Psychanalyse et psychiatrie

 
  • Imprimer
  • Envoyer

À propos de la psychosomatique

Vendredi de Sainte-Anne

Auteur : Marcel Czermak 30/06/2007

Bibliographies Notes

Séminaire de Marcel Czermak
Vendredi de Sainte-Anne,
1er juin 2007 (*)

A eu lieu, il n'y a pas très longtemps, quinze jours ou trois semaines, une réunion au Collège de Psychiatrie, au sujet de ce qu'est un fait clinique, qui a été très problématique et montrait bien, une fois de plus, que ce qu'est un fait demeure pour nous tout à fait énigmatique, dès lors que l'on voudrait franchir l'immédiateté de ce qui serait de l'ordre des données brutes de notre clinique. À vrai dire, les questions que nous nous posons concernent aussi bien notre discipline et je voulais mentionner le fait que je suis tombé sur un numéro de la revue "La raison présente", qui est très intéressante, sur "le fait historique". Quand vous lisez cela, vous vous rendez compte que la difficulté des historiens n'est pas moindre que la nôtre. Une fois qu'on a compris que ce n'est pas le récitatif événementiel qui rend compte de quoi que ce soit et, qu'une fois de plus, il était question de l'inertie, si je puis dire, des faits de structure qui commandaient une foule de questions, au point que certains pouvaient dire que dès lors que nous avions affaire à des phénomènes politiques, ils sont à 80% - je ne sais pas d'ailleurs pourquoi on a fait cette statistique - d'ordre psychologique. Je ne sais pas comment ils ont pu évaluer cela, mais enfin, je pense que cela n'est pas complètement faux. Ce qui suppose de devoir en venir, le cas échéant, à des questions anciennement répertoriées par Freud comme métapsychologiques. D'ailleurs, j'ai beaucoup apprécié ce que Paul Laurent Assoun a raconté, puisque la question semble bien pour lui s'être posée à partir de la métapsychologie.

Puis, il y a d'autres développements, c'est-à-dire que le va et vient imparable entre les faits bruts, les hypothèses, les théories, les remaniements, etc., au point d'ailleurs que nous-mêmes, quand il a pu nous arriver par ci par là d'essayer d'avancer sur des "faits cliniques", allez, j'y vais, d'avancer sur ce fait clinique et de nous demander comment nous nous y sommes pris et à travers quelle sinuosité nous avons essayé de remanier nos questions. Pour vous donner un exemple brut, massif, ce n'est pas du tout la même chose de dire d'un transsexuel qu'il a la conviction d'être une femme et de dire qu'il veut absolument être nommé femme : ça vous change la face du monde, ça ! Ce n'est pas du tout du même ordre de s'attacher, comme Stéphane a pu le faire, au syndrome de Fregoli, une fois qu'on a dans les pattes la question de l'objet petit a. La question de l'objet est quand même décisive et doit être un peu épurée, puisque si cette question-là n'est pas un peu épurée, elle laisse intacte la question de ce que nous appelons un sujet. Comme vous le savez, moi, ma pente est - heureusement que je ne suis pas tout seul là-dedans - plutôt à prendre les choses du côté de l'objet. Ce qui, je tiens à vous le signaler, n'a pas été monnaie courante dans le milieu analytique. On gamberge beaucoup avec le sujet par ci, le sujet par là, mais quand il s'agit de savoir de quoi on parle, c'est une autre paire de manches. Je crois que Stéphane comptait organiser une réunion sur ce thème, mais je ne vois pas comment on pourrait traiter analytiquement la question, si cette question de l'objet n'est pas reprise comme il convient. Rien qu'à lire la Métapsychologie, on se rend bien compte de la difficulté de Freud et de comment là-dessus, c'est là que le bât a blessé, de sorte que, en ce qui me concerne, je manifesterais quelque irritation quand, dans les réunions, dans les revues et tout ça, j'entends un tripatouillage du terme de sujet : "on n'a plus de sujet, on maltraite le sujet, où est passé le sujet" et, au bout du compte, on ne sait plus de quoi on parle.

Stéphane Thibierge

Ce n'est pas ce que je vais faire !

Marcel Czermak

Non, non, j'espère bien ! Parce qu'on utilise le terme de sujet d'une façon ordinaire, courante, why not, mais enfin si ça évite d'avoir à traiter de la question du sujet analytiquement, dès lors que le sujet traité n'est ni une entité, ni une hypostase, il faut bien examiner, par ses concomitants, du côté de ce qui mène les femmes et les hommes. Alors, on sait bien que, une fois qu'on a dit que bien oui, ce sont les paroles qui nous mènent : c'est vrai ! Mais enfin, elles ont quoi comme conséquences ? J'avais fait un jour la remarque à Dessanti qui aimait bien les mathématiques, que moi, les mathématiques que je préférais, c'était celles de la déchirure. Ça lui avait bien plu. Prendre un papier et puis le déchirer. Évidemment, quand on est déchiré, on n'arrive plus à faire des trucs jointifs. Il n'y a rien à faire, on peut mettre un scotch, il y a un trou. Alors de quelle déchirure parlons-nous quand nous parlons de la déchirure des êtres parlants ? Parce qu'une fois qu'on est déchiré, on peut se brosser pour recoller les morceaux. On peut faire semblant avec du scotch, avec des rustines, enfin bref...

