Le sexe, comme crime politique
Que se passe-t-il quand les tenants de l'autorité sont accusés de trahir le semblant dont ils sont les garants ?
Auteur : Pierre-Christophe Cathelineau 14/06/2011
Y aurait-il quelques inconvénients politiques à la pratique de la délation dans un climat où le sexe devient criminel ? C’est une question qui peut aujourd’hui se poser après les déclarations tonitruantes de Luc Ferry au cours d’une émission grand public. L’accusation de pédophilie en partie fine portée à la cantonade contre un Ministre de la République, sans que celui-ci ne soit nommé, ne surprend pourtant pas tout à fait, puisqu’elle est en quelque sorte le point culminant de la dénonciation du sexe, comme crime, dans le discours courant et les médias, dont la parole de Luc Ferry se fait simplement l’écho. Puisque d’aucuns plumitifs en appellent à notre indignation politique, il sera dit que nous serons désormais sommés de nous indigner au spectacle de la débauche et la perversité qui sont soudain censés saisir depuis l’affaire Dominique Strauss-Kahn et Georges Tron les représentants les plus éminents de la classe politique française et de réclamer pour ces forfaits un juste châtiment et le modèle de cette indignation nous viendra directement des Etats-Unis qui s’imposera comme le ressort de moins en moins caché d’un supposé anti-impérialisme. Qui ne s’indignerait à juste titre contre le viol, le harcèlement sexuel et la pédophilie ? Il sera également admis que cette perversité sera le fait d’hommes mûrs qui incarnent la puissance de l’Etat. Qu’ils soient des hommes, qu’ils aient le plus étroit rapport avec la fonction d’exception qui soutient le principe d’autorité dans le champ politique et qu’ils soient accusés de faire exception au refoulement commun n’est pas indifférent à cet égard, puisque c’est bien là le ressort de ce qui soutient l’anormalité d’un dirigeant politique du moins dans le fantasme de ceux qu’il représente.
C’est ici que les inconvénients politiques de la délation se font cruellement sentir en ce que la délation s’en prend au socle de notre duperie commune qui est de croire que l’autorité politique repose sur la manière dont cette fonction d’exception garantit ce que les psychanalystes appellent le semblant, semblant de croyances en certains idéaux, semblant d’obéissance et d’adhésion à des projets plus ou moins construits pour notre société, autant de faits de discours dont le politique ne saurait se passer et qui eux organisent la jouissance dans les limites qui sont les siennes. Que se passe-t-il quand les tenants de l’autorité sont accusés de trahir le semblant dont ils sont les garants ? Bien loin de provoquer un sursaut de civisme parmi les citoyens, l’accusation pourrait nourrir le soupçon contre une classe politique qui serait globalement jugée perverse et l’appel à un leader providentiel, bien sûr plus autoritaire et plus « exceptionnel », ne serait pas loin qui, dés lors qu’elle serait une femme, et une femme politique, héritière de son père et à la tête d’une organisation politique qui dénonce depuis des décennies le « tous pourris ! », ne pourrait que répondre mieux qu’un homme, forcément marqué de cet index de perversité que lui vaut la fonction phallique et le désir, à l’aspiration à un ordre moral enfin accompli. La campagne présidentielle s’annoncerait donc sous les plus mauvais auspices.
