Théorie psychanalytique

 
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Cet obscène objet

Auteur : Anne Fouquet 18/04/1994

Bibliographies Notes

La structure subjective, c'est-à-dire la manière dont un sujet s'engage sur un certain nombre de questions, m'est apparue assez précisément lors d'une cure, donc dans une adresse à l'analyste, dans ce que je nommerais le style de l'analysante, son mode d'énonciation, ici l'obscénité, difficile à rapporter en tant que telle à une structure clinique : hystérie, perversion... ? Cela faisait même plutôt barrage, dans un premier temps, à une lecture clinique, probablement du fait de la sidération provoquée par une telle obscénité. Sidération induite par les signifiants de l'analysante aux prises avec sa propre sidération à l'égard de sa mère. Il est effectivement difficile, ainsi que le remarquait Roland Chemama, de ne pas répercuter l'obscénité, sans doute en ce qu'elle nous encombre de la jouissance de ces patients dont nous sommes ainsi pris à témoin sans voile ni détour. Je souhaiterais vous parler de deux moments pivots de cette cure où furent particulièrement sensibles les différents sens du mot direction (de la cure) : j'entends d'abord cheminement, direction que prend la cure dans une logique propre à cette structure qui se dévoile et se constitue dans le mouvement même de la parole de l'analysant, et également direction donnée par les interventions de l'analyste, révélatrices de la structure mise en jeu ainsi que catalyseurs du travail des signifiants.

Il s'agit d'une femme venue poser deux questions relatives l'une à l'angoisse déclenchée par des séances de kinésithérapie, l'autre à l'homosexualité ou l'hétérosexualité de son désir amoureux. Une troisième s'est énoncée plus tard, autour de la maternité, abordée en tant qu'interdite médicalement du fait de problèmes de santé, puis reprise en écho à ce qui fut entendu comme interdiction maternelle.

Le transfert s'est, dès le début, caractérisé par sa brutalité, par l'avidité de quelqu'un qui n'aurait rien à l'égard d'un Autre non seulement supposé au savoir, mais aussi autre supposé tout avoir, et l'envie/l'invidia qui y est inévitablement corrélée, sur le thème suivant : l'autre femme posséderait la féminité dont aurait été privée la patiente du fait de son histoire familiale.

S'y mêlait une certaine familiarité, des essais de complicité, où je verrais une tentative d'établissement de la relation transférentielle en terme de proximité et d'identité avec l'autre. On perçoit là une dimension de l'altérité quelque peu en souffrance. Ceci lui avait fort bien réussi auprès des membres du corps médical et para-médical auxquels elle avait eu à faire depuis sa petite enfance. Surtout, la cure a été rapidement remarquable par l'obscénité qui envahissait tant la parole (répétitions récurrentes de mots constituant autant de variations autour de la putain, ou concernant les fèces, descriptions crues de ses liaisons, de souvenirs liés au corps de la mère) que l'espace physique : odeurs corporelles, position sur le divan... C'est devant l'insistance de cette obscénité, donc de ce mode d'adresse particulier à l'Autre, qu'a commencé à se dérouler le fil conducteur de son rapport à l'objet a dans sa dimension du déchet, de l'obscène, mais également dans sa dimension phallique, que je vais ici tenter de suivre avec vous.

Je retiendrais les quelques éléments biograhiques suivants : il s'agit d'une femme d'une grande intelligence, ayant fort bien réussi scolairement, puis professionnellement, malgré des conflits répétés avec ses supérieurs hiérarchiques masculins de l'autorité desquels elle se plaint et dont elle dénonce les insuffisances. Elle relie son travail, l'aménagement du territoire, à des souvenirs marqués par la jouissance maternelle ainsi qu'à la nécessité de réparer ce qu'elle nomme "l'injustice subie par sa famille" du fait d'une origine sociale modeste. Elle vit d'ailleurs dans un milieu totalement différent de celui-ci, à l'inverse du reste de sa famille. Aînée des enfants, elle fut conçue avant mariage, ce qui n'avait rien d'exceptionnel, mais la mère de sa mère en fit un drame sur thème d'ambition sociale déçue. La famille maternelle méprisait en effet celle du père, coupable à ses yeux d'être davantage occupée à jouir de la vie plutôt que de chercher à s'élever socialement. Elle naquit avec des malformations congénitales qui lui valurent tôt de nombreux mois de plâtres, suivis quelques années plus tard d'une intervention chirurgicale. La préadolescence vit le déclenchement brutal d'une pathologie rachidienne nécessitant de nouveau plâtres et interventions chirurgicales répétées.

