Psychanalyse et droit

 
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Récidive ?

Auteur : Michèle Dokhan 15/07/2007

Bibliographies Notes

Le Sénat s'apprête à débattre à compter du 5 Juillet d'un projet de loi sur la récidive des mineurs délinquants, projet qui suscite de nombreuses inquiétudes. Un appel à moratoire est lancé pour un "Grenelle de l'adolescence" qui "permette une évaluation des politiques publiques et des réformes législatives successives".

Comment, devant un tel projet, nous placer dans une perspective qui ne soit pas simplement compassionnelle ou réactive ?

Le signifiant "récidive" nous interroge : ce qui revient, retombe.

Le Réel est ce qui ne peut être symbolisé : un symptôme vient alors faire appel qui sans cesse se répète, faute de pouvoir être entendu.

Une fois mises en perspective les lois réformant le droit familial et les lois pénales, il s'avère, chose étrange, que l'enfant est devenu "le support identificatoire de la famille" (1), que son intérêt prévaut au point qu'il devient associé à toutes les décisions de ses parents et qu'il peut à ce titre les contester devant le juge. Première entame à l'autorité symbolique.

L'enfant ainsi placé en quasi parité avec ses parents ne peut se construire comme sujet : le devoir d'obéissance de l'enfant disparaît tandis que le pouvoir de commandement des parents est restreint par la loi au profit de ce qu'il en serait de son intérêt. Corrélativement, "Une architecture logique est mise à bas dans le seul but d'extraire la protection de l'enfance du chapitre consacré à l'autorité parentale" note Alain Bruel (2).

Ajoutons-y le fait que le droit autorise des "transferts" d'autorité parentale au profit de tiers.

Or la clinique nous enseigne que lorsqu'un sujet est pris dans plusieurs adresses, aucune ne vaut, aucune ne fait travail.

Ainsi en est-il d'une jeune fille placée dans une famille d'accueil. Elle ne peut pas parler à la psychologue de la DASE, car ce qu'elle dit est "rapporté" à la famille. Elle est suivie à l'école par un psychologue scolaire pour ne parler que de "dyslexie handicapante", et comme l'enseignant, en charge de pédagogie, oppose une fin de non recevoir à ses questions, elle demande à rencontrer un 3ème psychologue pour pouvoir parler d'elle.

Ce cas rapporté par un pédagogue (3) montre une des impasses auxquels expose une dilution du transfert.

Alors que le postulat de l'autonomie de l'enfant fait son entrée dans le droit, les figures de l'enfant abusé, victime de...ou délinquant s'imposent. Il vient, dans cette configuration, compliquer le rapport à l'autorité, aggraver le désarroi ou le désintéressement de parents qui ne savent plus comment dire à leur enfant la difficulté de grandir, car toute confrontation devient traumatisme.

L'écriture du fantasme qui semble être prévalente aujourd'hui pour un enfant n'est plus dans la formule : "on bat un enfant" mais "on me doit".

Quoi de plus logique que de voir cet enfant élu devenir déjeté quand l'inscription dans le symbolique a été ainsi "désinstituée" ?

Ce projet change-t-il la donne ? Il s'agirait plutôt d'un colmatage de plus. Quand le symptôme n'est pas entendu, comment peut-on traiter la récidive ?

Alors, un "Grenelle de l'adolescence" ? Oui certainement, afin de repenser la place donnée à l'enfant désemparé par cette "autonomie".

Si le droit de la famille favorise l'autonomie de l'enfant, il ne faut pas que cela soit au risque de la mettre au service de ses pulsions, c'est-à-dire, avant qu'il ait pu construire sa subjectivité en prenant appui sur un Autre barré et non récusé.

Notes :

(1) Mission d'information sur la famille et les droits des enfants : Rapporteur V. Pecresse. Février 2006.

(2) Alain Bruel : ex-Président du Tribunal pour enfants de Paris. Audition du 13 08 04.

(3) Vignette reprise à un collègue lors de la journée EPEP du 30 06 07

Notes
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