Théorie psychanalytique

 
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Comment l'analyse nous découvre que nous ne sommes pas ce que nous croyons être

Auteur : Bénédicte Metz 30/03/2006

Bibliographies Notes

Nous passons notre temps à trouver dans l'autre des signes de ce que nous sommes, et à nous en servir comme d'indice de ce que nous devons faire. Cette manière de se rapporter à l'autre comme à un modèle ne se confond pourtant pas avec une imitation : elle échappe pour la plus grande part au sujet qui la réalise. Ce phénomène d'identification à l'autre nourrit en réalité une certaine image de nous-même, ce que la théorie appelle le moi, et l'impression qu'elle constitue l'élément stable qui assure notre identité à nous-même au fil du temps.

Il y a en effet un socle commun qui constitue toutes ces images de l'autre en autant d'images de soi. L'identification préalable à l'image de son corps que lui a fourni le miroir dans une expérience primitive est le point de départ de la reconnaissance de soi du sujet dans un autre. Cette image situe d'emblée le moi du sujet dans une extériorité à lui-même : elle est leurrante en ce qu'elle fait croire au sujet qu'il est ce qu'il y voit de lui. L'image que le miroir renvoie au regard est en effet idéalisée, elle présente le corps comme une totalité unifiée, alors même que l'appréhension réelle du corps n'est jamais que partielle.

En inaugurant la série des identifications auxquelles elle donne leur moule l'identification à l'image spéculaire implique donc le sujet dans une méconnaissance radicale de ce que, dans ces images successives, c'est d'un autre qu'il s'agit.

De son image dans le miroir, l'enfant ne retient qu'un contour, celui de son corps, par lequel il s'assure d'être une totalité ; cette opération, par où il se découpe dans un espace qui l'entoure, ne donne lieu à une identification qu'à ce que le sujet s'y appréhende comme un. La confirmation verbale par un adulte présent ("c'est bien toi") est sans doute essentielle, elle n'explique pas ce qui rend possible cette appréhension que le sujet fait de lui-même dans cette forme imaginaire.

Elle n'est en réalité concevable qu'à ce que du "un" détermine le sujet à se saisir comme tel. La présence de ce un est à rapporter à ce que Lacan appelle le "trait unaire de l'idéal du moi". Il fournit l'unité sur la base de laquelle le sujet peut se reconnaître dans une totalité unifiée par ce seul fait qu'elle est une. Ce "trait unaire" est un élément dans l'image de l'autre que le sujet retient comme quelque chose lui permettant de s'identifier. Il peut s'agir d'un détail physique, d'une intonation, d'un geste, d'une expression, d'un mot qui va arbitrairement caractériser l'autre indépendamment de ce qu'il est, le réduire lui aussi à du un.

Le "trait unaire" n'est cependant pas n'importe lequel. Un signifiant premier en détermine le choix : il n'est que ce qui dans l'image de l'autre parait correspondre à la marque par laquelle ce signifiant inaugural a constitué le sujet comme être susceptible d'être représenté par un signifiant.

Ce signifiant auquel le trait est réponse trouvée dans le réel, lui, est n'importe lequel, celui simplement qui, le premier, aura inscrit le sujet dans la chaîne signifiante en lui étant adressé comme au signifiant qui lui donne sens, et sans lequel la chaîne signifiante qu'est le discours ne fonctionnerait pas.

Consacrant, le dire qui profère ce signifiant lui donne sa valeur de marque et se voit du même coup doté d'une autorité : le signifiant qui s'isole des autres de façon à constituer une unité singulière, fondatrice de l'identité du sujet, instaure un ordre. Il faut alors répondre à ce dire et assumer sa valeur consacrante. Ce qui se présente pour cela est un "trait unaire" qui dès lors va constituer l'idéal du moi du sujet, représentant l'autorité à laquelle il doit son être et qui lui commande de se soumettre à cette définition de lui-même qui lui vient de l'Autre, de signifiants qui originairement ne sont pas les siens.

Cette identification à un trait représentant le signifiant qui l'a marqué fait dès lors du sujet un être irréductible à une image.

La cure analytique, en privilégiant, par le fait même d'être "cure de parole", le rapport au signifiant plutôt que le rapport à l'image, est la voie unique d'une résurrection de cette identification de signifiant recouverte par les identifications imaginaires d'un moi réglé sur l'image idéalisée du corps.

Le travail d'interprétation que le sujet opère pour découvrir le signifiant qui commande ses comportements les plus difficiles à assumer suppose une décomposition des identifications, et s'accompagne ainsi d'un sentiment de dépersonnalisation. Par lui, le sujet en arrive en effet à reconnaître que dans l'autre ce n'est pas une image de lui-même qu'il recherche. Pour cela il faut qu'un autre singulier, l'analyste, existe non plus comme miroir pour le moi de son analysant, mais comme lieu permettant au discours de l'Autre, celui qui l'a marqué, de s'articuler. Alors seulement le sujet, pouvant s'y situer, reconnaît le caractère essentiel de cette position qu'il y a.

Les images, remises à leur place, permettent certes au sujet de se situer dans son environnement, elles ne lui donnent en rien accès à une quelconque vérité sur ce qu'il doit faire.

Alors le sujet n'est plus ce qu'il croyait être, mais ce que l'analyse lui a découvert, un effet de signifiant à faire fonctionner comme tel.

Sources :

(*) : Bénédicte Metz, décembre 2004

J. Lacan, "Le stade du miroir comme formateur de la fonction du je telle qu'elle est révélée dans l'expérience psychanalytique" et "Subversion du sujet et dialectique du désir dans l'inconscient freudien", in les Écrits.

Notes
Bibliographie