Théorie psychanalytique

 
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Discussion suite à l'intervention de B.Vandermersch

Auteurs : Bernard Vandermersch, Christiane Lacôte-Destribats, Roland Chemama, Valentin Nusinovici 06/09/2011

Bibliographies Notes

C.Lacôte : Je n’ai pas de question, ou alors trop …

Je trouve que ce que tu as fait est  important dans la mesure où tu notes les « grains de sable » dans la recherche de Lacan : chaque fois tu marques un peu les difficultés où il se trouve, qui ne sont pas tout à fait les mêmes que les nôtres, mais qui peuvent se rejoindre. Je me questionne sur le passage entre i(a) et a,  dans ces formules ; et il y a une autre chose que je nous demande d’éclairer, c’est : Que fait Lacan à propos de  la question de la demande, comment lire   « poinçon de a », en ce qui concerne la pulsion ?  

Ce qui m’a beaucoup intéressée aussi c’est qu‘il reprend lHilflosichkeit de Freud. Pourquoi cette notion de détresse qu’il a mise au centre, finalement ? Il me semble que  c’est lié à tout ce qu'il dit sur le stade du miroir comme matrice paranoïaque du rapport à l’image,  du processus spéculaire, quand il n’est pas soutenu par une flexibilité  de la chaîne signifiante ; mais pourquoi  a-t-il privilégié cela ?

 

B.Vandermersch : Oui, c’est vrai, mais ce n’est pas constant ; j’ai essayé de montrer que de temps en temps il y a des vagues salvatrices, le fantasme soutient le désir, et parfois c’est plutôt le contraire, c’est plutôt la barque, le bateau de sauvetage, la chaloupe qui permet de sortir d’un drame.

 

C.Lacôte : Oui.

 

B.Vandermersch : J’aimerais vous lire encore un petit passage sur des questions de terminologie utilisée par Lacan jusqu’ici ; par exemple la lettre a a été employée par Lacan dans des expressions très différentes, apparues dans des temps très différents.

Ainsi, si le petit a qui est le Moi par exemple, apparaît en mai 55, dans le séminaire Le Moi, l’expression objet a n’apparaît que trois ans plus tard dans Le désir et son interprétation et l’objet petit a seulement en avril 61, et comme hapax dans Le transfert, une seule fois.

Cette façon de dire petit a, pourquoi ? Pourquoi commencer par a, puis objet a, puis objet petit a ? Ce sont des glissements mineurs, mais on voit que petit à petit, peut-être, l’objet petit a  devient une lettre.

 

C.Lacôte : Certes.

 

B.Vandermersch : Cette façon de dire petit a me semble insister sur le caractère algébrique qui va venir.

L’expression objet du désir va être maintenue très longtemps et même [presque] en contradiction avec les prémisses. Quand il dit, très tôt, que le désir humain a cette propriété d’être fixé, coapté, non pas à un objet mais toujours à un fantasme, ça ne l’empêche pas de dire objet du désir, ça va très loin. Avant que la définition canonique, objet cause du désir, ne s’installe sporadiquement à partir du séminaire L’angoisse, puis dans Les quatre concepts, puis ne devienne vraiment l’expression consacrée. 

Je voulais terminer par quelques définitions qui se trouvent dans Les quatre concepts parce qu’elles peuvent nous servir ; c’est Safouan qui pose des questions à Lacan. Il lui dit : moi, je suis complètement paumé avec votre histoire d’objet de la pulsion, d’objet du désir, éclairez moi. Alors je ne cite pas toute la réponse, parce que c’est assez long :

 

« Vous aimez le ragoût de mouton, vous n’êtes pas sûr de le désirer. Prenez l’expérience de la belle bouchère, elle aime le caviar, seulement elle n’en veut pas, c’est pour ça qu’elle le désire, alors l’objet du désir, c’est la cause du désir, et cet objet cause du désir, c’est l’objet de la pulsion. » 

Ce qui veut dire…

 

C.Lacôte : Cela n’éclaire pas trop !