Tout cela pour en venir à ceci, qui m'a un peu surpris, il y a un mois, Bernard Vandermersch m'annonçant le titre des journées qui doivent se tenir demain : "L'approche de la psychosomatique à partir du noeud borroméen", me demande à la volée, en passant, si je n'avais pas quelque chose à raconter pour ces journées. Et là, manque de pot, je me suis engagé auprès de mes amis, à Besançon, à m'y rendre aujourd'hui même, de sorte que je ne serai pas là demain, je ne pourrai pas. J'ai d'ailleurs les meilleures raisons du monde puisque je leur ai fait faux-bond, à Besançon, il y a un an. Ça serait mal venu que cette année je leur fasse encore défaut. Je le regrette beaucoup. J'ai eu en plus la surprise de découvrir, quinze jours avant, qu'en plus il y avait une Assemblée Générale de l'ALI ce week-end, à laquelle je ne pourrai pas être... Vous ne le saviez pas ?

Stéphane Thibierge

Mais, si, quinze jours avant !

Marcel Czermak

Voilà, quinze jours avant. Je vais vous dire, c'est formidable, on a une organisation sensationnelle, même les artisans font mieux ! Mais oui, ils tiennent leurs livres au moins. C'est notre charme, ça doit faire partie de notre côté un peu brésilien ! Donc, néanmoins, le fait que Bernard me fait cette demande, il y a un mois, alors là aussi, je reçois mardi l'argumentaire pour ce week-end.

Approche des problèmes psychosomatiques à partir du noeud borroméen

L'holophrase, concept de Lacan pour rendre compte des manifestations psychosomatiques par la mise en continuité du signifiant avec le corps comme réel, est jusqu'ici l'horizon indépassable de notre réflexion.

Le noeud borroméen pourtant engage la mise en continuité dans une combinatoire dont l'exploration peut être éventuellement éclairante pour expliquer la diversité des manifestations psychosomatiques et réinterroger nos interventions.

Les séminaires RSI et Le sinthome seront interrogés à propos de cas étudiés lors de ces journées.

C'est signé Melman et, comme vous le voyez, c'est extrêmement circonscrit, extrêmement précis et ça parle premièrement de la question de l'

holophrase et deuxièmement, de savoir si le noeud borroméen est susceptible de nous éclairer sur cette affaire. Vous savez que les questions psychosomatiques ne sont pas mon truc. Pourquoi ? Je dois vous dire que je n'en sais pas grand-chose.

Christian Hoffmann

Tu te souviens Marcel, c'est intéressant, que notre ami Lucien Israël avait passé sa carrière sur cette question, qu'il attendait une chaire de psychosomatique qu'il n'a jamais eue et il se déclarait très perplexe, à la fin de sa carrière sur cette question de la psychosomatique en disant qu'il n'avait rien trouvé ! Il a même écrit après, qu'il n'avait rien trouvé de spécifique, quoi !

Marcel Czermak

Il faudrait quand même, qu'une fois dans ma vie, j'essaie au moins de me mettre au clair avec cela, même si c'est de façon tâtonnante et approximative ! Du coup, ça m'a amené à lire un truc très bien dans un numéro du Trimestre Psychanalytique des 30 et 31 janvier 1988 où, d'une façon disparate, hétérogène, hétéroclite, bordélique, toutes les questions que nous nous posons ordinairement sont fort bien détaillées et y compris les questions de topologie. Tu diras à René, Perla, que j'ai relu avec la plus grande attention ce qu'il avait écrit, j'y ai passé une partie de la nuit : une tentative de classification des manifestations somatiques où René reprend cette question de l'holophrase. En substance, j'espère que vous avez un peu en tête le séminaire sur L'envers, étudié cette année ? L'holophrase, c'est le collapsus de S1 et de S2, à savoir que la place de l'agent et la place de l'Autre, qu'on les dise symphysées ou indistinctes, il n'y a pas de distinction entre S1 et S2, c'est le même truc ! Cela part de la question de l'holophrase puisque Lacan, à propos des manifestations psychosomatiques, a évoqué ce terme d'holophrase. Néanmoins, rien qu'à le prendre comme cela, ça signifie que s'il est exact que dans notre métapsychologie lacanienne, la distinction du S1 et du S2 tient à la chute de l'objet petit a. Il s'agirait donc de manifestations où cette chute, liée à la castration, serait carente. Du même coup, bien entendu, surgit la question majeure de savoir si c'est le cas dans la psychosomatique, qu'est-ce qui la différencierait d'une psychose, puisque ce phénomène de l'holophrase, il y est autrement plus patent, plus visible, plus consistant, que dans les phénomènes psychosomatiques ?

