Cet autre amendement...
Auteur : Nathanaël Majster 01/12/2003
Au moment où j'écris ces lignes il ne fait plus de doute que l'amendement Garraud instituant un délit d'interruption involontaire de grossesse a fait long feu. Aucun homme politique de l'actuelle majorité n'a pris le risque de le soutenir, laissant à un courageux mais obscur député le soin d'essuyer la salve prévisible.
Elle fut à la hauteur : éditorial du Monde, déclarations fracassantes d'hommes politiques de gauche et d'intellectuels féministes, ligues des droits de l'homme, lâchage à droite etc. On s'accorde largement à dire que cet amendement menace l'IVG comme la médecine en général.
Ceux qui auront lu nos chroniques passées savent qu'il n'en est rien, et regretteront que la désinformation prime constamment sur l'information. Cet amendement visait à corriger les effets de l'arrêt de l'Assemblée Plénière de la cour de cassation de juin 2001 que nous commentions sur ce site en septembre 2001. Le lecteur curieux s'y reportera pour constater qu'il est donc impossible d'offrir ni protection à une femme enceinte contre les atteintes qu'elle peut subir (en voiture ou du fait d'actes médicaux fautifs), ni d'instituer de protection du foetus. Une femme qui veut avorter est donc mieux protégée que celle qui veut garder son enfant, car la première dispose d'actions contre le médecin dont la faute ne lui a pas permis de d'avorter. En effet, les médecins disposent d'une immunité contre les conséquences de leurs actes fautifs pour l'enfant à naître et sa mère. Les médecins, à qui l'arrêt Perruche faisait quasi-obligation de faire avorter un enfant malformé, peuvent donc maintenant commettre toutes les fautes sans être inquiétés. Le point commun : c'est toujours au détriment de la préservation de la vie qu'agissent ces forces juridiques.
Que les généticiens craignent la création d'un statut de l'embryon peut se comprendre : cela entraînerait contrôles et restrictions dans le champ actuellement sans entrave réelle de la manipulation des embryons surnuméraires.
Que se range derrière eux tant de monde, aussi vite, sans qu'aucun souci d'information, de discussion contradictoire n'apparaisse est plus surprenant et inquiétant pour notre démocratie.
Nous aurons l'occasion de revenir sur ce nouveau droit, qui accorde sa protection en fonction des intérêts de la biologie.