 

B.Vandermersch : Si, ça éclaire un peu parce que jusque-là on osait dire ($ D), la pulsion, alors l’objet de la pulsion, on n’ose plus le dire, c’est grand D, mais justement c’est ce qui reste quand le patient s’arrête de parler, sur le divan, quand sa demande vient rencontrer un os, l’objet de la pulsion est là, il est pris dans quelque chose de la pulsion. Enfin ça a été très bien décrit par Lacan.

Ce qui veut dire quoi ? L’objet de la pulsion, c’est l’objet autour de quoi tourne la pulsion.

 

C.Lacôte  : C’est plus clair.

 

B.Vandermersch : (suite de la citation):

« …Cet objet cause du désir, c'est l'objet de la pulsion, c’est-à-dire l’objet autour de quoi tourne la pulsion.[ …] Ce n'est pas que le désir s'accroche à l'objet de la pulsion, le désir en fait le tour, en tant qu’il est agi dans la pulsion. 

Mais tout désir n’est pas forcément agi dans la pulsion. Il y a aussi des désirs vides, des désirs fous qui partent justement de ceci - il ne s’agit que du désir de ce que, par exemple, on vous a défendu quelque chose. Du fait qu’on vous l’a défendu vous ne pouvez pas faire autrement pendant un certain temps qu’y penser. C’est encore du désir. Mais chaque fois que vous avez affaire à un objet de bien, nous le désignons - c’est une question de terminologie, mais c’est une terminologie justifiée - comme objet d’amour. »

 

 R.ChemamaLa référence?

 

 B.Vandermersch  : 10 juin 64 dans Les quatre concepts.

Je voulais terminer cette phrase-là, avant d’arriver à La logique du fantasme qui nécessite vraiment plus de temps.

Donc ce qui est intéressant, c’est que cette phrase donne la série : objet du désir, objet de la pulsion et  objet d’amour.

 

R.ChemamaIl y a juste une chose qui m’a fait lever un lièvre là, c’est sur l’annulation subjective, parce que ce fait dont j’avais essayé de parler tout à l’heure à partir des Formations de l’inconscient, c’est-à-dire que quelque chose venait rayer le sujet d’une certaine manière, il se définit plutôt par ce trou, ou cette place vide dans la chaîne signifiante pourrait-on dire. Donc ordinairement nous le lions justement au fonctionnement même du signifiant, mais ici tout se passe comme si il y avait une autre articulation, c’est à dire qu’il le lie au fait que l’objet dans lequel le sujet trouve son support - le sujet trouve son support dans l’objet - cet objet il ne peut pas le supporter.

 

B.Vandermersch : Oui.

 

R.ChemamaMais tout se passe comme si c’était aussi cette propriété du rapport du sujet à l’objet, qui est que le sujet ne peut pas supporter cet objet que pourtant il désire, qui fonde l’annulation subjective. Il semble qu’il y ait quelque chose comme cela dans la leçon du 7 janvier 1959.

 

B.Vandermersch : Oui, mais ceci me met dans l’embarras parce que, cette annulation subjective, est-ce que c’est quelque chose qui renverrait, en exagérant, vers la mort du sujet, ou est ce que c’est au contraire, cette annulation qui fait que ce sujet peut ek-sister ?

 

R.Chemama : Il y avait le soit / soit et je n’ai pas tout noté. Le 7 janvier, tu parlais de poser la question de l’annulation subjective, soit du côté d’une élision, au-delà de l’angoisse même… tu peux retrouver ce passage ?

 

B.Vandermersch  : Voilà:

 

 « Le sujet comme désir a approché cet objet, se trouve pris dans cette sorte d’impasse qui fait qu’il ne saurait l’atteindre lui-même qu’en se trouvant en tant que sujet de la parole, soit dans cette élision qui le laisse dans la nuit du traumatisme au-delà de l’angoisse même [c’est à dire que là, c’est vraiment dramatique !], soit devoir prendre la place, se substituer, se subsumer sous le signifiant phallus. »

 

Autrement dit qu’est-ce que ça veut dire? C’est l’idée de la castration là qui est en jeu, quand même.