Donc, qu'est-ce qui ferait la différence entre les phénomènes psychosomatiques et la psychose ? À ce moment-là, on doit faire appel à sa propre expérience et je dois vous dire que la mienne est plutôt limitée puisque, en clair, c'est quoi ? Suivant mon expérience analytique, en cabinet autant que mon expérience hospitalière, des malades à l'hôpital aussi bien que psychiatriques ; je n'ai malheureusement pas assez, dans ma jeunesse, eu l'occasion de naviguer d'une façon assez éclairée dans les services de gastroentérologie, de dermatologie ou d'ophtalmologie où, semble-t-il, toutes ces affaires pulluleraient et où il y a des gens plus dégourdis, plus calés, autrement plus expérimentés que beaucoup d'entre nous. Je dois vous dire que dans mon expérience analytique en cabinet, je n'ai jamais eu affaire à des gens qui avaient, à proprement parler, une maladie psychosomatique. Qu'il s'agisse des recto-colites, des maladies de Crohn, de psoriasis, ils ne demandent pas d'analyse, ils s'adressent plutôt aux médecins. Ceux que j'ai pu retrouver en consultation, c'était à l'époque où j'étais en excellente relation avec les chefs de clinique de l'hôpital Tarnier et des dermatologues, comme c'était des gens qui étaient en analyse et qui avaient un peu d'intuition, de temps en temps, m'adressaient les patients pour voir s'il y avait quelque chose de manoeuvrable qui permettrait que ces gens pivotent un peu et aillent mieux. Je dois vous dire que j'ai toujours fait chou blanc. J'ai pu éclairer mes petits camarades, mais en ce qui concerne ces patients, ça n'a jamais été nulle part.

Je vais vous raconter un truc : un chef de gare qui se trompe d'aiguillage, inch Allah, il n'y a pas de collision de train, mais le lendemain matin, il avait vraiment perdu tous ses cheveux. Ce n'est pas un hasard si dans la langue courante on dit : il a perdu ses cheveux, il s'est fait des cheveux, enfin visiblement, il avait passé sa nuit en faisant autre chose et le problème c'est qu'il n'a pas eu de truc lésionnel à proprement parler et j'ai eu beau le prendre par en haut, par en bas, à l'envers et à l'endroit, je n'ai pas pu accrocher quoi que ce soit. Six mois après, ses cheveux se sont évidemment remis à pousser, il était très content parce que ne plus avoir de cheveux, ça le mettait dans un état pas possible, il devait avoir un certain rapport phallique qui était tel que s'il n'avait plus ses cheveux, le reste ne devait plus marcher très bien. En revanche, et cela c'est très bien repéré dans ce volume du Trimestre de 1988, on peut voir avec le cross cap que la plupart des gens qui ont fait une vraie analyse, une qui va un peu loin, ont tous, à un moment ou à un autre, des effets psychosomatiques. C'est-à-dire que quelque chose a été là mobilisé, qui reste pour leurs analystes toujours énigmatique, qui ne s'offre pas à l'interprétation, qui est un truc irréductible, comme le serait effectivement, par ailleurs, une hallucination qui va répondre dans le réel. Ça, il s'agit de manifestation et non, à proprement parler, de maladie psychosomatique, comme le serait une rectocolite hémorragique.

Ce que j'ai vu le plus souvent, du côté de ce qu'on observe habituellement en matière de psychosomatique, c'est que chez les psychotiques, une manifestation extrêmement intéressante, je précise parce que lorsqu'on parle de psychosomatique, en général on parle de lésionnel et c'est bien distinct de l'hystérie : telle femme, démarrant un automatisme mental de première grandeur et qui, simultanément, avait des problèmes très électifs en ce qui concerne la question du regard : ces phénomènes élémentaires étaient centrés sur la question du regard et qui, simultanément, avait développé un eczéma périorbitaire en lunettes, donc un séquestre cutané de la zone orbitaire simultané de phénomènes psychotiques, pour autant que son regard était commandé par ce qui la regardait. Ce sont des choses qu'on observe assez fréquemment dans la psychose et de nombreux auteurs l'ont relevé, il y a des gens qui ont relevé un balancement entre les phénomènes psychosomatiques et manifestations psychotiques, cela a été relevé.

Quand j'étais jeune et que je prenais quelques petites fonctions au niveau clinique dans la région parisienne, il y avait un patient que je connaissais bien parce que c'était un homme qui faisait des accès mélancoliques assez régulièrement, traités par électrochocs, et l'électrochoc nettoyait l'accès mélancolique, mais ces accès mélancoliques étaient précédés, quinze jours avant, d'une poussée de psoriasis. Donc, pendant des années, le gars qui s'en occupait avait pris le parti, dès qu'il faisait un psoriasis, de lui faire un électrochoc. Pourtant, le psoriasis n'était pas une indication d'électrochoc ! Il lui faisait un électrochoc, le psoriasis guérissait et le type ne faisait pas d'accès mélancolique. Moi, quand je l'ai connu, il m'a dit : "Écoutez, ça fait dix ans que ça dure, on me fait un électrochoc et je n'ai pas eu d'accès mélancolique. Et voilà que j'ai un psoriasis et on ne me fera pas d'électrochoc !". Donc, il va voir les autorités et il déclare qu'il n'y aura pas d'électrochoc ; les autorités acquiescent. Quinze jours après, il a eu un accès mélancolique. Comme vous le voyez, ce sont là des faits cliniques bruts.

