : Bernard Vandermersch 13/02/2010
B. Vandermersch – Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour préparer ce travail qui reste plus un exposé programmatique qu’un exposé conclusif. L’espace du rêve, évidemment, une des questions qui se pose tout de suite, c’est : est-ce qu’on parle de l’espace du rêve ou bien de celui du récit du rêve ?
En tout cas, ça pose la question de sa texture : est-ce que c’est un espace continu ou est-ce que c’est un espace discret ? En mathématiques c’est pas pareil … Quelle est donc la nature des éléments qui le constituent ? Nous disons : ce sont des lettres, enfin, on dit que l’inconscient est fait de lettres ; est-ce que le rêve est purement et simplement homogène à l’inconscient ? Incidemment je vous rappelle que la plupart des animaux vertébrés rêvent, c’est-à-dire qu’ils ont à l’EEG des moments d’activité cérébrale alors même qu’ils dorment et sont dans un état d’hypotonie importante, de phase paradoxale : chez les chats on voit manifestement une activité dans le rêve, on voit qu’ils essaient d’attraper des choses… Ceci pour dire que le rêve ne serait pas l’apanage de l’être humain, et ça pose la question de ce que peut bien être la fonction biologique du rêve, avant que cette fonction, avant que ce besoin ne soit, comme le dit Lacan, … « contaminé par le fait d’être impliqué dans une autre satisfaction ». Il y a quelque chose, un besoin, qui est là avant cette contamination par le fait d’être impliqué dans une autre satisfaction à quoi il peut faire défaut, satisfaction qui est celle de l’inconscient qui est structuré comme un langage, et qui donc va sur-imprimer les lois de fonctionnement du langage sur ce quelque chose qui était déjà là et dont on se demande : quelle peut bien en être la fonction dans le sommeil ? Je crois que pour les biologistes le rêve permettrait une espèce de réorganisation du savoir, de l’expérience, même chez les animaux.
Deuxièmement la structure du rêve, c’est-à-dire, quel est le nombre de dimensions de cet espace ? Quelle est sa variété topologique ? En gros texture et structure c’est ça s’interroger sur l’espace du rêve...
Replaçons le rêve parmi les autres manifestations de l’inconscient :
Le rêve, ce n’est pas un retour du refoulé comme le lapsus, puisque dans le lapsus, le retour du refoulé est manifeste, il est clair ; si je fais un lapsus tout le monde a compris, alors que si je fais un rêve peut-être que ma femme comprendra si je le lui raconte, mais comme je ne suis pas forcément bien intentionné à ce moment-là… même si elle a bien compris certaines choses, il n’est pas sûr que le rêve se présentera dans une totale évidence comme le lapsus.
Ce n’est pas un effet direct du refoulement comme l’oubli. Ce n’est pas non plus une formation figée comme le symptôme. En général quand on a un symptôme ça vous colle toute la vie. Le rêve c’est quelque chose d’assez fugitif, fugace, qui revient ; c’est une création qui, dit-on, repose sur le refoulé originaire, sur l’Urverdrängt ; et la dernière fois j’avais rappelé la question que Lacan se posait des rapports entre l’ombilic du rêve - qui pour lui était le stigmate de l’Urverdrängt, du refoulé originaire - et de ce qu’il appelle le réel pulsionnel, en réponse à une question de Marcel Ritter. Il développe une argumentation assez longue, dans laquelle il se pose la question des rapports entre un trou ouvert et un trou fermé, se disant que c’est curieux de dire que l’ombilic est une béance, alors que c’est quelque chose qui est fermé, mais l’ombilic est le témoin de la fermeture de quelque chose qui a été ouvert pendant tout un temps et qui s’est fermé.
Cela dit, notre idée c’est plutôt que, à partir de cet ombilic du rêve, il y a quelque chose qui sourd quand même, toute une fabrication d’images qui surgit de ce point. Elle ne sourd peut-être pas en ce lieu où le langage donne sa langue au chat, où l’inconscient… C’est plutôt qu’en ce lieu « c’est bien comme formant des images, c’est-à-dire comme tout entier imaginaire, que le corps subsiste ». Voilà comment Lacan présentait les choses. Nous posions la question : est-ce que le rêve est le gardien du sommeil ? Ça, ce serait plutôt chez l’animal ; il deviendrait plutôt chez l’homme un désir De dormir, c’est-à-dire le désir d’en venir à une jouissance zéro, quelque chose de ce genre. C’est, je crois, ce que Landman avait repris en parlant du rêve au service du principe de plaisir, le plaisir étant ici évidemment opposé à la question de la jouissance, encore que, Roland, vous aviez eu, dans un dialogue avec Charles Melman, une difficulté à vous entendre sur le terme de jouissance : est-ce que c’est de l’ordre de l’excès ou est-ce que c’est de l’ordre du retour au néant ? Le plaisir étant dans quelque chose d’intermédiaire, d’un niveau d’homéothermie, quelque chose de ce genre. Enfin le rêve est au service de ceci que la jouissance, c’est-à-dire ce qui est au-delà du principe de plaisir, ce qui dérange, eh bien ça serait que la jouissance puisse s’équivaloir à zéro. Le rêve travaillerait pour rétablir l’équation : jouissance = zéro (J=0). Voilà comment Claude Landman en avait parlé. Sa communication est sur le site alors que celle de Charles Melman ne s’y trouve pas encore je crois. Ce qui m’ennuie beaucoup parce que j’aurais aimé venir en dialogue avec lui sur ce qu’il avait dit à propos de l’espace du rêve.
