Ca nous vient d'Amérique !
Auteur : Nathanaël Majster 18/04/2002
Le bulletin de la BBC en date du 8 avril nous a apporté un cas pour le moins étrange. Sharon Dushesneau et Candy Mc Cullough, deux jeunes femmes homosexuelles du Maryland ont donné naissance à un petit bébé, né d'une insémination artificielle.
La particularité ? Les deux femmes sont sourdes, et elles ont sélectionné un donneur également affecté de surdité congénitale afin que l'enfant naisse sourd. Sur ce point la nature les a comblé, le petit Gauvin-Hughes est sourd.
Les deux mères, par ailleurs spécialistes de santé mentale, se sont expliquées dans une interview au Washington Post : elles seront, disent-elles, de bien meilleurs parents d'un enfant sourd car elle le comprendront mieux et lui offriront "a better guidance". En outre ajoutaient-elles, la surdité ne devait pas être considérée comme un handicap mais comme un élément culturel participant de la définition de l'identité (cultural identity). L'une d'entre elle ajoutait d'ailleurs que si un enfant "normal" était une bénédiction, avoir un enfant sourd était une "special blessing", un must quoi. Alors pourquoi ne pas le faire ainsi ?
Inutile de dire quel débat a suscité cette naissance aux USA et en Angleterre (il semble que la nouvelle n'ait pas encore franchi l'espace francophone) : Doit-on admettre que des parents favorisent la naissance d'enfants handicapés parce que ce handicap fait l'enfant identique aux parents ? Jusqu'où admettre la manipulation de l'enfant à naître ? Celui-ci pourra t-il se retourner contre les deux femmes voire contre les médecins qui ont aidé cette manipulation, ou ne l'ont pas empêchée ?
On est surpris de voir combien le débat est réversible : on croyait jusqu'à présent que la science biologique et le vœu des parents iraient vers l'élimination de l'anormal et la transmission d'un capital génétique lavé de toute tare. La recherche de l'enfant parfait. Mais non. Bien plus amusante est la transmission délibérée d'un handicap qui rend l'enfant spécialement attachant et permet de vivre la grande aventure de la sainteté et de l'amour décuplé par la faiblesse.
Quel argument permettrait de servir de boussole, de repère, face à cette folie ? Comment s'orienter face à l'arrivée des enfants OGM, qu'ils soient améliorés ou diminués ou encore qu'ils soient conçus pour que leurs propriétés servent à d'autres (les USA ont ainsi vu se développer une vaste polémique sur les enfants dits "designers", qui sont triés par DPI pour des qualités qui permettront transplantation et transfusion à leur grand frère...) ?
Nous aurions souhaité susciter l'intervention des psychanalystes sur ce point qui ne paraît pas, à ce jour, avoir de réponse toute faite.
Pour en savoir plus :
http://news.bbc.co.uk/hi/english/health/newsid_1916000/1916812.stm