Telle femme que j'ai bien connue, une paranoïa sensitive absolument délicieuse, qui se tenait accrochée dans une secte plus ou moins bouddhiste qui l'exploitait par ailleurs, quand elle faisait un accès de paranoïa sensitive, elle avait, à proprement parler, un dermographisme de contact, à savoir que quand on lui changeait les lunettes, elle mettait ses lunettes sur son nez et elle faisait un eczéma de contact sur les points de contact de ses lunettes. Ou encore quand, par malheur, comme je l'aimais bien, je mettais ma main sur son bras, quand je retirais ma main, elle avait un dermographisme avec mes doigts. Il ne fallait surtout pas que je la prenne par l'épaule parce que ma main s'imprimait dans son dos. Il paraît que ces manifestations, il y a des vieux livres, j'en ai un à la maison, un vieux livre de photographie de l'Hôpital Saint Louis sur le dermographisme, on voit des photos du début du siècle où, curieusement, on a des marques comme ça. Il y a des types qui voient s'inscrire dans leur dos, c'est pas du bidon, c'est pas de la magie, c'est là une vraie question, ils ont dans le dos "Satan". Si je retrouve le bouquin un jour, je vous l'amènerai, mais sinon, il est à l'Hôpital Saint Louis. C'est assez marrant, "Satan"

Stéphane Thibierge

Il y a des photos ?

Marcel Czermak

Mais oui, parce que les types voulaient qu'on les croie, c'était des types sérieux et eux, ils étaient ahuris ! Alors, ils découvraient l'enchantement de ce genre d'affaire, quoi ! Une petite étoile qui se met à apparaître sur le corps, enfin, on dit que c'est de l'hystérie, mais enfin... C'est bien gentil, l'hystérie, mais enfin, jusqu'à présent, je n'ai pas rencontré d'hystérique qui se tatoue spontanément "Satan" sur les nichons !

(Rires)

Donc, nous naviguons là dans une zone extrêmement étrange, mais enfin, on peut remarquer différentes choses qui ont d'ailleurs été relevées par nos copains. Souvent, ce sont des manifestations qui se produisent au niveau des zones orificielles : les yeux, l'anus et autres, enfin, les orifices du corps quoi. Concernant ces lieux, ils ont l'air de toucher. Ce sont des questions embryologiques, ce que les embryologistes appellent l'endoderme et l'ectoderme. L'ectoderme, c'est ce qui, dans les feuillets embryologiques, donnera la peau, les yeux, comme le système nerveux et l'endoderme, ce qui donnera notre tube digestif. Apparemment, il semble que les dérivés de l'ectoderme et de l'endoderme seraient électivement frappés. Une fois qu'on a fait cette constatation, vous voyez que c'est quand même étrange, on se dit qu'il a dû y avoir une malfaçon d'origine. Enfin, ce genre d'explication qu'on peut faire est assez peu satisfaisante. Là, on commence à être un peu plus empoisonné, en tout cas en ce qui me concerne, quand on aborde des manifestations qui ne sont plus lésionnelles au niveau de ce que serait un organe, dans la région orbitaire ou la peau, parce que la peau est un organe.

Quand on examine, j'ai eu l'occasion de vous l'évoquer à propos de quelques remarques sur la question des pulsions, quand on aborde la question des fonctions, il y a des organes qui sont séquestrés, ça saigne dans le tube digestif, au point que si on n'arrive pas à calmer cela, on finit toujours par couper un morceau. Donc, des atteintes fonctionnelles, dont le cas le plus typique sont certaines hypertensions artérielles, l'hypertension artérielle, c'est une bouteille à l'ancre, enfin, ce qu'on appelle l'hypertension artérielle essentielle idiopathique, certains auteurs ont essayé de la caractériser, mais ils ont fait chou blanc. Une fois qu'ils ont décrit que c'était des mecs généralement un peu trop bouffeurs, un peu trop hyperactif, un peu trop anxieux, etc., cela qualifie 90% de la population ! Il faut dire quelle est la spécificité de l'affaire ! Quoiqu'il en soit, nombre d'auteurs se sont dit, à raison je crois, qu'il y a là quelque chose qui concerne un phénomène parfaitement susceptible d'avoir des incidences lésionnelles.

Une poussée d'hypertension artérielle carabinée, ça peut avoir des effets, vous faire péter un vaisseau et vous pouvez en sortir aphasique ou hémiplégique. Mais ça, c'est une conséquence. Le vrai phénomène, c'est que dans le fonctionnement quelque chose fait que la pression artérielle n'est plus maintenue à son niveau normal et qu'il y a là une espèce de dérégulation X qui fait que, tout d'un coup, ça se met à grimper et que ça atteint le fonctionnement. Pour aller dans ce sens, je voudrais récapituler... Enfin, ce que je vous raconte là, ce sont vraiment des trucs qui représentent pour moi, je ne sais pas comment... Si j'avais pu être là demain, je l'aurais exposé, ce sont des histoires fonctionnelles ayant des conséquences lésionnelles que j'ai pu rencontrer. Quand une fonction est atteinte, la lésion est obligatoire, à la différence de l'hystérie, encore que... Par exemple, ce destin cruel d'un garçon de trente-deux ans, un instituteur maghrébin qui arrive un vendredi soir avec une bouffée délirante carabinée, un type en parfaite santé et puis, le lendemain soir, il était mort. Pourquoi ? Il avait fait un infarctus du myocarde. Il était mort pourquoi ? J'en savais rien ! Comme il était musulman, il a bien fallu demander à la famille l'autorisation de faire une autopsie et il avait fait un énorme infarctus du myocarde. Un truc lésionnel et fonctionnel, il a fallu qu'il y ait un spasme d'une artère coronaire d'une violence telle qu'il en est mort. Ou encore, ça c'est un cas rare, on raconte beaucoup qu'il y a de plus en plus de gens jeunes qui font un infarctus du myocarde dans la trentaine et qui n'ont comme antécédent aucune raison. Ça aussi, c'est un problème.