- Dans la salle : Celle de Darmon tu veux dire…
- B. Vandermersch : Non, celle de Melman ; celle de Darmon aussi d’ailleurs, je ne l’ai pas lue non plus. Bon, les propriétés du rêve doivent nous donner quelques indications sur le type d’espace qui est en jeu, je partirai comme ça. Et ce que nous dit Darmon d’ailleurs, dans son ouvrage Essais sur la topologie lacanienne, ce qu’il reprend de Freud : premièrement le rêve ne respecte ni le principe d’identité ni le principe de non-contradiction. Enfin ce n’est là que la preuve que le matériau du rêve, quand il m’est fourni, ou quand je me le fournis ou quand je l’adresse à quelqu’un, est dans le registre du signifiant. C’est la propriété du signifiant qu’à la fois a est égal à a et a est différent de a. Et donc que le rêve ne respecte ni le principe d’identité ni le principe de non contradiction, c’est ce qui nous faisons tout le temps quand nous parlons. Il ne faut pas se leurrer, nous ne parlons pas comme des traités de logique. A mon avis, en ce sens-là, le rêve n’est pas très original, et d’ailleurs quand nous rêvons nous n’avons pas du tout l’impression de faire des entorses à la logique.
- Roland Chemama : On va voir, on n’est pas tout à fait d’accord, mais on en discutera, on va voir…
- B. Vandermersch : Je vais prendre tout de suite un rêve. C’est un rêve dont j’ai parlé la première fois, d’une jeune patiente : « J’ai rêvé de Joséphine. Ça se passe au Moyen Âge - donc là on va dire il y a quelque chose qui se passe dans un temps éloigné - Elle m’explique la cérémonie d’initiation sans tout me dire – s’il y a une cérémonie d’initiation c’est qu’il y a bien quelque chose de mystérieux, et qu’on est dans le champ du sexuel et que tout ça tourne autour de la jouissance phallique – Quand je me retrouve seule, un homme assez âgé, plus âgé que moi, est censé m’initier à des choses sexuelles. C’était un rêve qui avait une dimension transférentielle, semble-t-il (rires). A ce moment-là elle voit Un château, on voit la mer de loin, de très beaux espaces - là il y une rupture sans pourquoi, ni comment, ni bien que, ou cependant. Au fond il y avait un tableau. Non, il y avait un château, on voit la mer de loin, de très beaux espaces. Puis on reprend – Cet homme bizarre est un peu pervers. Je suis un peu persécutée par lui. Je suis seule dans une chambre sombre avec de toutes petites fenêtres. Il entre par la fenêtre comme s’il me suivait tout le temps, voyez que bien que la fenêtre soit petite, il arrive quand même à passer à travers – donc ça ce n’est pas quand même tout à fait comme dans la vie courante – il entre par la fenêtre comme s’il me suivait tout le temps. J’essaie de me planquer mais je ne peux pas m’échapper, alors je lui dis non, non, non, je ne me planquais pas ! »
- Ch.Lacôte : C’est une coquine hein ?
- B. Vandermersch : Oui certainement, il y a une dimension de coquinerie que je ne saurais pas écrire en termes purement formalisés (rires) ; la coquinerie, bon, mais enfin, ça renvoie au coq et comme vous savez…donc on est quand même dans une logique phallique, ce qui fait que …c’est un rêve adressé, celui là. C’est un rêve de cure, et donc il y a une tension qui est organisée autour d’un certain…, je veux dire que le rapport du sujet à l’Autre est ici problématisé à son insu bien sûr, mais dans une adresse.
