Ouverture des 2èmes Rencontres Parlementaires sur la Santé Mentale
(tenues le 13 septembre 2007, Maison de la Chimie, Paris)
Auteur : Bernard Accoyer 11/01/2008
Si je suis parmi vous ce matin, c'est parce que j'approuve sans réserve l'initiative consistant à approfondir le débat sur la santé mentale, domaine dans lequel, au cours du temps, tant d'erreurs ont été ou sont commises, souvent d'ailleurs de très bonne foi (*).
Mon parcours et mes passions, c'est-à-dire la médecine puis la vie publique, m'ont conduit à me saisir des enjeux liés à la santé et aux pathologies mentales, qui se situent au coeur de mes préoccupations. Au cours de mon exercice professionnel, tout comme dans mes responsabilités d'élu, rares sont les journées où je n'ai pas été confronté à ces problématiques. Je me réjouis que, grâce à l'action de ceux qui sont dans cette salle, cette cause progresse. Je suis certain que, dans ce sens, l'apport du présent colloque sera considérable.
Je me bornerai à rappeler que le taux de morbidité des "maux de l'âme", c'est-à-dire le nombre de personnes et de familles concernées par la maladie mentale, est tout à fait méconnu et, d'une certaine façon, occulté par la société.
Au cours de l'histoire de la médecine, il a fallu attendre longtemps avant que les maladies mentales ne soient prises en compte au même titre que les maladies du corps. Heureusement cette époque est révolue et chaque jour, nous constatons, à travers le développement des connaissances, notamment en neurosciences, que la France, comme la plupart des pays comparables au nôtre, place de plus en plus la santé mentale au coeur de ses préoccupations.
L'incidence de ces maladies est considérable puisque entre 150.000 et 500.000 de nos compatriotes seraient atteints de psychoses chroniques, dont la moitié de schizophrénie. Pourtant, le médecin que je suis a longtemps ignoré ce chiffre. De même les familles en souffrance ont longtemps été effacées ou, du moins leur souffrance ne leur a pas permis d'exprimer cet appel à la société toute entière à mieux prendre en compte ces situations.
Au travers de l'incidence de la maladie mentale, il s'agit d'aller bien au-delà des pathologies graves et de comprendre que la souffrance mentale, qu'elle soit bénigne ou temporaire, est devenue pour toutes ces familles une réalité et une préoccupation.
C'est à ce titre que les pouvoirs publics ont pris un certain nombre d'initiatives, certes insuffisantes mais importantes tant les domaines concernés par la santé mentale sont nombreux (éducation, formation, recherche, soins, accompagnement, création d'établissements et de services nouveaux). Le plan psychiatrie et santé mentale prévoit en effet qu'entre 2005 et 2010 deux milliards d'euros soient consacrés à la reprise des investissements dans ces domaines.
Cette démarche, qui me paraît essentielle, devra être suivie d'autres plans. En effet, notre société met de plus en plus individu en situation de souffrance, ce qui explique que l'incidence des pathologies mentales augmente. Je ne m'arrêterai pas sur la question des "démences séniles" qui pourra être abordée par l'éminente spécialiste en neurologie qu'est Elisabeth Roudinesco. Si cette maladie a des conséquences majeures et bien qu'il en existe quelques cas précoces, l'Alzheimer, par exemple, constitue une pathologie dégénérative à part, liée au vieillissement.
Le Parlement tient à apporter sa contribution à cette priorité qu'est la santé mentale. Je vous rappellerai à ce titre deux initiatives que j'ai prises, discutées et débattues au cours de ma vie publique.
J'ai adopté la première en 1998, après lecture d'un article établissant un lien entre la consommation de substances addictives et le déclenchement de certaines pathologies psychiatriques. Étant à cette époque dans une position parlementaire qui requiert d'utiliser les moyens de la procédure pour se faire entendre, j'avais demandé la création d'une commission d'enquête parlementaire sur l'usage des substances addictives, la santé mentale et le silence entourant cette situation. Si avec un certain nombre de précautions, la création de cette commission m'a été refusée, ma requête a été suivie d'une commande à l'Inserm d'une étude bibliographique exhaustive, qui, quelques mois plus tard, confirmait le lien que j'évoquais précédemment. Récemment, le journal médical de l'Inserm a fait valoir que l'usage régulier de substances addictives aggravait, chez certaines personnes, de 40% le risque de déclenchement d'un certain nombre de pathologies mentales. Cette information doit nous permettre de diffuser un message à la fois d'éducation et de prévention.