Ce qui est extrêmement fréquent, c'est, par exemple, cela a été répertorié anciennement, quand quelqu'un fait un épisode aigu délirant d'égarement et qu'il perd tous ses repères symboliques, il n'est pas rare que, curieusement, on voie grimper des perturbations au niveau rénal et le rein, qui n'a rien, ne filtre plus. Cela a été décrit en 1921 par trois gars d'Henri Rousselle, cela s'appelle : "l'encéphalopathie aiguë azotémique" de Toulouse, Marchand et Courtois. Ils avaient repéré que dans des délires aigus, curieusement, le rein de marchait plus. On a trouvé à cela, bien sûr, toutes sortes de raisons physiologiques et autres, qui se sont toutes avérées aussi médiocres les unes que les autres, pour expliquer qu'un rein arrête de fonctionner alors qu'il a tout pour fonctionner. Donc, comme vous le voyez déjà, ce n'est déjà pas évident d'aborder les choses sous l'angle de ce qui serait un espèce de séquestre, d'inscription visible dans le corps, mais ça l'est déjà encore plus dès lors qu'on aborde la question sous l'angle de ce qui commande une fonction, étant entendu, dans la plupart des cas, que les lésions sont liées à quelque chose qui, dans la fonction, a déraillé. À le situer du côté de l'holophrase, c'est au moins l'indication, en tant que l'holophrase, rien ne dit qu'il s'agit d'un mécanisme qui serait d'une spécificité quelconque puisqu'il vaudrait, si on fait crédit à Lacan, aussi bien pour les phénomènes psychosomatiques que pour les psychoses ou la débilité. Ça a quelque chose qui concernerait l'absence de chute de l'objet petit a dont nous savons quand même, à travers la théorie des pulsions, que ça concerne la fonctionnalité même de l'organisme et, du coup, vous voyez bien comment on est amené à un problème de topologie, à savoir dans quel type de corps on est entraîné et comment ça réagit, pour autant que chacun d'entre nous à tel ou tel moment est susceptible de présenter ces manifestations et qu'il y en a certains qui développent des vraies maladies et puis que d'autres, qui sont psychotiques, de présenter de façon alternée, pourquoi dire psychosomatiques, des manifestations somatiques. Et puis on peut amplifier l'affaire en disant qu'on oublie toujours ceci, c'est que pour autant que chacun d'entre nous, par exemple, a une oralité spécifiée, aucun d'entre nous ne bouffe de la même façon, chacun de nous a sa démarche identifiable, chacun a son type de pulsation, de rythmicité, attendu que c'est quelque chose de peu mobilisable. D'ailleurs, ce n'est pas l'analyse qui modifie beaucoup la démarche de quelqu'un. Bien sûr, qu'un type se tienne bien droit debout, on peut considérer que c'est un certain succès, enfin, ça ne fait pas partie des effets fondamentaux, chacun a sa silhouette identifiable et même si le Fregoli, on l'habille autrement, à moins qu'il soit un grand acteur, on aura beaucoup de mal à ne pas l'identifier rien qu'à sa démarche, à cinquante mètres.

Un grand problème chez les militaires, par exemple, quand on veut mettre un type dans les services de renseignements, comme il a été habitué à marcher au pas - vous connaissez la démarche des militaires qui ont été longuement entraînés - quand il faut les désilhouetter, c'est une autre paire de manches ! C'est un des vrais problèmes, c'est une des grandes activités des formateurs de la DGSE : comment vous faire perdre votre silhouette ? C'est-à-dire que c'est un syndrome de Fregoli à l'envers, vous voyez le truc ? Là, on a affaire à un phénomène qui est purement somatique, qui concerne la motricité et la praxie et qui peut altérer les fonctions vitales. Vous pouvez toujours essayer de remuer le bassin comme une Africaine, mais vous n'y arriverez pas ! Une Africaine, qui serait blanche, on la reconnaîtrait rien qu'à la façon de remuer ses hanches. Il y a des trucs qui sont inscrits dans le corps de façon telle que c'est tout à fait irréductible. Je vous dis cela parce que c'est le bout par lequel j'aurais essayé de prendre les choses à propos de la psychosomatique.

J'ai mis l'accent à plusieurs reprises sur le fait que chez Freud, la théorie des pulsions que nous oublions toujours, c'est à mes yeux du moins, sans le moindre doute, une façon analytique, la façon freudienne, de reprendre toute la grande question des fonctions, lesquelles ne sont jamais étudiées comme telle. Il est certain que Freud n'était pas ignorant des travaux de Bichat, pas plus que des travaux de Claude Bernard, pour autant que la théorie des pulsions, c'est la réponse de Freud, d'ailleurs bien malin qui dira, il ne s'étend pas là-dessus dans sa Métapsychologie, qu'il l'ait su ou pas, cela ne change rien au problème parce que c'était un homme de cette époque, que la théorie des pulsions soit une réponse à la question de ce qu'est une fonction.