Alors, première propriété qui serait du rêve mais qui n’est pas du rêve : l’absence du principe d’identité et du principe de non-contradiction. Enfin il faudrait quand même un peu spécifier. Le rêve s’affranchit de toutes les relations logiques, points d’interrogation, qui forment la charpente de la pensée, nous dit Freud. Dans un premier temps, Freud nous dit que le rêve n’aurait aucun moyen de représenter les relations logiques, il n’aurait pas les moyens de le faire. En effet, c’est un peu contradictoire avec ce qu’il nous dit ensuite que « c’est le travail de rêve qui va consister à supprimer tous les connecteurs logiques » . Autrement dit, ce n’est pas tellement qu’il n’aurait pas les moyens, mais que le travail du rêve consisterait à supprimer toutes les connexions logiques. Il resterait donc une simple succession, voire une simultanéité de propositions ou d’images. Ce que Marc Darmon dans son ouvrage, dit : dans le fond il ne reste plus que des relations de voisinage, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de loi dans les relations de voisinage. Vous savez qu’à partir de cette notion de voisinage, on peut distinguer deux types d’espaces : des espaces fermés et des espaces ouverts
Au tableau : Un espace fermé (dessin n° 1) est un espace tel qu’il ne contient pas le voisinage de tous ses points. Voici d’abord un point quelconque de cet espace fermé et un voisinage de ce point. Le voisinage fait partie de l’espace, celui-là. Mais vous pouvez trouver un point de cet espace tel que son voisinage ne fait pas entièrement partie de l’espace. Par exemple, le voisinage de ce point-là qui est sur le bord. Une partie est à l’intérieur de l’espace mais il y a une partie qui est nécessairement extérieure à l’espace. Tandis qu’un espace ouvert (dessin n° 2), c’est-à-dire un espace qui ne contient pas sa frontière, est un espace qui contient le voisinage de chacun de ses points. Cela veut dire qu’aussi près que vous alliez de ce qui serait les confins de cet espace, eh bien, vous avez toujours un petit voisinage qui est encore dans l’espace.
1 2
]...…………………………… ………[
. 1,00000000000001 . 1,000000001
Prenons l’espace ouvert des nombres réels compris entre 1 et 2 (dessin n° 3), 1 et 2 étant exclus, et choisissez un nombre très, très, très proche de 1, par exemple 1,00000001. Le point qui correspond à ce nombre se trouve très près du 1. On peut néanmoins encore l’ « enfermer » dans un voisinage qui est dans l’espace ]1,2[ puisque vous avez ce point qui est par exemple 1,00000000000001 qui se trouve entre lui et 1. Donc, aussi près que vous vous trouviez du bord exclus, dans un espace ouvert, il y aura toujours autour de vous un voisinage inclus dans l’espace. Ces questions de voisinage ont un intérêt puisqu’il permet de distinguer des espaces ouverts des espaces fermés, l’espace mâle étant supposé fermé, et l’espace féminin ouvert, contenant donc le voisinage de chacun de ses points. Ce que vous (Mme Lecocq), peut-être, vous évoquiez en parlant de cette position féminine qui consiste à accepter la dérive du signifiant, ce qui fait qu’il est peut-être plus facile pour une femme d’accepter cette dérive, tient peut-être à ceci qu’elle saurait que, où qu’elle aille, à quelque extrémité qu’elle aille, elle restera dans l’espace, elle sait qu’elle n’en tombera pas, elle ne « cherra » pas hors de l’espace, alors que l’homme a toujours peur qu’on lui coupe ce qui dépasse.
Je crois que c’est quelque chose comme : « si tu vas au-delà de cette limite, ton ticket n’est plus valable ». Alors que, si le ticket d’une femme est toujours entaché de validité relative, néanmoins elle ne pourrait être exclue. Voilà donc si vous voulez, ce qui se passerait dans l’inconscient. Est-ce que ça serait aussi une caractéristique de l’espace du rêve …que chaque point du rêve serait dans le voisinage ? Il contiendrait le voisinage de chacun de ces points…On ne sortirait pas du rêve à ce moment-là ! Ce qui est bien le cas du langage, vous pouvez aller dans n’importe quel point du dictionnaire vous aurez toujours un voisinage, des mots qui seront autour et qui renverront à d’autres mots. Donc, jusque là on est simplement dans la logique du signifiant (excepté l’espace fermé des hommes).
Je reprends l’histoire du principe d’identité et de la non-contradiction. Si nous le traduisons en langage topologique ça voudrait dire que, du point de vue topologique, le rêve s’affranchirait des contraintes de la physique classique, à savoir que - principe d’identité - il n’y aurait qu’un seul objet dans un seul endroit, l’identité, ce serait…on pourrait le lire comme ça d’un point vue topologique : dans un lieu de l’espace il n’y a place que pour un objet. Et la non-contradiction ce serait : l’objet est là ou il n’est pas là, cette bouteille est là ou elle n’est pas là. Et ce qui, vous le savez, dans notre monde macroscopique est simple et vérifié, devient beaucoup plus incertain dès qu’on aborde le monde subatomique avec le principe d’incertitude d’Heisenberg ou les expériences de A. Aspect sur les inégalités de Bell, quand on ne peut pas savoir si l’électron est passé par telle fente ou par telle autre ou par les deux, enfin l’histoire du « chat de Schrödinger » qui peut être à la fois mort et vif. Bref, le principe de non-contradiction en physique quantique est problématique. Je vais vous lire un petit passage de Marc Darmon, page 195, pour formuler les choses : « Contrairement aux signifiants formalisés de la logique mathématique, le signifiant naturel est par principe non-identique à lui-même et l’équivoque est de règle. L’illustration eulerienne suppose déjà une topologie ». Prenons un exemple : l’auto-différence du signifiant, c’est-à-dire là où le signifiant naturel n’obéit ni au principe de non contradiction ni au