Le discours maternel, conjoignant celui de la mère et de la grand-mère maternelle, introduit une métaphore paternelle particulière : les hommes interviennent moins comme faisant loi, référence, que comme des privateurs, privant leur femme de réussite sociale, d'argent, de liberté... du fait de ce qui serait médiocrité et manque d'ambition. Ils sont présentés comme des obsédés sexuels qu'il faut remettre à leur place, porteurs de pénis plutôt que de phallus, objets d'une satisfaction sexuelle réduite à une dimension anatomique, moqués pour leur désir : " les mots étaient très orientés sur l'objet, le pénis, le sexe de l'homme, pas sur le désir ", remarque-t-elle. Je dirais plutôt pas sur le désir des femmes (du moins pas explicitement) puisque le désir des hommes est évoqué, mais pour le ridiculiser. Elle a fort bien perçu l'excitation de sa mère lorsque ces sujets sont abordés.

Il existe donc du côté maternel une forte ambition sociale au nom de laquelle le père est dévalorisé par comparaison avec de riches voisins et employeurs. La réussite sociale est tôt donnée en exemple à leur fille d'ailleurs distinguée du reste de la famille par ces personnes qui l'encouragent dans les études. La nécessité où elle se trouvera plus tard de réparer "l'injustice familiale", c'est-à-dire de remettre son père à la place où elle aurait désiré qu'il fût, l'engagera sérieusement dans l'action politique.

Le discours paternel, peu présent, fait état d'un dommage, d'une spoliation touchant le patronyme dans un récit où se mêlent ce qui serait le vrai patronyme, porté par une femme, et le regret d'une aisance sociale perdue. Son père est associé dans un premier temps à d'heureux souvenirs d'enfance, jusqu'à ce qu'un deuil l'engage dans un état dépressif chronique accompagné d'une alcoolisation épisodique.

Lorsque cette femme entame sa cure, elle se définit comme bisexuelle. Elle n'a de relations amoureuses qu'avec des hommes qu'elle ne désire ni n'aime vraiment, et les congédie rapidement. On notera sa peur et son dégoût du corps de l'homme. Avec les femmes, il faut que ça souffre. Percevoir l'autre femme souffrante est nécessaire au déclenchement de son désir. Elle est alors là pour aider, soutenir sa partenaire au prix de sa propre souffrance avant de se faire régulièrement quitter.

Deux clashs ont donc constitué des moments pivots dans la direction de cette cure.

Le premier se passe ainsi : elle décide soudain d'arrêter l'analyse, furieuse à l'égard de son analyste à qui elle reproche d'être hautaine, méprisante, de l'avoir intolérablement mal traitée. Quelques séances de récriminations plus tard, survient le souvenir suivant, évoqué avec une grande honte : dans sa petite enfance, pour ramener sur elle l'attention de sa mère détournée vers l'enfant suivant, elle tente de lui faire croire, en lui montrant ses fèces, à une maladie. Sans succès. A ce moment là, dans l'épisode d'enfance ainsi que dans la remémoration adressée à l'analyste, se dévoile une structure, celle des termes de son rapport au regard de l'Autre, maternel puis analyste, en tant qu'objet a Du côté non du désirable, mais du déchet de l'obscène. Je rattacherais la honte à cette présentification de l'objet a au regard de l'Autre.

