Mourir de psychothérapose ?
Auteur : Charles Melman 19/02/2004
Une épidémie menacerait la France. En déposant son projet de loi sur la Santé publique "le premier depuis 1902" le Ministre de la Santé ne se doutait pas que le modeste amendement 18 quater ajouté à ses 56 articles par un député de la majorité et portant sur la réglementation des psychothérapies allait "paraît-il" provoquer l'angoisse des masses et mettre le pays au bord de l'émeute.
Pourtant "c'est la guerre" apprend-on de la bouche du chef de l'insurrection. "Désobéissance civile" jure-t-il aux gouvernants. "Dictature !" fait-il dire à Monsieur Bayrou représenté à la Mutu. Et notre élite monte aux créneaux en polissant ses armes d'un style étincelant. Mais à vrai dire, contre quel ennemi ?
L'observateur doit en effet se frotter les yeux pour tenter de saisir le motif de cette ire.
Il n'y a en effet rien qui justifie l'émotion de la collectivité et n'appelle son approbation obligée. Le débat se situe en effet entre la défense de l'intérêt général et d'intérêts privés particulièrement bruyants.
Jusqu'ici il y avait dans notre pays un espace de soins, libre et réservé dont les acteurs s'autorisaient d'eux-mêmes, de leur talent comme de leur inspiration : celui de la psychothérapie.
Fascinés par ce vide juridique, des Instituts de formation privés à but lucratif (actifs sous le nom de "Fédération française de psychothérapie") ont entrepris dès la législature précédente une remarquable action de lobbying à Paris et à Bruxelles pour obtenir un droit exclusif de formation et de qualification. La psychanalyse eut été d'ailleurs un département de cette principauté "qui en aurait compté une vingtaine avec la gestalt, la sophrologie, le comportementalisme, la P.N.L., le psychodrame, l'amourologie du docteur Meignant, etc." et son exercice validé par les quelques années "d'étude" requises pour la "formation" et le diplôme devenu nécessaire.
Un tel projet n'est pas sans réalisme puisqu'il a abouti en Italie où le chef de notre insurrection nationale a contribué (avec l'aide de R. Dumas alors Ministre des Affaires Étrangères) à la mise en place d'un établissement de ce type dont il contrôle une large aile.
Faut-il ajouter que de l'autre côté des Alpes, la psychanalyse ainsi régimentée se meurt ?
À Bruxelles, les "Fédérations de Psychothérapeutes" ont obtenu le statut d'ONG.
À Paris, l'amendement Marchand qui, fin 2000, accédait à leur demande avait failli être voté, sans provoquer la moindre émotion publique.
L'amendement du docteur Accoyer vise à contrôler, au moins par une formation médicale ou psychologique le dessein "fédératif" de substituer à une vocation et un art une activité marchande.
Cette garantie serait-elle suffisante ? Non, bien sûr.
La qualité du psychothérapeute relève en effet d'un coefficient personnel difficile à évaluer. Dans une population, il y aura ainsi toujours des "soigneurs" aptes à répondre à la demande ambiante. Mais cette relation change dès lors qu'elle est conçue comme une prestation de service dont la finalité est vénale. Une formation universitaire et scientifique est alors un préliminaire souhaitable à une action qui autrement pourrait être sans frein ni limite.
En échange de ses honoraires, le psychanalyste lui ne promet rien, aidant toutefois l'analysant à faire fructifier sa dépense. Mais la cure personnelle qu'il a suivie ne peut lui permettre d'accepter qu'un intérêt pécuniaire soit en dernier ressort celui du praticien. On devient psychanalyste par accident non par souci de faire carrière.
On peut rendre hommage au docteur Accoyer et au professeur Mattei de respecter assez cette singularité de la psychanalyse pour l'avoir écartée du champ de la réglementation et d'en laisser le souci aux Associations qui la représentent.
La psychothérapose, cette fièvre qui agiterait la population à propos d'une menace sans objet n'est vraisemblablement qu'un banal échantillon d'hystérie collective.
