Théorie psychanalytique

 
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L'appétit d'apprendre (3) : les lettres dans l'inconscient

Auteur : Denise Vincent 27/09/2002

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Je vous avais dit que je vous parlerais de l'instance de la lettre dans l'inconscient à propos d'un garçon de 8 ans, excellent élève jusque-là et qui brusquement se met à présenter des symptômes très singuliers, des fautes d'orthographe tellement étranges que l'instituteur n'en avait jamais vu de pareilles chez un élève attentif et appliqué. De plus ce garçon malheureux de cet échec soudain refusait de retourner en classe après les vacances de la Toussaint.

Qu'est-ce que la lettre dans l'inconscient ? Quel rôle jouait la lettre dans des troubles aussi massifs et alarmants ? Benoît était l'aîné de la famille jusqu'au jour où son père fit la découverte qu'une femme qu'il avait aimée quand il était étudiant en médecine, avait eu, à son insu, un enfant de lui qu'elle avait élevé seule. Ce frère aîné, appelé Sébastien, avait un an de plus que Benoît. Sa mère avait fini par accorder au père de Benoît que Sébastien fasse la connaissance de son père et le voit un week-end par mois. C'était d'une manière tout à fait récente que Benoît découvrait cet aîné prestigieux, bien doué, pour lequel il avait une admiration éperdue. Il devint vite obsédé par l'idée que Sébastien porte le nom de son père mais la mère de Sébastien s'y refusait.

De quelle manière le symptôme fait-il intervenir la lettre inconsciente ? Quel rapport entretient-il avec les théories sexuelles infantiles du petit sujet ? Qu'est-ce que Benoît tentait de faire pour que Sébastien — rival admiré et redouté — partage le même patronyme que lui ?

Chez le petit obsessionnel, le refoulement en tant qu'il porte sur des lettres, ne porte pas sur des pensées. C'est au titre de lettre refoulée que la lettre va faire retour et s'imposer dans le symptôme. Le jeu normal de la pensée passe forcément par la mise en branle de tout ce qui a été refoulé, mais c'est la résurgence de la lettre qui va en être la manifestation.

Benoît consciemment ne sait pas qu'il n'a pas supporté l'idée que son père, gynécologue-accoucheur, ait pu faire un enfant à son insu. C'est incompatible avec le savoir absolu qu'il prête à son père. "D'ou viennent les enfants ?" Benoît sait de la bouche même de son père que le père est le géniteur. Comment un homme pourrait-il ignorer ce qui l'a fait père ? Benoît, avec son inconscient, opère une curieuse réparation qui rend du moins au père sa capacité symbolique de donner son nom. Comment Benoît va-t-il opérer ? Disons que Benoît s'appelait Bouquet. Je ménage bien entendu l'anonymat de cette famille mais j'utilise partiellement les caractéristiques littérales du patronyme. Benoît va substituer au son "ien" qui termine le prénom de Sébastien, le son "et" qui termine le patronyme. Cela va avoir pour conséquence qu'un mot quelconque se terminant par "et", par exemple "paquet", peut aussi bien se terminer par "ien" et s'écrire "paquien" et à l'inverse un mot se terminant par "ien" comme "indien" peut s'écrire "indiet". Si je lui demande les différentes façons d'écrire le son "é", il dira "er", et "ez", "ai" mais aussi "ien"...

Il faut bien comprendre que ce processus rigoureusement inconscient laissait Benoît dans l'ignorance complète de ce sur quoi il opérait. Ce que cet exemple clinique vient de nous donner à entendre c'est l'importance centrale du patronyme, du Nom du Père dans les processus inconscients. Mais, me direz-vous, tous les enfants ne portent pas le nom de leur géniteur. Nous verrons la prochaine fois ce qui opère comme processus imaginaire et symbolique dans ce cas. Nous verrons que le processus littéral n'en est pas moins à l'œuvre.

Le père est un nom. Ce nom peut être représenté par la lettre =>

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