principe d’identité. « En marge de ses notes manuscrites sur L’Homme aux rats, Freud écrit verticalement le prénom Dick en face du passage où il est question de la compulsion de son patient à maigrir. De ce symptôme où le sujet montre sa division, Freud note le mot de passe,( le mot de passe, c’est-à-dire le mot qui permet de passer d’une chaîne à une autre en quelque sorte). C’était pour ne pas être Dick, c’est-à-dire « gros » que L’Homme aux rats se donnait tant de mal. Dick, qui signifie gros, étant également le prénom du cousin, de son cousin rival, détesté auprès de sa bien-aimée ». Ce que l’on peut topologiquement… enfin, d’un point de vue spatial, entendre, c’est que dans ce point-là, « Dick » … il y a deux points, qui font partie de deux chaînes différentes, c’est-à-dire, en gros, que ces deux points qui n’ont rien à avoir l’un avec l’autre se trouvent au même lieu, grâce au signifiant : Dick, c’est gros, c’est dans une chaîne avec maigre, grand, petit, tout ce que vous voudrez, et puis il y a Dick, le cousin, qui pourrait être aussi bien le mari, le neveu etc…, dans une autre chaîne signifiante. En ce point il y a un mot de passe. C’est la propriété du signifiant donc d’échapper à la logique mathématique. Parce que tout à l’heure on disait à propos de la lettre qu’elle pouvait avoir tous les sens, mais dans un énoncé….dans une écriture algébrique a c’est toujours a, a est identique à a, et a ne peut pas être tout d’un coup le passage entre un théorème d’algèbre et un autre théorème où il supporterait une autre fonction, tout à fait différente…
Le rêve s’affranchit de toutes les relations logiques, vous ai-je dit ; en même temps ce n’est pas si simple ; ça serait le travail du rêve de s’affranchir de ces relations logiques et on peut se demander : pourquoi le rêve se donne-t-il tout ce mal pour s’affranchir des relations logiques ? Est-ce que c’est pour brouiller les cartes ? Et vous voyez que ça suppose à ce moment-là un petit bonhomme dans le bonhomme qui, dans le rêve, manipule pour qu’en fin de compte, ce qui va me venir, quand je vais me réveiller, sera illisible. C’est quand même un peu curieux comme idée, mais c’est l’idée freudienne ça, c’est l’idée des pensées du rêve. Voilà la difficulté, il y aurait à l’origine du rêve des pensées de rêve qui seraient assez précises et articulées, auxquelles nous n’accèderions qu’après l’interprétation. Mais ce à quoi nous arrivons après interprétation serait déjà là dans les pensées du rêve et le travail du rêve aurait consisté à couper les « parce que, puisque, ou, malgré, etc » pour produire cette espèce de soupe, ce minestrone où les choses sont sans lien. Mais, grâce à l’interprétation, nous arriverions à retrouver l’état antérieur. Il est clair que ça nous pose une question considérable parce que ça donne à l’interprétation une responsabilité considérable. Soit c’est un travail très difficile, soit c’est un travail de grande responsabilité. C’est un travail très difficile s’il s’agit de retrouver ce qui était déjà là, c’est un travail qui a une très grande responsabilité si au contraire il s’agit non pas de retrouver ce qui était déjà là, mais de dire : écoute, voilà comment tu peux l’entendre. Ce qui est évidemment notre...
- R.Chemama : Quelle est ta pente ? Tu te situerais comment, par rapport à cette alternative ?
- B. Vandermersch : Moi je pense que c’est notre… Voilà ce que je vais dire : Une bonne interprétation c’est celle qui se sert de l’équivoque signifiante, non pas seulement pour faire entendre je ne sais quel vœu latent du sujet qui est toujours intéressant à faire entendre, mais après tout c’est hypothétique, mais ce qui n’est pas hypothétique, c’est que cette interprétation réussisse à faire entrevoir l’objet pulsionnel qui a été, qui était là à l’œuvre, c’est-à-dire ce que le sujet a payé de l’abandon de sa maîtrise spéculaire, de son intégrité physique supposée au départ, pour venir répondre à l’énigme du désir de l’Autre. C’est-à-dire l’objet cause du fantasme que nous devons à mon avis retrouver dans le rêve, parce que le rêve, j’anticipe un peu, a la logique du fantasme. Le rêve n’est pas sans logique, il est soumis à la logique du fantasme. Et alors, revenons ! Si ce travail du rêve qui a supprimé ces liens, il les a supprimés tous, sauf ceux qui sont les liens de voisinage, à savoir donc les lois de contigüité avec cette remarque que je vous ai faite sur les types d’espace, mais aussi, la loi de contigüité, c’est celle de la métonymie, c’est celle du déplacement dont parle Freud mais il y aussi la superposition, c’est-à-dire que là il y a quelque chose qui reste dans le langage du rêve, qui est que, au même lieu, peuvent venir plusieurs points différents du même espace, ce qui n’est pas possible dans un espace euclidien classique. Mais avec Claude Landman et Marc Darmon je pense qu’il faut admettre que le rêve est néanmoins structuré par une logique qui n’est pas seulement celle de la contigüité métaphore-métonymie, mais qui est aussi la logique du fantasme, et donc du même coup, par la logique phallique, puisque dans $<>a - S barré poinçon de petit a – la coupure, ce type de lien d’exclusion réciproque entre le sujet et l’objet, c’est une loi de castration, c’est une loi qui est liée au fonctionnement du principe phallique. Et nous avons la démonstration quand cette loi est en défaut, dans la maniaco-dépressive par exemple où on a quelquefois une équivalence entre le sujet et l’objet, un sujet qui n’est plus que le discours de l’objet, dans la mélancolie vraiment…typique. Donc le collecteur logique de la logique du fantasme, ce poinçon entre S barré et petit a, peut s’écrire, vous le savez, de nombreuses façons : Lacan le décompose autant sous la forme inclusion et exclusion, et comment on appelle ça ?
