L'Involution psychiatrique. Fin juillet/Début août.
Auteur : Jean-Louis Chassaing 08/09/2011
Il fut un temps. Eh oui ! Celui de L’Évolution Psychiatrique, revue et association toujours en marche. Des numéros à thèmes, clinico-théoriques : Structures ; Divan-Derrière ; Georges Lanteri-Laura ; Lacan aurait cent ans ; Psychanalyse, Psychiatrie, objets perdus, objets présents, etc. Sans parler de cet article peu connu d’Henri Ey dans le fascicule III de juillet - septembre 1957 (houlà… « c’est vieux ! » !) : Psychiatrie et Psychanalyse.
Le temps de l’Involution psychiatrique a commencé il y a longtemps – certes il a toujours fallut défendre la place convenable de cette discipline, et ce le fut – il y a beaucoup de monde y compris des psychiatres dans cette nouvelle revue…des troupes, celle de l’Involution ! L’involution de la Psychiatrie concerne-telle… « le vieux », ou l’actuel ?
La Loi du 31 décembre 1970 qui concerne les toxicomanies a été votée donc… le 31 décembre ! Il est régulièrement question de la toiletter, sans que personne ne l’ose. Le faut-il ?
La Loi du 5 juillet 2011 portant réforme des hospitalisations sous contrainte, se substitue à la Loi du 27 juin 1990 relative aux droits et à la protection des personnes hospitalisées en raison de troubles mentaux et à leurs conditions d'hospitalisation. Elle-même remplaçait la Loi du 30 juin 1838, Loi ancienne, promulguée sous Louis-Philippe (Houlà bis !), Loi « irremplaçable », qui régissait les internements, « Lois sur les aliénés », Loi dont les prémisses avaient parait-il donné lieu à des débats durant de longues années, d’où la longévité de ces textes, pensés et non « pondus » dans une démagogie et une actualité électorales. A contrario, cette « Loi sur les aliénés » était vivement critiquée de l’extérieur, comme étant rigide et injuste envers les malades. Ce qu’elle n’était pas, les nombreuses précautions prises afin de respecter leur liberté étaient le plus souvent méconnues du public. Les temps ont bien changés !
Il est plutôt important de dire que, comme souvent, ces mesures prises n’étaient que peu respectées dans leurs applications, pour de nombreuses raisons plus ou moins valables, à commencer par le manque de temps et de personnel des commissions qui devaient visiter régulièrement les établissements et les malades in situ. Où va l’argent ? Quels secteurs sont, par le politique, intéressés ? C’est vrai, les hôpitaux – même psychiatriques ? - sont plutôt les débiteurs que les créanciers des états, le rapport de l’offre et de la demande n’est pas le même… ! Mais, globalement, la tenue des textes, pensés, faisait que le respect était possible et que les psychiatres dans leur pratique accordaient une attention toute clinique à ces patients.
D’autre part en effet le pouvoir et donc la responsabilité revenaient dans ces deux lois - 1838 et 1990 – aux médecins ; mais la psychiatrie n’est pas une science exacte, tout comme la pratique de la médecine d’ailleurs ! La politique non plus, tout comme l’administratif, et « punir et surveiller » vient pallier de façon fantasmatique et/ou radicalement tyrannique l’angoisse d’un réel non maitrisé, « mal géré » ; qui « laisserait à désirer ». Pas propre !
Les dernières mesures, acceptées ou non, concernant les expertises pourraient également témoigner, par les changements de vocabulaire
, de cette « révolution » sécuritaire (il s’agit bien de retourner en arrière en « avançant ». Il est important « d’avancer » aujourd’hui n’est-ce pas ?).
Toujours est-il que la Psychiatrie suit un mouvement de déshumanisation, mouvement qui existe de façon plus générale aujourd’hui dans « le discours dominant ».
Non seulement ce n’est déjà plus La Psychiatrie, mais je ne peux que reprendre en effet les papiers écrits dans le Journal Français de Psychiatrie à l’occasion d’Etats Généraux de la Psychiatrie, il y a plus de dix ans, papiers qui associaient la disparition de la Psychiatrie et l’atteinte faite au citoyen.
J’oubliais : les décrets sont parus fin juillet pour application le 1er aout. Bonne rentrée !
Notes
1 Cf. Chassaing, J-L (avec Christian Bucher et Bob Salzmann). Retour sur la journée de samedi 16 mai 2009. Les grands criminels. Expertise, responsabilité, dangerosité. La Revue Lacanienne n° 5. Octobre 2009.