À le prendre sous cet angle, il y a peut-être un abord possible, parce que ça pose la question de ce qu'est un corps et avec tous les problèmes topologiques qu'on peut avoir du même coup, parce qu'un corps n'est pas le même selon que l'objet petit a chute ou pas. Mais à le prendre sous cet angle, ça nous pose le problème de sous quel angle pourrions-nous prendre la question de la théorie des pulsions et la théorie du refoulement pour avoir un éclairage de ces questions de psychosomatique ? D'autant que tout le monde nous dit, en tout cas ceux qui ont de l'expérience, que dans les manifestations de maladies psychosomatiques, on sait très bien que les patients ont une pensée opératoire, qu'ils n'ont pas de fantasme, qu'ils n'ont pas d'énonciation, qu'ils se mettent à causer et que c'est purement factuel, ce ne sont que des purs énoncés et qu'on finit par s'endormir parce qu'on se demande pourquoi on les voit et que tout cela est pétrifié. Enfin, on se demande, à ce moment-là, qu'est-ce qui différencie cela d'une psychose ? Pourtant, ce n'est pas toujours le cas... Hum ?

Stéphane Thibierge

Non, je pense à un cas que je suis depuis des années avec une maladie de Crohn et la question que je voulais vous poser souvent, c'était exactement ce que vous décrivez là, Marcel, c'est-à-dire que effectivement, on avait l'impression d'une pure factualité, qu'il n'y avait pas d'énonciation, mais il n'y avait pas de phénomène élémentaire, en tout cas, il n'y en avait pas de repérable, et puis un jour, elle a disparu.

Marcel Czermak

Donc ce sont des choses auxquelles les types qui s'y sont intéressés l'ont remarqué, dès lors qu'on se met à dire qu'ils n'ont pas de fantasme, qu'il n'y a apparemment pas de fantasmatique, ça veut dire quoi ? Si on veut rester très lacanien, si c'est pas S barré poinçon petit a, c'est-à-dire une disjonction de l'objet qui vient commander le sujet, le sujet amputé de son objet ce qui pose un problème redoutable, un vrai problème psychologique pour autant que pour beaucoup, pour ce que j'ai pu en rencontrer en tout cas, du côté de la psychosomatique, c'est qu'il y a des zones de refoulement assez excessives et puis néanmoins, il se trouve que la question du fantasme, du fait de... je ne suis pas sûr qu'il y ait des manifestations psychosomatiques, mais des maladies psychosomatiques comme les Crohn ou les RCH, c'est une question majeure avec la question corrélative, si c'est le cas, jusqu'à quel point eux-mêmes sont-ils en position, dans la mesure où il s'agirait, là encore, c'est une holophrase, d'un collapsus du sujet divisé avec l'objet, dans quelle mesure il serait en position de pur objet ? Moi, je n'en ai pas l'expérience, mais ça fait partie des questions évidemment qu'on ne peut pas ne pas se poser, d'autant que corrélativement ça soulève la question du rapport phallique et on n'ignore pas que c'est souvent lors des moments d'atteinte et de vacillation de la question phallique que ces phénomènes se déclenchent, que ce soit au titre de manifestations brèves ou que ce soit sur le long cours de quelqu'un qui souffre de la maladie.

Vous voyez que je soulève là des questions évoquées de longue date et je n'ai pas beaucoup d'idées concernant la façon de les traiter parce que quand on me dit que ce sont des gens desquels nous n'avons pas l'impression qu'ils ont une énonciation, qu'ils ne disent que des purs énoncés, on commence à être inquiet ! De quoi s'agit-il ? Quel est le rapport à l'Autre ? Quel type de jouissance ? Enfin, toutes ces questions bateau, nécessaires et incontournables, par lesquelles on doit pouvoir aborder ces questions et qu'on essaie de les aborder.

Quelles sont les réponses que nous observons, dans le réel, quand un sujet est interpellé là où il ne peut pas répondre ? Dans mon catalogue personnel, il n'y a guère que quatre conjonctures. La première : la plus grosse, la plus massive, la plus connue, la plus fréquente, c'est l'angoisse qui répond dans le réel. Là aussi, nous savons bien que l'angoisse comme telle, en tant que manifestation somatique, n'est pas analysable. On peut analyser ses concomitants, mais l'angoisse comme telle, ça ne se prête pas à l'analyse. La deuxième : l'hallucination.

Également une réponse dans le réel qui ne se prête pas à l'analyse, mais on peut éventuellement analyser ses concomitants et encore... Trois : les phénomènes de structure extrêmement proches de la psychose et parfois identiques à la psychose que sont le passage à l'acte et, plus latéralement, l'acting out, enfin, le passage à l'acte essentiellement. Finalement, quatre : les phénomènes psychosomatiques que nous qualifions comme tels parce que nous ne savons pas de quoi nous parlons. Enfin, nous avons une intuition qui vaut ce qu'elle vaut, concordante et étayée, il n'y a strictement aucune raison de le rejeter, même si à mesure qu'on approche du truc, il vous fuit davantage. Ma position là-dessus était la suivante, en matière de pulsions, je ne sais pas si je vous l'avais évoqué, j'avais eu l'occasion de l'évoquer au Collège d'enseignement pour psychanalystes en formation, c'est la question du refoulement originaire.

