Théorie psychanalytique

 
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L'appétit d'apprendre (4) : Le père est le nom. Le nom peut être représenté par la lettre

Auteur : Denise Vincent 27/09/2002

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J'ai avancé avec ce premier exemple clinique quelque chose qui a dû vous surprendre, c'est que chacun d'entre nous aurait ses lettres à lui dans son inconscient, et qu'opérerait dans certaines circonstances un jeu privilégié de lettres capable de perturber pour un temps le système littéral et le processus de lecture et d'écriture. J'ai dit que Benoît, l'enfant dont je vous ai parlé, présentait des symptômes obsessionnels. Je dois préciser que si la forme de son symptôme était originale, tenait à la singularité de son histoire, le processus lui-même est très banal. À ce titre, on pourrait dire que près de la moitié de l'humanité, la moitié mâle, fonctionne selon ce processus, c'est-à-dire se range du côté obsessionnel, et les femmes se rangent du coté hystérique. Bien sûr cette remarque est inexacte, puisqu'il y a des femmes obsessionnelles et des hommes hystériques. Je tenais simplement à préciser que cet agencement de notre inconscient, à partir du signifiant et de la lettre est sans cesse à l'œuvre pour chacun d'entre nous dans une grande variété de manifestations symptomatiques plus ou moins discrètes. Chez l'obsessionnel en tous cas, une lettre suffit à engendrer le processus symbolique.

Il y aurait des lettres, un assemblage de lettres qui seraient soustraites à la circulation commune, qui seraient les lettres clés de notre identité inconsciente. Chacun de nous aurait ses lettres, un jeu privilégié de lettres présent dans son inconscient. Ce champ de recherche a été balisé par Freud il y a plus de 100 ans, et si nous nous intéressons aux troubles de l'apprentissage, nous ne devons pas laisser en friche ce champ dont nous sommes les héritiers. Cette particularité du fonctionnement du langage est d'autant plus importante qu'elle permet de voir apparaître la dimension de la vérité du sujet. Les signifiants et les lettres constituent les amarres du petit sujet et, chose étrange, la lettre devient un objet de jouissance dans la relation de l'enfant à la vérité de son être.

Le petit sujet est inscrit dès sa naissance sous la forme de son nom propre. C'est à partir de ce nom que va se structurer la chaîne signifiante. Le fait que notre père est notre géniteur vient trouver ses marques dans notre inconscient sous forme de lettres ajustées aussi en syllabes, en phonèmes, en mots et même parfois en phrase, dans un certain ordre et c'est cela qui est le point d'ancrage de notre subjectivité. Les lettres ont une valeur double : une valeur phallique mais aussi une valeur qui nous lie à notre Autre initial, notre Autre maternel, puis notre Autre paternel.

L'écriture permet le retour de ces lettres refoulées. C'est une combinatoire qui commémore ce qui fait notre lien au père, lien au sens où c'est ce qui nous lie à lui et aussi au sens où c'est également ce qui peut se lire dans nos lapsus, dans nos symptômes. L'agencement de ces lettres se révèle opératoire dans le processus analytique. Le travail analytique va permettre d'approcher la structure de l'inconscient parce qu'il est structuré comme un langage. La voie royale pour cette approche est le rêve. Tout le travail de l'analyste consiste à être fidèle au travail du rêve lui-même. Le rêve a cette particularité de figurer ce qui a mis en place l'inconscient, c'est-à-dire un certain nombre d'énonciations et de propositions logiques. On a vu que dans le cas de Benoît c'est une logique imaginaire qui fait que le nom du père vient phagocyter le prénom de Sébastien avec lequel Benoît veut partager son patronyme. Ce processus, qui a une logique aberrante, est une tentative pour restituer au père sa valeur symbolique de porteur du patronyme transmissible. Il s'agit en quelque sorte d'une logique rêvée. L'entorse au code phonétique de notre langue n'a pas d'autre but — mais encore une fois ce but est inconscient — que de restituer au Nom du Père, représenté par les lettres "et", ce qui le lie à son père et lui permet une identification masculine et le situe dans son sexe. Je pense que c'est l'occasion pour nous de mesurer l'importance du choix du nom à la naissance d'un enfant.

Nous aurons souvent l'occasion dans cette rubrique de nous étonner de la façon avec laquelle les aménagements de la loi permettent aux mères de décider unilatéralement du choix entre patronyme et matronyme. Ce choix peut avoir des conséquences tout à fait décisives pour les choix identificatoires d'un enfant et sur sa façon de se situer dans son sexe.

L'écriture et la figuration. L'histoire de Hans =>

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