- Dans la salle : … intersection ?
- B. Vandermersch : Réunion, disjonction, intersection …Mais fondamentalement, cette loi du fantasme, cette loi logique du fantasme c’est : ou je ne pense pas, ou je ne suis pas, ou S barré ou petit a, mais pas les deux, mais pas l’un sans l’autre non plus. Pas de sujet localisé, responsable sans cette espèce d’ersatz d’être qu’est l’objet pulsionnel qui se découpe d’un orifice du corps, ce qui fait que nous répondons toujours dans un registre pulsionnel, oral, anal, qui fait notre style. Mais en même temps jamais identifié pure et simple à l’objet. Quand on dit « je ne suis qu’une merde », il ferait beau voir, qu’on arrive à ce moment-là avec une balayette pour m’emmener ! Ça reste métaphorique ; quand le névrosé se plaint de n’être qu’un… ! Mais néanmoins c’est pas faux, mais c’est dans un rapport de « pas tout », ce « pas-tout »
- Ch.Lacôte : C’est surtout dans un autre registre… ?
- B. Vandermersch : C’est-à-dire ?
- Ch.Lacôte : (inaudible)
- B. Vandermersch : Quand il dit « je ne suis qu’une merde », c’est dans un registre imaginaire bien sûr, mais on ne peut pas non plus…
- Ch.Lacôte : (inaudible.)
- B. Vandermersch : Oui tu as raison, c’est dans un registre imaginaire, mais quand même, le parfum, si l’on peut dire, de l’objet est là. Et il y a quelque chose qui est encore dans l’imaginaire mais qui, quand même, est la transcription dans l’imaginaire de quelque chose de la structure, qui est que c’est de ce lieu-là, de cette coupure-là que j’énonce quelque chose. Mais je suis un peu d’accord avec toi, c’est que celui qui dit « je ne suis qu’ça» il peut être aussi pris dans le langage courant, et que ce n’est pas vraiment le lieu essentiel de son ersatz d’être. Bon …
C’est-à-dire ou je ne pense pas ou je ne suis pas nous oblige à faire la distinction entre l’inconscient et le ça, et donc de ne pas simplement parler des rapports du rêve, de l’espace du rêve avec l’inconscient mais aussi avec le ça. Oui je déblaie des trucs à la grosse…mais bon. Parce que sinon, si on ne prend pas en compte les deux aspects, et comme Marc le fait remarquer, comment comprendre à ce moment-là, comment concilier le fait que l’inconscient ignorerait la grammaire qui serait donc un pur réseau synchronique de signifiants ou de lettres, puisque là on ne peut pas trancher, et puis en même temps que la pulsion se présenterait comme une phrase grammaticale avec sa scansion temporelle ? Il me semble que le rêve est fait de phrases grammaticalement élaborées, quand même. Le rêve que je vous rapporte, c‘est un récit de rêve, c’est le récit qu’on a. Et le récit se fait forcément dans une grammaire élaborée, mais il est aussi fait de signifiants dont on se demande ce qu’ils viennent faire à cet endroit là. Pour essayer de préciser les choses je vais m’appuyer sur ce que dit Marc également page 263 dans son ouvrage…vous voyez, je pique allègrement chez les confrères, les collègues… : « Il faut faire intervenir la distinction soulignée par Lacan dans la Logique du fantasme, entre, d’une part, le « Es », le « Ça », conçu comme la structure du langage, y compris toute la structure logique, grammaticale, moins le « Je », et, d’autre part, l’inconscient, lieu d’une pensée-chose, des représentations de choses, c’est-à-dire des signifiants véritablement passés dans les dessous, déposés tels des alluvions. » Donc deux aspects totalement différents, le Ça d’un côté, de l’autre côté les alluvions. « L’expérience analytique se déroule entre deux pôles : d’un côté il y a le refoulé primordial et ce qui s’édifie par-dessus pour constituer le symptôme ; quoiqu’elle s’édifie par succession, cette structure est inscriptible en termes synchroniques, d’un autre côté, il y a l’interprétation qui concerne la structure temporelle faisant intervenir la métonymie, c’est le pôle du désir. Dans l’intervalle, il y a les pulsions partielles sexuelles. Les deux pôles sont pourtant en étroite liaison, il n’y a pas de dépôt, de refoulement, en dehors du mouvement métonymique du désir, … » C’est bien parce il y a eu de l’animation du sujet dans la parole que quelque chose s’est déposé, c’est le thème de La lettre volée… « …et l’interprétation des signifiants refoulés nécessite la réintroduction du sens, de la grammaire, même si en fin de compte elle débusque un non-sens fondamental. Une interprétation ne peut se contenter de faire le relevé de signifiants qui seraient tombés dans les dessous par exemple. Elle doit pour être effective pointer un désir…. » [je dirais même faire entrevoir l’objet cause du désir] « …Les alluvions ne se déposent pas sans le courant mais ne se remobilisent pas sans lui ».
