5 juillet, bon anniversaire
Auteur : Charles Melman 09/04/2012
5 juillet, bon anniversaire
Il se trouve que, je ne sais plus sur quelle recommandation, une des gentilles dames chargées au Ministère de préparer le texte de la loi dite du 5 juillet, était venue me visiter pour avis. Avec gravité et assurance, j’avais prédis que le projet de l’intervention d’un magistrat pour valider les décisions du psychiatre allait soulever un vacarme généralisé, à gauche comme à droite et être dénoncée comme une atteinte aux libertés. La judiciarisation de la maladie mentale était aussi inadéquate sur le fond (un malade mental n’est plus le citoyen actif d’aucune république même s’il peut en espérer un traitement éclairé) que sur la forme (la dilution des responsabilités alors que le psychiatre seul est formé pour les exercer).
Un homme politique a la tâche d’informer l’opinion et non pas de la suivre quand une exigence sécuritaire l’égare. Une bienveillante tristesse vint voiler le regard de la gentille enquêteuse : de quoi parlais-je , devait-elle se demander. C’est vrai, je parlais encore à partir d’une loi qui, sans être politique, religieuse ni même a priori morale, s’appelle, j’aime la citer, la loi naturelle : celle qui s’impose à chacun du seul pouvoir du signifiant, si chacun le veut bien. C’est sûr, puisqu’elle ne se fonde d’aucune révolution ni police. La tristesse de la dame était prémonitoire.
Dans un large consensus à ma surprise acquis, il y aura désormais un juge pour se coiffer de sa toque afin de délibérer du sort du toqué. Ceci dit, il n’est pas impossible que la folie sociale ne donne au fou l’envie d’autre chose. Je l’entends déjà, lui, juger du cas : « Ils voudraient que j’aie été dans mon acte. Mais cet autre toqué est-ce qu’il est bien dans le sien ? »
Charles Melman