La seconde expérience dont je tiens à vous faire part, réside dans la véritable "croisade" que j'ai entreprise afin de réglementer le titre de psychothérapeute.
En 1989, un psychologue clinicien m'a alerté sur le fait que n'importe qui pouvait se prétendre psychothérapeute ce que, malgré mon expérience, j'ignorais totalement. Ayant interrogé un certain nombre de mes confrères, je me suis aperçu que eux non plus n'avaient pas conscience de ce problème. J'ai donc proposé que le bénéfice du titre de psychologue soit conditionné à l'acquisition de quelques connaissances minimales en pathologie théorique et clinique, ce qui a provoqué une véritable controverse, encore en cours.
Ma proposition de loi n'ayant pas été retenue, c'est un ami psychiatre qui m'a encouragé à continuer mon action pour combler ce vide juridique intolérable. Malgré la présence d'un proche conseiller de Bernard Kouchner à un colloque que j'avais organisé, personne ne semblait vouloir avancer sur cette question.
Ce n'est qu'en 2002-2003, à l'occasion des discussions sur la loi de la santé publique, votée définitivement en août 2004, que j'ai pu déposer un amendement reprenant ma proposition de loi. Si le ministre de la Santé de l'époque, Jean-François Mattei, y était plutôt favorable, cette initiative a fait l'objet d'une polémique considérable. Certaines personnes en effet considèrent que la psychothérapie est un domaine dans lequel, au nom des libertés de penser, les pratiques doivent être, elles aussi, totalement libres.
Je rappelle que les principes de précaution et de justice sont au coeur de notre société. Or lorsqu'une personne n'offre aucune garantie sérieuse de formation, dans une université ou un établissement accrédité par les pouvoirs publics, la situation du risque qui en résulte est contraire au principe de précaution. Outre le risque lié au manque de connaissances, tous types de perversités peuvent être peuvent être envisagés. Nombre de pathologies ont été ainsi aggravées. J'insisterai notamment sur le développement d'un phénomène très préoccupant. Il s'agit des techniques de manipulations utilisées par des personnes formées dans des officines elles-mêmes très douteuses, aboutissant à des situations dites de "faux souvenirs", dont les conséquences sont absolument effroyables.
Ainsi ai-je été le destinataire de milliers de témoignages retraçant la manière dont de prétendus antécédents de crimes incestueux ont brisé les familles, dont les enfants ont été manipulés et exploités. C'est pour cette raison que je n'abandonnerai jamais cette cause.
L'un de mes plus proches amis, le grand chirurgien, Jea-Michel Dubernard, l'une des personnalités au monde qui aura le plus fait pour la chirurgie de la transplantation, m'a rapporté l'histoire de l'un de ses voisins qui, après avoir vu le commerce de proximité qu'il tenait péricliter et avoir traversé une légère dépression, est lui-même devenu psychothérapeute.
Lors de la dernière législature, j'ai été responsable du groupe majoritaire. Après avoir péniblement fait adopter mon amendement, je pensais que le décret d'application serait rapidement publié. Or toutes les administrations publiques semblent avoir été approchées par la mouvance quasi sectaire contre laquelle j'essaie de lutter. Ainsi, la concertation dont je suis à la tête a-t-elle abouti à ce que les décrets d'applications inversent radicalement le sens du texte initialement voté. J'ai donc été contraint de m'opposer, par le biais de manoeuvres très complexes, à la publication de ces décrets, qui prévoyaient la possibilité de s'inscrire, à titre temporaire, sans aucune formation ni garantie (1).
Comme cette fois-ci je sais que je serai aidé par mes amis ici présents, je pense que nous aboutirons à faire paraître de nouveaux décrets. Je vous souhaite, mes chers amis, une excellente et très fructueuse journée.
Notes
(*) Bernard Accoyer est Président de l'Assemblée Nationale depuis juin 2007, député de la Haute-Savoie depuis mars 1993 et membre de la Commission des affaires culturelles, familiales et sociales de l'Assemblée Nationale. Bernard Accoyer est médecin ORL de profession.
(1) Dans le registre des psychothérapeutes (NDLR)
