Psychanalyse et psychiatrie

 
  • Imprimer
  • Envoyer

Les Psys et la Loi

Débat organisé par le mensuel "Cultures en Mouvement", le 17 décembre 2003

Auteur : Charles Melman 19/02/2004

Bibliographies Notes

Le mensuel "Cultures en Mouvement" a organisé le 17 décembre 2003 un débat intitulé "Les Psys et la Loi". Ce débat s'est tenu 5, rue Las Cases. Y étaient conviés : Marilia Aisenstein, vice-présidente de la SPP, Yves Bur, député du Bas-Rhin (UMP) représentant le docteur Accoyer, Philippe Cléry-Melinpsychiatre, auteur du rapport du même nom, qui ne s'est pas présenté, Bruno Dal Palu, président de l'Association fédérative française des organismes de psychothérapie, Serge Ginger, secrétaire général de la Fédération française de psychothérapie, Philippe Grobois, de la Fédération française des psychologues et de la psychologie, Éric Laurent, de l'École de la Cause freudienne, Charles Melman et Jacques Sédat, d'Espace Analytique. Le débat était animé parArmand Touati, directeur de "Cultures en mouvement". Chaque orateur a développé son point de vue concernant l'amendement Accoyer. Nous reproduisons ci-dessous la brève intervention de Charles Melman indiquant la position de l'A.L.I., tenant compte de la réunion qui avait eu lieu chez le Ministre de la Santé, J.-F. Mattéi, quelques jours plus tôt.

Par un beau matin gris, c'est quasiment l'ensemble des associations psychanalytiques françaises qui se sont retrouvées dans le bureau du Ministre de la santé. Je dois dire qu'il était encourageant de voir qu'allaient prendre position commune sur la question essentielle de la formation et de la qualification des psychanalystes aussi bien les élèves de Freud que ceux de Lacan.

Nous étions chez le Ministre parce que nous avions obtenu du docteur Accoyer qui nous l'a volontiers accordé que soit introduite dans l'amendement cette clause disant que la formation et la qualification des psychanalystes étaient du ressort de leurs associations. Le premier mot que celui-ci a bien voulu nous dire était qu'il reconnaissait pleinement l'auto-régulation que ces associations étaient ainsi en mesure d'exercer. Une question qui a été posée au cours de cette matinée et notamment par Claude Landman a été celle des psychanalystes dits laïcs ou profanes. Le Ministre a reconnu que c'était là un problème particulier mais vis-à-vis duquel il était parfaitement bienveillant.

Au moment où chaque association a été consultée sur sa position à l'égard de cette clause introduite dans l'amendement, toutes celles qui étaient là ont manifesté leur accord sauf deux : l'une, représentée par la sympathique déléguée de l'École de la Cause freudienne qui se trouvait liée, semble-t-il, par la lecture d'un texte préparé à l'avance, et qui donc ne se trouvait pas en mesure de répondre aux propositions et aux questions neuves que pouvait lui faire le Ministre et je suis évidemment tout à fait content d'entendre ici que la position de cette École, je l'entends de la bouche de Miller, pourrait parfaitement évoluer ; c'est là un signe tout à fait encourageant pour notre avenir. La seconde opposition est venue d'Élisabeth Roudinesco et elle en a largement témoigné par des moyens qui, hélas, ne sont pas toujours d'un accès aussi facile pour que nous puissions nous exprimer mais en tout cas, elle a manifesté son opposition.

Là-dessus, je voudrais dire très rapidement la chose suivante : il peut paraître aussi légitime de s'opposer à l'amendement que de souhaiter son vote avec la clause que nous avons obtenue. Autrement dit, ce que j'avance aujourd'hui c'est qu'il n'y a personne qui soit assez malin, assez fort, qui ait lu dans les astres et qui soit capable de dire avec assurance quel est le meilleur chemin. Mais en tout cas, ce que je peux assurer c'est que l'essentiel est, bien entendu, que ce petit espace de liberté que constituent nos associations, je veux dire ce qui les met à l'abri d'éthiques qui sont parfaitement étrangères à la psychanalyse, qu'elles soient celles des équipes médicales, des éthiques universitaires, voire des éthiques psychothérapeutiques donc l'essentiel est que cette éthique puisse être préservée par un type de fonctionnement qui a pu se maintenir dans notre pays, grâce en grande partie comme nous le savons à l'action, au style et à l'enseignement de Lacan et que cela puisse donc ainsi se poursuivre.

Enfin une dernière remarque : Je ne suis ici le délégué d'aucun "champ". Je ne vois vraiment pas de quelle manière ce "champ" que l'on voudrait ainsi nous constituer pourrait propulser, je dirais, des délégués qui viendraient assurer son salut. À ceux-là, je demande très simplement d'où parlent-ils ? D'où parlent-ils pour estimer que ce champ est de leur ressort, qu'il est de leur responsabilité, voire de leur agencement. J'espère qu'il sera au moins entendu que c'est bien de la modeste position qui est la mienne et celle de nombreux parmi nous, c'est-à-dire celle de psychanalystes, que j'essaie de parler et d'agir. Je dois dire que, dans la discrétion, notre action à de nombreux parmi nous n'a pas été mince et qu'elle semble avoir eu son efficace, de telle sorte que nous nous trouvons effectivement aujourd'hui vis-à-vis de l'amendement du docteur Accoyer dans des positions qui, je le dis bien, sont susceptibles de préserver notre acquis essentiel.

Merci pour votre attention.

Notes
Bibliographie