Retour sur les journées "Don et relation d'objet"
"Don et relation d'objet Donner, recevoir, rendre. Quid aujourd'hui ?" Journées du samedi 22 et dimanche 23 janvier 2005
Auteur : Chantal Gaborit 29/01/2005
Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras ! Qui songerait à contester une telle évidence ? Et pourtant ce proverbe cité fort à propos par J.-J. Tyszler lors de nos journées sur "Le don" invite à entendre au-delà de l'évident bon sens.
En effet, si c'est si évident pourquoi la sagesse populaire a-t-elle eu besoin d'en faire un proverbe pour guider et conseiller un sujet qui sans cela aurait sans doute été tenté de se contenter de la promesse contenue dans "tu l'auras" ?
Et puis en toute logique, si est vraie l'assertion selon laquelle la possession effective vaut mieux que la promesse hypothétique, pourquoi n'a-t-on pas dit : "un tiens vaut mieux que un tu l'auras" ?
Quel attrait a donc la promesse pour qu'il soit nécessaire de faire ainsi monter les enchères afin de prouver à un sujet visiblement difficile à convaincre que "un tiens" c'est vraiment mieux ?
Il me semble que ce proverbe dont J.-J. Tyszler nous a rappelé qu'il exprimait un savoir dans la langue traduit combien, si le donateur donne ce qu'il n'a pas, celui qui reçoit est beaucoup plus attiré par la promesse que par le bien. Ce qu'il désire recevoir c'est non seulement la promesse venant de l'autre mais surtout le don de ce que l'autre n'a pas.
La logique du désir n'est pas une logique comptable. C'est cela que la sagesse populaire a fort bien repéré et à quoi elle voudrait mettre bon ordre. Seulement en tentant de combattre le désir par ses bons conseils, elle ne fait que le souligner par son insistance.
De plus, s'appuyant sur la deuxième personne du singulier dans une forme concise qui ne manque pas d'évoquer celle du Décalogue, ce proverbe dispose les places de petits autres pris dans l'échange donner-recevoir-rendre, et suppose la place d'un Autre qui apparemment en sait un brin sur le désir et la jouissance.
Ainsi ce proverbe, beaucoup plus percutant que d'autres dictons ou proverbes - par exemple "mieux vaut tenir que courir" - qui ont à peu près le même sens mais pas du tout la même portée, nous rend sensible ce point de structure que l'attente du sujet concerne non pas tant la possession des biens ni même l'exigence que l'autre tienne parole mais plutôt, et quel qu'en soit le prix, la possibilité pour lui de s'inscrire dans la dette et que cela lui permette un dire.