En fin de compte, « si l’inconscient comme réseau synchronique ne connaît ni le temps ni la contradiction, ces dimensions sont réintroduites par l’enchaînement signifiant lui-même ». Et le rôle de la pulsion est qu’elle se situe dans une dimension temporelle qui n’est pas tout le temps, mais Le temps de la scansion. Et ça, si on dit que l’inconscient ignore le temps, que le rêve ignore le temps, par exemple dans l’exemple que je vous ai donné, il ignore les différences de temps, c’est-à-dire il ignore l’écart qu’il y a entre le Moyen Âge par exemple et le temps actuel. Néanmoins, il n’ignore pas du tout la scansion temporelle entre l’arrivée du type vicieux, là, qui regarde et le moment où elle dit « non, non je ne me cachais pas ». Il est clair qu’il y a là une scansion temporelle qui est parfaitement conservée. Donc le rêve n’est pas l’inconscient au sens où l’inconscient ignore le temps. Le rêve n’ignore pas tout Le temps. Je ne pense pas que quelqu’un ait jamais rêvé : le 23 février il se faisait ceci, le 24 il a plu… non ce n’est pas cette temporalité-là, il me semble, non ? Un rêve à mon avis donc, comporte à la fois la dimension d’alluvion signifiante et la scansion temporelle. C’est-à-dire un temps réduit à ses scansions sans sa métrique.
- Ch.Lacôte : Oui, c’est ça, sans sa métrique…
- B. Vandermersch : Autrement dit, si vous voulez, le rêve réduirait les liens grammaticaux entre les pensées hypothétiques du rêve, mais alors, quelle est la différence avec la vie courante ? Ce qui est plus spécifique - et que je n’ai pas assez travaillé - c’est la désarticulation de l’image spéculaire entre petit a et (i) c’est-à-dire, entre ce qui identifie le personnage et ce qui le fait se reconnaître. Il y a en effet un fait tout fait banal : « J’ai rêvé que j’étais chez mon analyste, que j’étais chez vous, mais ce n’était pas vous. C’est-à-dire c’est bien vous, l’analyste mais ce n’était pas votre image… » Donc cette désarticulation que Stéphane Thibierge a théorisée avec Marcel Czermak, en montrant comment il y a dans cet espace de l’image du corps, tel qu’il est vécu phalliquement, deux parties différentes : l’objet qui est en soustraction du corps et qui vaut en tant qu’il est une privation, qu’il est perte consentie de jouissance quelque part, et ce qui reste de l’image comme maîtrise de soi-même. Il y a donc cette coupure dans l’image du corps qui sépare deux champs que Lacan pense être de structure hétérogène, puisque l’un serait spécularisable et l’autre non. Et donc, dans le rêve, il aurait une perte de leur confusion puisque il aurait une possibilité de désarticuler les deux,…comme dans certains phénomènes psychotiques. Il me semble que Melman disait que - je n’ai pas retrouvé mes notes suffisamment clairement - alors que dans la vie courante notre espace répondrait au plan projectif, le rêve relèverait d’une autre structure. Il me semble qu’il avait dit que dans le rêve, l’espace ne serait plus un plan projectif. Je ne sais pas trop ce que Charles Melman avait dans l’idée à ce moment-là, mais ça ne me semble pas tout à fait exact, parce que d’abord nous ne nous promenons pas dans un plan projectif dans la vie courante : nous sommes contraints par la métrique. Et je crois que toutes ces questions de connecteurs soi-disant logiques ou grammaticaux répondent en fin de compte à des problèmes de métrique dans l’espace et dans le temps : dedans, dehors, avant, après, lorsque, malgré que… ; mais enfin, il y a manifestement dans ces connecteurs logiques des choses qui répondent aux contraintes spatiales, et ce ne sont pas les mêmes quand on se promène dans la vie courante et dans l’espace du rêve qui, en dehors de ça, a le même indice de réalité sinon plus. Dans le rêve on ne rêve pas, quoi ! Si, il arrive quelquefois qu’on rêve qu’on rêve, mais Freud nous dit, ou Lacan : c’est un indice de plus, c’est encore un indice d’un plus grand contact avec le réel ; mais quand nous rêvons, on n’a pas du tout le sentiment de ne pas être dans la réalité, au contraire ce sont des mises en scènes toujours très symboliques de notre situation. Alors, qu’est-ce qui distingue l’espace du rêve de l’espace de notre réalité vécue à l’état d’éveil ? En tout cas certainement pas dans le poinçon d’authenticité, puisque si quelquefois on peut au contraire avoir le sentiment d’inauthenticité dans l’espace de la vie courante, et même de déréalisation, ça n’arrive jamais dans le rêve, où, généralement plutôt, on peut ne rien comprendre, mais on y est : Ou j’y suis et je ne pense pas, ou j’y suis pas. On va dire que, pendant le rêve : je ne pense pas et j’ai l’impression que j’y suis à plein mais dès que je suis réveillé, je ne pense pas, tout ça ce n’est pas mes pensées c’est … d’ailleurs Freud pose la question : sommes-nous responsables des pensées du rêve ?