Cette patiente présentait à la naissance, ainsi que je l'évoquais plus haut, des malformations ayant nécessité pendant ses premières années plusieurs mois de plâtre immobilisant partiellement le corps. De cette période, elle retient avant tout ceci qui n'est ni un souvenir, ni une chose racontée, mais une certitude : elle se déplaçait en rampant. J'entends l'insistance de ce " ramper " en opposition à la valeur phallique de l'érection du corps du petit enfant. On peut se demander quelles furent les conséquences de cette pathologie contemporaine du stade du miroir. Comment s'est-elle vue dans le regard de sa mère, comment celle-ci a t-elle regardé cette petite fille plâtrée, comment s'est-elle regardée en comparaison avec sa mère ? Qu'était-ce que ce corps qui rampait sans parvenir à s'ériger ? Y a-t-il eu, du fait de cette situation particulière, de ce mélange de soins médicaux et maternels, de douleur, d'inconfort moteur mais aussi concernant la propreté et les fonctions excrémentielles, le regard des autres sur son handicap etc. une sorte de positivation de l'objet a dans le corps qui devient lui-même objet a ? Elle note le silence de sa mère qui ne lui parlait ni de sa maladie, ni des douleurs, ni du corps soigné : "Il manquait des mots. Ma mère me soignait sans rien me dire." Selon quelles modalités a-t-elle constitué pour sa mère le support de l'objet a ? Ceci s'est-il trouvé pour elle conjoint à être un "corps souffrant", deux signifiants qui reviennent en véritable leitmotiv dans sa parole.

Roland Chemama rappelait que, si le père réel soutient difficilement l'opération symbolique, l'objet a semble moins détaché par la castration et insiste dans le réel. Ceci me semble correspondre aux particularités de la métaphore paternelle dans cette famille, évoquées plus haut.

Par ailleurs, il est certain qu'en tant que fille aînée, cette patiente a été la dépositaire, aux yeux de sa mère, du phallus imaginaire transmis de femme en femme du côté maternel dans cette ambition d'élévation sociale dont sont exclus les hommes. Il y a pour elle conjonction entre son handicap physique et l'investissement phallique imaginaire par sa mère, qui la fait osciller d'une position de déchet à une position phallique.

Les séquelles : boiterie, chutes, cicatrices, qui persistent après l'intervention chirurgicale la libérant du plâtre, la marquent au regard des autres dès ses premières années. Puis à la préadolescence, à la suite d'une dispute conjugale entre les parents où la mère fait mine de se suicider, se déclenche une pathologie rachidienne qui, dit-elle, " ratatine, replie son corps sur lui-même, et met en creux ce qui chez la femme est en avant, le buste, la poitrine. "

D'où, de nouveau, plâtres, interventions chirurgicales etc. pendant une vingtaine d'années. Que dit-elle de cette scène ? "J'étais effondrée de ne pas être plus que ça pour ma mère" qui faisait si peu de cas de son amour "qu'elle envisageait de se tuer quand on était là. Je me suis élancée vers elle pour lui crier, on est là, nous, on t'aime."

Une des caractéristiques de cet amour est qu'il se soutient de ce qu'il suppose être le malheur de la mère avec le père : "mon bonheur, c'était de la soulager de sa souffrance... je trouvais ma place dans la souffrance de ma mère." On reconnaît ici ce qui détermine ses relations homosexuelles. Cette scène la confronte à ce qu'elle a méconnu : elle n'est pas le support de la jouissance maternelle, pour celle-ci ça se passe ailleurs, avec le père. Ceci est longtemps demeuré pour elle inadmissible. Elle présentait comme pure obscénité en soi, en dehors de toute relation de désir au père, ce qui touchait au désir sexuel chez sa mère.

Comment la jouissance de cette patiente va-t-elle se trouver prise dans la pathologie ? Lorsqu'elle parle des années de maladie, c'est avec un luxe de détails et une complaisance certaine que sont décrits les aspects les plus impressionnants, voire repoussants, comme par exemple les dispositifs maintenant son corps sur le lit d'hôpital, et tels que certains visiteurs s'évanouissaient. Son discours fait ainsi entendre sa jouissance ignorée à avoir été cet objet à la vision réellement insoutenable, à la fois immonde et unique. Le fantasme "christique" de sa crucifixion rachetant les péchés de sa mère nous dévoile l'adresse de cette "mise en scène" du réel en même temps qu'il rend compte de sa double position, à la fois de déchet : le crucifié est objet de dérision, de railleries, de mépris, mais aussi phallique : il s'agit du sauveur au corps glorieux et aux cicatrices objets de vénération.

