Psychanalyse et droit

 
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L'Appel comme d'Abū (*)

Auteur : Jean Périn 20/07/2008

Bibliographies Notes

L'arrêt du Conseil d'État (encore lui) rendu le 27 Juin 2008 (voir le Monde du 12 Juillet) a de quoi réjouir et le psychanalyste et le juriste.

Faisa M. se voit refuser la nationalité française bien que mariée à un Français. Elle parle français.

Mais la postulante s'était présentée aux autorités de police en burqa. La Commissaire du Gouvernement, Emmanuelle Prada-Bordenave, insista sur la tenue vestimentaire de la candidate : elle était « recouverte du vêtement des femmes de la péninsule arabique, longue robe tombant jusqu'aux pieds, voile masquant les cheveux, le front et le menton et une pièce de tissu masquant le visage et ne laissant voir les yeux que par une fente ».

Ce portrait évoque les célèbres photographies du psychiatre, maître de Jacques Lacan, Gaétan de Clérambault, représentant des femmes musulmanes entièrement recouvertes par l'habit.

Photographies nous faisant nous interroger sur ce qu'il y aurait à voir en les dessous de cet habit là.

Et le trait essentiel, pour le Conseil est (à noter la grande quantité d'observations visuelles de notre police) la pièce maîtresse « une pièce de tissus ne laissant voir les yeux que par une fente ».

Les examinateurs ont eu, oui vraiment, le regard de Velasquez peignant l'Infante d'Espagne, très costumée elle aussi, mais à visage découvert. Toutefois, la fente de la robe de l'infante ne laisse rien voir tandis que la fente de la burqa de Faiza laisse voir les yeux.

Le juriste aussi peut se réjouir. S'il voit Faiza M. comme une religieuse cloîtrée dans son vêtement, lui viendra à l'esprit l'ancienne procédure de L'Appel comme Abus (toujours en sommeil dans le bureau des Cultes du ministère). Cet appel, sous l'ancien régime, sanctionnait l'abus de pouvoir, soit du juge civil (royal) soit du juge ecclésiastique. Sauf que, dans l'affaire Faiza M. c'est le juge civil qui se fait juge du religieux !

Donc, abus de burqa. Pour la nationalité, Faiza, elle peut mettre les voiles et aller se rhabiller autrement. Ce n'est pas ainsi qu'en France, on jouit des femmes. Voilà ! Mais ce n'est pas ce que dit le Conseil qui emmaillote l'objet du litige « des valeurs essentielles de la communauté française, et notamment le principe de l'égalité des sexes ». Les sacro-saints Droits de l'Homme.

Ce qui est reproché à la demandeuse par la Commissaire du Gouvernement, c'est de « vivre dans la soumission totale aux hommes de sa famille (mari, père et beau-père). » Un comble ! Le dessin du Monde met dans la bouche de Faiza M. cette réplique humoristique  «  La burqa ?, c'est mon mari français qui me l'impose ! ».

Arrêt injuste ? Non. Mal a-justé.

Se fait sentir la nécessité de créer dans notre pays une juridiction religieuse indépendante. Le Groupe de Cordoue pourrait s'y atteler.

En tout cas, Madame Faiza M. en s'exhibant comme elle l'a fait, a soulevé un lièvre. Elle a ressuscité, un peu d'esprit ne peut nuire, la vielle querelle du Sacer-d'os et de lou-pire (1).

Notes

Notes :

(*)Le trait sur le U d'Abū évoque les noms arabes et bien sûr la fente laissant voir les yeux

(1) Le Trimestre Psychanalytique, n°3, 1996, « Le théologico-politique ».

Bibliographie