L’idée simple que j’ai pour ce qui est de la différence entre l’espace du rêve au sens topologique et l’espace de la réalité, c’est que le rêve se produit dans le sommeil … Pas mal ça ! (rires) et quand on dort il y a toute une série de fonctions cérébrales qui s’arrêtent, et notamment les fonctions perceptives, les fonctions cognitives, les fonctions praxiques, gnosiques, etc., fonctions qui font que nous connaissons l’espace et, à mon avis, c’est ça qui se lève tout simplement, ce qui fait que nous n’avons plus que le plan projectif, c’est-à-dire l’espace du fantasme. Qu’est-ce que c’est le plan projectif ? C’est un espace purement signifiant.
Rapidement, je crois que je l’ai déjà fait ici, et Marc Darmon vous explique ça très bien dans son ouvrage :
Au tableau (dessin n° 4) Plan projectif (MD, p. 180)
Soit un tableau, l’œil ici, et des droites qui partent de l’œil dans toutes les directions de l’espace, qui traversent le tableau. Eh bien, un tableau, ça consiste en ceci que tous les points qui se trouvent sur cette droite, n’est-ce pas, jusqu’à l’infini, vont se trouver condensés en un seul point du tableau, c’est-à-dire que si vous avez une cheminée à l’horizon, la cheminée va être sur le tableau et …si vous voulez on peut étendre aussi au point qui serait devant le tableau, mais évidemment, généralement ce n’est pas comme ça que ça se passe. Ça se passe comme ça pour la rétine, parce que si il y a une mouche qui passe devant le tableau, la mouche vous la verrez quand même collée sur le tableau. Ce sont les lois de l’optique tout simplement. Le tableau ça consiste en fait à transformer l’espace en un réseau signifiant, puisque tout cela va se trouver à la même distance qu’on va dire être distance 1, égale à 1, en valeur absolue 1. Tous les objets que nous voyons ne valent parce que ce sont des signifiants. De tout ce qui se trouve dans cette pièce je ne perçois que ce qui pour moi est signifiant et donc est réductible à un 1, au trait unaire qui va marquer l’objet. On peut donc dire que le tableau est le lieu géométrique de tout ce qui est signifiant.
Vous généralisez ça à l’ensemble de l’espace et le tableau va se transformer en une sphère (dessin n° 5, MD, p.181) de rayon égal à 1, d’accord ? Votre tableau était là, maintenant vous l’élargissez à tout l’espace, cela fait une sphère de rayon 1. Mais vous savez que le signifiant a une autre propriété, c’est ce que Lacan écrit sous la forme : a = – a. Autrement dit, les points opposés x et –x sont supposés coïncider et être le même point x. C’est ça qui est tout à fait nouveau dans la logique du signifiant, que le signifiant s’équivaut à son contraire, qu’il peut s’équivaloir à son contraire. Mais alors - il y a peut-être un petit forçage - si nous faisons cette opération, on obtient le plan projectif ou encore cross cap.
On a le temps de faire une petite démonstration ? Non.
Bon enfin, je découpe l’espace sphérique en deux (dessin n° 6, MD p.181), j’inverse l’hémisphère supérieur, et je le colle à l’hémisphère inférieur, et à ce moment-là le point qui se trouve ici va coïncider avec son opposé … J’ai donc obtenu une surface qui est une demi-sphère faite de la superposition des points opposés de la sphère de départ ; il faut encore faire coïncider maintenant les points opposés du bord. Et si vous faites ça, en disposant correctement le bord, vous allez voir que vous obtenez le cross-cap, c’est-à-dire une espèce de fausse sphère, une a-sphère comme dit Lacan, avec la nécessité de cette interpénétration. Ici (en haut) il y a un circuit en 8 comme cela, tandis qu’en-dessous c’est comme une sphère ordinaire (MD, p. 182).
Voici donc le cross cap. Melman nous disait que dans la vie nous sommes en fait dans un cross cap, c’est-à-dire que nous sommes dans un univers signifiant. Oui mais…, cet univers signifiant est quand même contraint par la métrique de l’espace dans lequel, quand nous sommes éveillés, nous nous propulsons, nous avons nos relations. Nous sommes certes dans un espace signifiant, c’est-à-dire de plan projectif, mais contraint par les lois de l’espace normal dans lequel cet espace signifiant est immergé, et à mon avis ce sont ces lois métriques de l’espace normal qui imposent toutes les relations devant, derrière, antérieur, postérieur… tous ces connecteurs logiques à la fois dans l’espace et dans le temps vécus.
