Psychanalyse et droit

 
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L'euthanasie dans les médias français

Auteur : Nathanaël Majster 11/06/2002

Bibliographies Notes

Un article paru dans le MONDE du 23 mai 2002 a paru mériter un peu d'attention. Il concernait en effet la Diane Pretty française, Dominique Knockaert dite "Mino", adulte tétraplégique et militante de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité. L'article s'intitulait "Le CRI de MINO, qui ATTEND LA MORT".

L'article est étonnant en ce qu'il fait campagne, avec passion, pour l'euthanasie en prenant appui sur la demande de Mino, sans jamais engager la moindre réflexion d'ordre théorique ni prendre de recul critique sur cette revendication nouvelle.

Le procédé est assez exemplaire de la manipulation couramment à l'œuvre dans la presse : identification à la souffrance de la "victime" présumée, identification subséquente du "salaud", conclusion sans dialectique.

La victime d'abord : son sort est "au quotidien, la douleur silencieuse d'une famille et l'exclusion d'une société qui la considère pour le moins avec dégoût, avec sadisme pour le pire". La jeune fille est tout de même diplômée de Lettres modernes…mais l'article résume sa vie comme une succession de calvaires sans fin, depuis "la méchanceté des adolescents qui la tyrannisent ou l'ignorent…" jusqu'à la nécessité de gravir "sur les fesses" les marches qui la mènent vers l'isoloir lors des dernières élections.

Les "salauds" ensuite : les médecins tout d'abord. Celui qui était de garde lors de la naissance et qui n'était pas là lors de l'accouchement alors qu'une "césarienne était prévue". Le "médecin menteur" ensuite "qui lui avait juré qu'elle remarcherait un jour avant de l'harnacher d'un système de sangles…". On comprend à la fin de l'article que "cette fois, mère et fille se passeront de tout médecin" lorsque la loi tant attendue sera votée. Ensuite, évidemment, les hommes politiques qui ne prennent pas la peine de répondre aux courriers de Mino et qui maintiennent "une loi exposant la personne complice à trente ans de prison, à l'instar des criminels les plus monstrueux, alors que le geste est d'amour !".

Car cette journaliste aime Mino avec passion…et n'hésite pas à porter les jugements les plus ambigus sur toute sa vie. En témoigne la façon dont l'article se conclut et qui mérite lecture : "C'est donc sur sa mère que Mino peut compter. Ginette qui ne l'a jamais abandonnée, qui renonçant à toute activité professionnelle est venue vivre au second étage du pavillon de Pantin pour s'occuper de sa fille au quotidien. Même si la gamine impertinente reçut d'elle bien des claques, auxquelles elle avait la rage de ne pouvoir se soustraire. Pour avoir fait cadeau à Mino de pareille vie, Ginette est prête – c'est bien le moins - à lui donner la mort".

Comme on le voit la mère est coupable d'avoir donné une vie défectueuse, qui ne mérite pas d'être vécue, et est prête car c'est bien le moins…c'est bien le moins…à exécuter sa fille pour se racheter.

Voilà comment la conclusion est imposée au lecteur pour le faire basculer vers le prêt à penser moderne. Relevons combien ces éléments sont actuels (et nous rappellent la discussion sur l'arrêt Perruche) : ils tiennent la vie pour quelque chose de ringard, et se servent de la figure de la victime pour légitimer ce qui s'annonce déjà comme un mode de gestion du parcours de la vie.

Car enfin, vous qui lisez, quel argument auriez vous à opposer au regard malicieux, au visage tordu mais rayonnant de Mino ?

Notes
Bibliographie