Après ce texte absolument vertigineux sur la question des pulsions, Freud aborde la question du refoulement et il est clair que Freud n'est pas très à l'aise, mais on considère qu'il y a eu un gros pas de fait en avant, c'est certain, même s'il n'est pas clair.

Vous voyez, c'est intéressant parce que sur le plan des questions de méthode, il n'est pas nécessaire d'être sûr de son coup et assuré de son fait pour avancer ; vous pouvez traverser un marécage avec ou sans bottes et parfois sans même savoir que c'est un marécage. Enfin, cela n'empêche pas de le traverser. Parfois, évidemment, on s'enfonce, on s'enlise. Freud démarre, pris dans sa métapsychologie, une fois de plus. Donc, le chapitre qui suit la théorie des pulsions, c'est le refoulement et là, il démarre avec le refoulement originaire. C'est formidable, dans la petite édition que j'ai, cela fait dix petites lignes. Il dit : "Nous sommes donc fondés à admettre un refoulement originaire, une première phase du refoulement qui consiste en ceci que le représentant psychique (représentant-représentation)", en fait le mot allemand c'est le Vorstellungsrepräsantanz, "de la pulsion se voit refuser la prise en charge dans le conscient, avec lui se produit une fixation, le représentant subsiste, à partir de là, de façon inaltérable et la pulsion demeure liée à lui. C'est là une conséquence des propriétés du processus inconscient dont nous parlerons ailleurs". Une fois que Freud a lâché ça, ce n'est pas grand chose, il dit que le deuxième stade, c'est le refoulement proprement dit, "proprement dit". Alors là, nous sommes en terrain connu, il y a les mécanismes de condensation, déplacement, de formation de compromis et les vrais représentants de la représentation, les vrais Vorstellungsrepräsentanz. Dans les quelques lignes précédentes, ça laisse sous-entendre ce que, pour ma part, j'ai essayé à plusieurs reprises de faire valoir, c'est qu'il peut très bien y avoir des représentants sans représentations, la preuve : l'hallucination. L'hallucination, c'est un représentant sans représentation.

Du coup, si on prend les choses sous l'angle de nos réponses dans le réel, les quatre types que j'ai cernés - il y en a peut-être d'autres, après tout, je n'en sais rien, mais ce sont là les quatre qui m'apparaissent - ces réponses dans le réel, ce sont des représentants sans représentations, c'est pourquoi nous ne pouvons avoir là-dessus aucune prise. Qu'il s'agisse de l'angoisse, des hallucinations, des passages à l'acte ou des phénomènes psychosomatiques, c'est assez marrant quand on lit les descriptions de crises d'infarctus du myocarde, la caractéristique classique, inexorablement, les cliniciens ont noté : angoisse de mort. En quoi l'angoisse et l'angoisse de mort seraient... ils ont noté quelque chose d'une tonalité spéciale qu'ils ont appelé l'angoisse de mort. Pourquoi est-ce qu'ils ont cru devoir là-dessus mettre ce mot alors que toute angoisse comporte la dimension de la mort. Enfin, il y a là une tonalité particulière de l'angoisse, qu'on retrouve aussi bien dans des grandes crises d'angoisse psychotique où il y a des angoisses de réplétion, de plénitude, etc. Mon hypothèse là-dessus est plutôt la suivante et c'est pourquoi je m'étais permis d'avancer sur ceci, c'était que quand nous avons des signifiants et y compris analytiques sur la table, nous avons du mal à nous en dépêtrer.

Donc, il y a le refoulement originaire et le refoulement proprement dit, et si ces refoulements originaires n'en étaient pas à proprement parler un ? Ce ne serait pas un refoulement, à savoir que le bébé tout petit est dans une position d'indistinction de S1 et de S2, parce que son corps et celui de l'Autre, c'est le même ; le sein de sa maman, c'est son corps propre. C'est-à-dire que le couteau qui va découper l'Autre et le sujet, c'est le même qui le divise simultanément. Il faut, pour sa socialisation, son oedipianisation, sa normalisation, que d'une façon, il ait perdu son objet, qu'il ait été amputé. Pourquoi ne qualifierait-on pas ce refoulement originaire de forclusion primitive ? A fortiori, quand Lacan évoque ceci dans commentaire du rapport Daniel Lagache que, par exemple, les sentiments de déjà vu, il mentionne que c'est la phénomène qui apparaît pour quelqu'un quand il est sollicité en un point qui est à la limite de la symbolisation, ce qui fait apparaître ces sentiments de déjà vu qui, en tant que tels, ne sont pas analysables, ce sont les franges de la symbolisation, c'est-à-dire comment ce qui est forclos revient dans le réel.