Que se passe-t-il encore? L’apparition de cette ligne-là d’interpénétration. C’est la ligne phallique, ligne sur laquelle nous avons vu qu’un point de l’espace 3D correspond à deux points différents de l’espace signifiant, situés sur deux chaînes différentes. Ce point est fait de deux points : un point qui est sur cette chaîne-ici et un point qui est sur cette chaîne-là ; ils n’ont rien à voir ces deux points, il y a Dick ici et Dick là, qui se retrouvent dans un seul point de l’espace. [Je fais l’hypothèse que ces deux points sont le même phonème]. Ça c’est dû à l’immersion du plan projectif dans notre espace psychique, dans l’espace à trois dimensions. C’est une contrainte qui n’est liée qu’à l’immersion du fantasme dans l’espace à trois dimensions, qui se traduit par cette ligne d’interpénétration qui, dans le cross-cap, représente, visualise, en fait la fonction phallique. En effet si l’on découpe la zone du cross-cap contenant la ligne d’immersion, on enlève toute la partie möbienne qui représente la fonction de la signifiance.
Attention ! L’immersion du plan projectif dans l’espace 3D ne fait que visualiser, isoler, localiser dans une ligne d’interpénétration la partie möbienne qui reste invisible dans le plan projectif considéré intrinsèquement (on a vu qu’il était fait en chacun de ses points de l’identification de points opposés). Mais en l’absence de cette ligne d’interpénétration vous n’avez plus la nécessité de visualiser, localiser cette condensation en un point de deux points différents et donc de la nécessité d’en refouler un. Une part de la fonction phallique est liée à l’immersion de notre espace psychique dans l’espace R3, dans l’obligation que nous avons comme les bêtes à circuler sur la terre, sous le ciel, à monter à l’arbre ou à l’étage, etc. et que c’est ceci dont se délivre l’espace du rêve.
Voilà, si vous voulez, il y aurait dans le rêve une disparition de cette ligne d’immersion et donc une disparition du refoulement secondaire lié au phallus, parce que cette ligne d’immersion, dans la mesure où, comment dire, où elle représente un trop - on a parlé tout à l’heure de trophée, trop fait, c’est un trop d’espace psychique, signifiant, pour l’espace ordinaire. L’espace ordinaire ne peut pas contenir l’espace psychique, il y a un trop, il y a forcément quelque chose qui doit être retranché, et cette ligne là, c’est la ligne de tous les points qui sont aberrants, puisqu’un seul point en vaut deux, qu’ils font donc obstacle au principe d’identité et qu’il faut donc en refouler un des deux. Et donc je pense que c’est une part du refoulement secondaire, liée à cette contrainte d’immersion, qui se trouve levée dans le rêve. C’est une hypothèse. Et donc, dans le sommeil il y aurait une disparition… de la manifestation de ce refoulement quelque part, mais le phallus reste pourtant inscrit dans la structure puisqu’on reste dans un plan projectif, mais sans que ce phallus soit repérable, localisable. Il est ubiquite, il est partout et nulle part, il n’est plus visualisable comme tel, et je pense qu’on peut peut-être en avoir une manifestation dans le fait que chaque lieu du rêve peut être un autre lieu, mais c’est partout, il n’y a pas un point qui ait le privilège d’organiser cela, ça peut être partout. Bon, je n’ai pas eu le temps de creuser cette hypothèse qui reste à l’état d’ébauche. Je voudrais me laisser un peu de temps, et puis reprendre ça un peu plus tard, voilà.
- R.Chemama : Merci beaucoup Bernard, effectivement, on ne peut pas aller trop loin dans le temps, il y a les contraintes du temps … Voilà, je trouve que là, ce qu’on a commencé trouve tout-à-fait sa fonction, c’est-à-dire que le fait de transcrire, y compris si c’est très difficile là sûrement, permettra ensuite de te poser des questions à partir de la transcription.
Alors, juste une question, le rêve c’est du plan projectif sans immersion ?
- B. Vandermersch : Pour moi ça serait ça, l’espace du rêve, un plan projectif délivré des contraintes d’immersion avec ses effets sur la fonction phallique du même coup, c’est-à-dire qu’elle est là mais elle n’est plus tout à fait dans la même condition…
- R.Chemama : Il faudra absolument qui tu reprennes, et merci d’avoir formalisé ce que nous a amené Claude Lecoq, c’est-à-dire la question de la façon dont une femme peut accepter plus facilement un certain nombre de dérives.
- B. Vandermersch : Peut-être, peut-être…
- R.Chemama : Et en tout cas tu en as donné une présentation mathématique.
- R.Chemama : Ah oui ! Ecoutez, on est désolé, je pense que vous êtes d’accord avec moi, il faut qu’on s’arrête là malgré le caractère passionnant de ce qu’a dit Bernard, on va voir comment on va remettre ça.