 

C.Lacôte : Pour ma part, je ne comprends cela qu’avec la notion, plus tardive chez Lacan, d’ek-sistence.  Quand vous parlez en termes d’annulation, cela ne me semble pas tout à fait exact ;  élision, me semble plus exact et ne renvoie pas à la même chose.

 

B.Vandermersch : Elision, oui

 

R.ChemamaIl y avait le terme d’annulation.

 

B.Vandermersch : Pas dans cette leçon, plus haut ….

 

V.NusicoviciEst-ce qu‘on ne pourrait pas entendre élision et annulation, comme l’équivalent de l’aphanisis et ce qui nous manque à mon avis pour parler d’ek-sistence, c’est ce qui va venir vers mai-juin de ce séminaire, c’est-à-dire la castration, c’est-à-dire cette scission de l’objet. A partir de là, on aura le deuxième temps de séparation, et je crois que c’est là que le sujet peut ek-sister. Dans la première partie du séminaire, on a sa rayure, c’est à dire son aphanisis.

 

B.Vandermersch : Pardon, tu parles de quel séminaire là ?

 

V.Nusicovici : Du Désir et son Interprétation

Parce qu’à la fin la fin tu te souviens bien, il y a une trentaine d’années, on les commentait ensemble…

 

B.Vandermersch : C’était toi qui devais commenter ça probablement…Non, mais tu as raison…

 

V.Nusicovici : Vous connaissez ce deuxième temps de la fin du séminaire, où cet objet est élevé, je ne sais plus les formules par cœur. Le temps de  la castration, c’est lui qui permet la séparation et donc à mon avis, l’ek-sistence du sujet ; dans le premier temps, je crois qu’on ne peut pas dire qu’il existe quand il est aphanisié, si on peut utiliser ce terme, ou annulé, il lui faut ce deuxième temps.

 

B.Vandermersch : Oui, entre-temps j’ai eu Les quatre concepts beaucoup plus dans la tête que Le désir et son interprétation, j’ai refoulé effectivement la fin de ce séminaire où il donne déjà ce que tu dis.

 

Intervention de la salleJe me posais la question si, à ce moment-là, Lacan a déjà formulé que le sujet est représenté par un signifiant pour un autre signifiant.

 

B.Vandermersch : Oui depuis toujours ça y est, ça !

 

C.Lacôte : Ça y est déjà !

 

Intervenante de  la salle : Dans Fonction et champ de la parole et du langage.

 

B.Vandermersch : Déjà, dans Fonction et champ de la parole et du langage, ce qui nous ramène… oui  pourquoi ?

 

Même intervenante de la salle : Parce que je me demandais s’il le considérait déjà comme étant la coupure.

 

B.Vandermersch : Oui, il y a cette idée, elle est sous jacente. Le problème, c’est que, Valentin a raison, c’est qu’il y a d’abord l’aphanisis du sujet sous le signifiant et deuxièmement son retour possible grâce à la cession de l’objet.

 

R.Chemama : Une dernière question…

 

Autre intervenante de la salle : Je pensais à objet du désir, objet de la pulsion et objet d’amour et avec l’envie de rapprocher ça des trois temps, qui sont privation, frustration et castration, et ces trois temps sont très importants à mon avis dans le fantasme et dans tout le travail et dans les algorithmes qui nous font déplier le fantasme et la façon dont on s’en détache au fur et à mesure de l’existence ou bien d’une analyse ; on fait constamment repasser le fantasme par ces trois temps, privation, frustration, castration.

 

B.Vandermersch : C’est comme ça que vous travaillez ? Vous les faites passer… (rires)

Je suis un peu …j’avoue que je ne vois pas comment articuler ça immédiatement.

 

R.Chemama  : Il va vous frustrer de la réponse, je crois qu’il faut arrêter pour aujourd’hui. Merci de nous soutenir par votre présence.

 

B.Vandermersch  : Merci de votre présence, cela nous fait beaucoup de bien ! (rires)

Notes
Bibliographie