Je vous rappellerais que, bien avant que Lacan fabrique son concept du Nom du père, il avait parlé de forclusion, c'est-à-dire de ce qui est forclos du symbolique va apparaître dans le réel, ce qui est bien distinct de la forclusion du Nom du père, ce qui suppose qu'à partir du moment où on est pris dans le langage, qu'on le veuille ou pas, il y a des trucs qui ont été forclos pour les uns et pour les autres et qui seront à tout jamais irrattrapables et qu'à être sollicité sur ce point, à tout jamais disparu, il y a des représentants sans représentation et qui peuvent aussi bien apparaître. Alors, effectivement pourquoi pas les phénomènes des psychoses et des manifestations psychosomatiques, l'angoisse, etc. ? Donc, je ne serais pas éloigné de penser que certainement, l'une des voies d'abord des phénomènes psychosomatiques devrait partir de ce qui serait pour nous l'élucidation de ce que nous appelons refoulement originaire, c'est peut-être une voie fausse. Enfin, ce serait plutôt la voie qui se présenterait à moi, que cette voie concerne directement des questions topologiques, à savoir comment, dès que le refoulement secondaire est installé avec ces mécanismes habituels, on a d'ores et déjà affaire à un corps de type torique qui est celui du névrosé et que le temps d'avant, évidemment, celui qui permet que ce corps devienne torique qu'il se produise là un certain nombre d'effets qui, pour chacun, mettent de côté, apocopent, éliminent, toute une série de possibilités de saisie dont, le cas échéant, à les mobiliser, on aurait aussi bien des manifestations psychosomatiques, comme l'analyse le révèle chez presque chacun, éventuellement, c'est de plus grande ampleur, des maladies psychosomatiques et puis, avec la question qui est majeure comment cette phase là, qui est donc antécédente, préalable, a les incidences les plus déterminantes sur la fonctionnalité de l'organisme. Il suffit d'avoir un peu pratiqué les enfants pour, avec un peu d'expérience des enfants et des adultes, pouvoir se rendre compte comment un enfant de deux ans marchera à vingt ans. Sans excessivement être cognitif, parce que nécessairement, on essaie de nous faire dire les choses à partir de la génétique, ce qui n'est certainement pas la meilleure des choses.

Donc, voilà ce que je voulais vous évoquer ce matin, Charles Melman suggérait le noeud borroméen, c'est-à-dire la mise en continuité dans une combinatoire, combinatoire qui n'est pas la même que dans R S I. Parce qu'avec dans R S I, il y a toute une autre combinatoire préalable, dont l'exploration pourrait éventuellement être éclairante pour explorer la diversité des phénomènes psychosomatiques et réinterroger nos interventions, ce qui est extrêmement judicieux parce que c'est déjà arrivé, nous avons tous eu déjà le témoignage, même si on ne l'a pas connu, qu'une intervention malencontreusement un peu trop juste, déclenche effectivement des trucs tout à fait radicaux. Alors, évidemment, soi-même, on est aveugle ! C'est-à-dire qu'à toucher ainsi certaines zones, évidemment, le névrosé peut encaisser, mais même un névrosé a ses zones où ça n'encaisse pas. Donc, à ne pas pouvoir encaisser, ça va répondre. Voilà ce que je voulais vous raconter ce matin, donc les collègues essaieront de réinterroger tout ça à partir de RSI et le Sinthome. Je crois que c'est extrêmement bienvenu, utile et pertinent. Comme vous le voyez, je reprendrais ces questions de beaucoup plus loin, autour des concepts bizarres et énigmatiques qui a fait couler des bouteilles d'encre, mais qui demeurent virgo intacta. Voilà ce que je ne dirai pas demain.

Christian Hoffmann

Je voudrais te remercier, Marcel, pour cette année de séminaire très riche et intéressante, très importante pour moi dans mon expérience d'analyste et d'analysant, notamment et tout particulièrement la leçon d'aujourd'hui. Je dois dire que je n'ai rien entendu de plus fin depuis les leçons de Lucien Israël, ce qui remonte à vingt ans pour moi, sur cette question. Alors, quand on remercie quelqu'un parce qu'on a reçu quelque chose, il faut donner quelque chose en échange, quand même ! Cela m'a rappelé une patiente, que j'ai vue il y a très longtemps à Strasbourg, quand j'y étais. Séquence très courte : une patiente qui avait pour la seconde fois de son existence une pelade pendant sa thérapie, elle commence à perdre les cheveux et elle voulait me montrer, dans une séance, sa pelade, il y avait un trou et il n'y avait plus de cheveux. Je me suis rappelé ce que Lucien Israël nous avait dit : "si vous donnez votre regard comme complément à un symptôme, on vous en montrera de toutes les couleurs". Je lui ai refusé mon regard, vraiment, ça m'a pris comme ça, sans réfléchir et je n'ai plus jamais entendu parler de sa pelade, je l'ai vue pendant des années et elle n'a plus jamais fait de pelade par la suite. C'est très curieux !

Marcel Czermak

C'est vraiment très curieux. Vous me direz ce qu'il y a eu pendant ces journées auxquelles je suis navré de ne pas pouvoir assister, mais je ne peux pas faire à nouveau faux-bond à mes amis de Besançon.

Allez, au 5 octobre prochain !

(*) Transcription d'Annie Deschênes

Notes
Bibliographie