Psychanalyse et identité

 
  • Imprimer
  • Envoyer

Chronique plurimondialiste (IV) : le livre d'Emile H. Malet "Al-Qaida contre le capitalisme"

Auteur : Pierre-Christophe Cathelineau 26/11/2004

Bibliographies Notes

Écrit sous les auspices du Politique de Platon, le livre d'Emile H. Malet tire quelques enseignements précieux de ce que fut la réaction de l'Occident à l'événement du 11 septembre 2001, mais il propose surtout avec brio une analyse de la situation internationale, politique et économique, qui évalue les conséquences de la mondialisation.

"Fougueux" furent les Américains qui s'engagèrent dans la guerre en Afghanistan et en Irak et "modérés" furent les Européens qui défilèrent un peu partout pour scander avec passion des slogans pacifistes. Fort de ce constat, Emile H. Malet prend une égale distance avec le zèle guerrier et manichéen d'une hyperpuissance égoïste qui rencontre en Irak l'obstacle du réel, mais aussi avec cette modération qui dicte la lâcheté face au terrorisme international, comme si l'étrange désordre que décrit Emile H. Malet résultait en fait du concours paradoxal d'une force sans limite et d'une faiblesse sans honte. Pour lui en effet les Etats-Unis et l'Europe traversent chacun à leur manière une crise institutionnelle et sociale qui fragilise le lien entre des nations devenues égoïstes sous l'égide de la mondialisation. Les Etats-Unis, parce que le déploiement de la puissance masque difficilement les déchirures d'une démocratie d'opinion, gangrenée par les sondages et les lobbies, qui évolue au gré d'un capitalisme sans valeur. L'Europe, parce qu'elle est incertaine de son modèle social solidaire (sécurité sociale, assurance contre le chômage, services publics) que la globalisation et l'intégration de nouveaux Etats remettent en cause et qu'elle hésite à se doter de fondations politiques véritables : une constitution et une gouvernance commune.

Ce capitalisme sans valeur a "défilialisé" la relation que le sujet entretenait à son travail au point de rendre précaire et impraticable. Emile H. Malet dresse un bilan sans complaisance du monde tel qu'il va ou plutôt qu'il ne va pas, parce qu'il fait symptôme.

Le terrorisme constitue dans ce contexte une menace endémique et diffuse pour les démocraties libérales, mais également pour un monde musulman qui dans le chaos des attentats risque de manquer le tournant d'un progrès politique et économique, en choisissant le fondamentalisme contre la démocratie. La mollesse de l'Europe et sa propension à distinguer les bons des mauvais terroristes entraîne de sa part une indulgence étrange. Ce n'est pas sans pertinence qu'Emile H. Malet rappelle à ce propos l'ambiguïté des positions européennes sur le conflit israélo-palestinien, soulignant par ailleurs que la solution passe par la mise à l'écart des revendications extrémistes dans les deux camps : ni le maintien des colonies dans les territoires palestiniens, ni le droit au retour des réfugiés ne peuvent constituer une base acceptable de négociations.

L'auteur nous invite à adopter une attitude circonspecte devant l'émergence d'un nouveau concept : le développement durable, en insistant sur les déséquilibres Nord-Sud : c'est en remédiant au sous-développement par une politique internationale concertée que le développement à quelques chances d'être durable et surtout mieux réparti.

Ce livre est donc un bel ouvrage de réflexions, où l'auteur ne sacrifie pas à une pensée politiquement correcte. À l'antiaméricanisme primaire de notre opinion publique, il oppose une analyse raisonnée du contexte international.

Notes
Bibliographie