Théorie psychanalytique

 
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L'Identification

Présentation

Auteur : Claude Dorgeuille 30/03/2006

Bibliographies Notes

Le terme apparaît très tôt chez Freud, et l'on trouve dans la Traumdeutung déjà une explicitation développée de ce terme : "Quel est le sens de l'identification hystérique ?" Il convient, pour l'expliquer, de pénétrer quelque peu dans ce sujet.

L'identification est un facteur très important dans le mécanisme de l'hystérie. C'est grâce à ce moyen que les malades peuvent exprimer par leurs manifestations morbides les états intérieurs d'un grand nombre de personnes et non pas seulement les leurs; ils peuvent souffrir en quelque sorte pour une foule de gens et jouer à eux seuls tous les rôles d'un drame. On dira: c'est là l'imitation hystérique bien connue, l'aptitude qu'ont les hystériques à imiter tous les symptômes qui les impressionnent chez les autres, une sympathie qui va jusqu'à la reproduction, pourrait-on dire. Mais on n'aura fait par là qu'indiquer la voie suivie par le processus psychique de l'imitation hystérique ; autre chose est le processus lui-même. Celui-ci est un peu plus compliqué que l'imitation hystérique telle qu'on se plaît à la représenter; ainsi qu'un exemple va le prouver, il répond à des déductions inconscientes.

Si un médecin a mis avec d'autres patientes, dans une chambre de clinique, une malade qui présente une certaine espèce de tremblement, il ne sera pas étonné d'apprendre, un matin, que cet accident hystérique a été imité. Il se dira simplement: les autres l'ont vu, l'ont imité, c'est de la contagion mentale. Oui. Mais la contagion mentale se produit à peu près de la manière suivante. Les malades savent en général plus de choses sur le compte les unes des autres que le médecin n'en peut savoir sur chacune d'elles, et elles se préoccupent encore les unes des autres après la visite du médecin. L'une d'entre elles a-t-elle eu sa crise aujourd'hui, les autres sauront bientôt qu'une lettre de chez elle, un rappel de son chagrin d'amour ou d'autres choses semblables en ont été cause. Leur compassion s'émeut et elles font inconsciemment le raisonnement suivant: si ces sortes de motifs entraînent ces sortes de crises, je peux aussi avoir cette sorte de crise, car j'ai les mêmes motifs. Si c'étaient là des conclusions conscientes, elles aboutiraient sans doute à l'angoisse de voir survenir cette même crise. Mais les choses se passent sur un autre plan psychique et aboutissent à la réalisation du symptôme redouté. L'identification n'est donc pas simple imitation, mais appropriation à cause d'une étiologie identique; elle exprime un "tout comme si" et a trait à une communauté qui persiste dans l'inconscient.

L'identification que Freud vient de décrire sera reprise dans le chapitre VII de Psychologie collective et analyse du moi comme troisième forme. Il en décrit en effet deux autres. La première est définie comme identification au père et conditionnant l'entrée dans le complexe d'oedipe ; la deuxième est celle à un trait, un einziger Zug, elle est extrêmement circonscrite et peut même s'appuyer sur un élément contingent.

Ce terme va permettre à Freud de rendre compte de la constitution d'une foule, anticipant ainsi de façon étonnante les phénomènes dont le régime nazi donnera une illustration caricaturale, mais aussi de fournir une explication de l'homosexualité masculine ainsi que de la mélancolie.

Il admettra cependant, quelques années plus tard, dans les Nouvelles conférences sur la psychanalyse, qu'il n'a pas été en mesure de donner à ce terme son statut métapsychologique.

C'est à cette difficulté que Lacan va tenter de répondre grâce à l'instrument que constituent, pour lire Freud et s'orienter dans l'expérience, les trois ordres de l'Imaginaire, du Symbolique et du Réel. Une lecture attentive de Freud montre en effet que, sous le même terme, nous avons affaire à des phénomènes complètement hétérogènes. Je me contenterai de rappeler simplement ici la manière dont ils se répartissent dans Lacan. Le premier qui sera mis en place est l'identification à l'image spéculaire dont le texte sur Le stade du miroir donne les justifications. Vient ensuite l'identification dite de signifiant, dont le séminaire sur L'identification donne le fondement. Elle constitue ce que Lacan appelle identification primaire et constitue la première forme de subjectivité en tant que le sujet se trouve symbolisé dans la chaîne signifiante. L'identification à l'objet a rendra compte du fading du sujet. Quant à l'identification réelle, elle reste plus problématique. On pourrait poser la question de son rapport à l'Einverleibung évoquée par Freud dans Totem et Tabou.

Notes
Bibliographie