Dans le registre imaginaire, ses handicaps comme elle les nomme, aussi bien celui de la petite enfance que de la pré-adolescence, sont marqués de la castration : "mon handicap, c'était le handicap de ma famille ; on peut pas dire que j'ai été battue physiquement, mais ça me fait un peu cet effet-là" ; "ce qui est dans mon corps n'est pas sympathique à moi ni aux autres, la vie m'a pas fait beaucoup de cadeaux" ; ils sont aussi marqués du phallus dans sa présence : ne la distinguent-ils pas des autres, ne lui donnent-ils pas une valeur particulière, ne sont-ils pas à l'origine, pense-t-elle, de l'intérêt qu'on lui a témoigné dans son enfance, la poussant à faire des études, par exemple ?

Il y a identification imaginaire à la souffrance et à la déformation corporelle : "depuis que j'ai mal au dos, je ne me connais plus sans avoir mal quelque part ", " mon image de moi est restée fixée sur un handicap que je n'ai plus", et encore : "quand je me regarde dans la glace, il y a un décalage entre l'image imaginaire que j'ai de moi et ce que j'ai à voir qu'est pas aussi pire."

Tout ceci se fait au prix de sa féminité. Elle oppose radicalement féminité et maladie, présentant celle-ci comme un renoncement à la première. "Je vais être femme, plus malade", décide-t-elle.Elle renonce ainsi à ses kinésithérapeutes, des femmes avec qui elle nouait des relations de proximité et de soutien sur le mode de l'appel à sa mère, ce qui finissait d'ailleurs par rendre le travail impossible. Il s'agit à ce moment pour elle du renoncement à être le support de la jouissance maternelle dans et par son corps malade. Qu'en est-il alors de la possibilité de se faire le support de l'objet a pour un homme ? C'est ce qu'aborde le second clash de la cure.

Elle me parle un jour avec un grand mépris, en se ridiculisant, d'un homme qui s'intéresse à elle d'une manière qui, me semble-t-il, ne justifie en rien de telles railleries. Celles-ci provoquent mon agacement, devant sa certitude de ma connivence, de la similitude supposée de ma position dans cette affaire. Je lui réponds donc qu'il y a peut-être autre chose à faire ou dire, lorsqu'un homme s'intéresse à une femme, que de le ridiculiser, ce qui déclenche une réaction de haine : l'analyste est comme sa mère, toujours à lui faire la morale, et elle a bien envie d'arrêter l'analyse. L'analyste est comme sa mère. Qu'est-ce à dire ? Elle a beaucoup insisté sur l'obscénité maternelle, à la fois fascinante et dégoûtante ; il s'agit de souvenirs d'images du corps maternel dans certaines situations, de manières de se tenir en public..., dont elle dit : "j'étais fascinée, c'est le point de départ d'un attachement très profond " et dans le même temps : " j'avais honte pour elle." Obscénité également dans la parole maternelle : plaisanteries sur l'intérêt des hommes à l'égard des femmes, répétition de signifiants tels que "putain"... qui sont intéressants en ce qu'ils ont à voir avec la jouissance de la mère. Sa fille note d'ailleurs que lorsque sa mère lui répète de faire attention car "les filles qui attrapent des enfants hors-mariage sont des...", elle ne veut surtout pas que ceci puisse s'appliquer à celle qui l'énonce. "Pour éviter ça, il fallait que je me l'applique à moi, pas à elle."

L'objet a n'est donc, comme on peut le constater, pas vraiment voilé chez la mère. Quelle obscénité exhibe alors sa fille, quel objet a ? Le sien, ou celui de sa mère ? Ce que dans ses paroles et son corps, elle reprend obscènement dans la cure est exactement ce qu'elle décrit avec dégoût chez sa mère, cet objet a à son regard immonde et désirable. Elle est là comme un miroir de sa mère, son propre objet a s'étant constitué en miroir par rapport à celle-ci.

Ce faisant, elle évite le détour par le père dont le regard et les paroles constitueraient sa femme comme support de l'objet a. Mais admettre la place du père, ce serait perdre quelque chose de cette complétude imaginaire avec la mère ; ce serait aussi admettre du désir entre les parents. Or, bien qu'elle ne puisse pas ne pas savoir qu'il y en a - même si sa mère en parle par sous-entendus ou dénégations, ou parfois crûment, elle ne peut ignorer que naissent frères et soeurs, ni ce qu'elle nommera plus tard des lunes de miel entre ses parents - ceci reste pour elle inadmissible. "J'ai une haine farouche de tout ce qui touche à la sexualité de ma mère."

Alors que la reconnaissance de l'obscénité de l'objet a peut avoir dans une cure, pourquoi pas, un effet libérateur, allégeant, sa prégnance a ici pour conséquence non d'ouvrir les choses, mais de les fermer. C'est une sorte d'arrêt sur image qui les fige de manière non dialectisable dans la sidération. Ça fait bouche-trou, si je puis dire, dans la mesure où ça clôt, en l'éludant avant même qu'elle n'ait été abordée en tant que telle, la question du désir de la mère et de sa jouissance.

Cette femme n'est jamais considérée par sa fille comme désirante à l'égard du père, mais uniquement comme porteuse d'obscénité en soi. Il s'agit de refuser de prendre en compte la castration symbolique de la mère. "Or, dit Lacan, il n'y a rien de plus névrosant non pas que la peur de perdre le phallus, ou la peur de la castration, mais que de ne pas vouloir que l'autre soit châtré." (Le désir et son interprétation, p.189)

Elle ne peut reconnaître à sa mère qu'une jouissance homosexuelle qui apparaît dans sa description d'un souvenir d'enfance mettant en scène sa mère parant des femmes riches. Elle décrit un tableau lumineux, sans ombre, que rien n'entame, des femmes entre elles et l'excitation de sa mère devant ces femmes. Le bonheur, dit-elle. On reconnaît là la présence du phallus imaginaire qui tombe d'un coup lorsque la scène passe côté maison, où tout devient sombre et triste par l'effet de la simple présence virtuelle du père.

Petite fille, elle divisait les femmes en deux groupes : les "riches", convenables, discrètes, bien habillées, sans sexualité mais qui se mariaient, et qui "avaient tout ce qu'elle n'aurait jamais". Il s'agit des femmes porteuses de l'objet a dans la dimension désirable de l'agalma, dans toute sa brillance phallique. Les "salopes" affichant leur sexualité, enceintes hors-mariage, vulgaires, porteuses de l'objet a obscène dégoûtant.

Elle ne se trouvait ni dans le premier groupe, de par sa naissance (n'est-elle pas la fille de sa mère ?) ni ne voulait appartenir au second. L'analyste fut imaginairement longtemps du côté des premières, puis elle lui attribua quelque chose des secondes.

Transférentiellement la réponse faite à ses railleries envers l'homme qui manifestait son désir est venue la déloger de cette relation en miroir entre femmes qui chatoie dans son souvenir et qu'elle faisait jouer dans la cure, cette relation où l'homme est indésirable (dans tous les sens du terme). Elle a également délogé l'analyste de la position idéalement non castrée où elle avait été mise, et je pense que la référence à la morale maternelle renvoie aux paroles de la mère qui, avec certes de la maladresse, de la crudité, inscrivaient cependant sa fille dans le champ des femmes, de celles qui sont désirables et désirantes, à qui on fait des propositions, qui sont susceptibles d'être enceintes (nous retrouvons là sa question : "puis-je avoir des enfants ?"). Or cela, "cette vie de merde" comme elle dit en parlant de sa mère, il n'en était pas question. D'une certaine manière, elle n'était pas totalement dupe de ce qu'elle protégeait ainsi chez sa mère, mais, dit-elle, un jour où je la questionnais avec insistance sur la question du désir entre ses parents : "J'ai l'impression d'être butée, de pas vouloir entendre une autre version." Car comment de sa position hystérique, accepter ceci : "avec les hommes, dit-elle, on risque de perdre quelque chose".

Effectivement, si rien n'a été perdu, comment être le support de l'objet a pour un homme, et comment le désirer ? Or l'analyste, auprès de qui elle était venue chercher soutien contre ceci, se révèle comme sa mère symboliquement castrée, désirante. C'est donc une grande déception que cette obscène analyste !

Notes
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