Quelques remarques techniques sur le transfert dans les thérapies de la moyenne enfance
Auteur : Michel Daudin 29/04/2003
Le découpage de l'enfance en périodes peut paraître arbitraire, il correspond cependant à peu près aux repères scolaires de l'école primaire avec bien entendu un léger débord possible avant et après. Il correspond aussi à la fin des théories sexuelles infantiles "actives" c'est-à-dire encore très liées aux investissements objectaux, sans être déjà véritablement dans les prémisses d'une activité phallique; c'est aussi la période qui a gardé ce nom de latence, vouée aux apprentissages élémentaires intellectuels, voire de maîtrise corporelle.
Cette période de mise entre parenthèses au profit de l'éducation est souvent émaillée de symptomatologies résiduelles qui sont soit le témoin des antécédents de la petite enfance, soit l'angoisse d'avoir à assumer une perte cependant déjà effective par la prise dans le fantasme mais pas encore réalisée dans une assomption subjective.
La mise en question de la barre dans l'Autre (du manque de réponse de l'Autre parental ou social) est donc le plus souvent non interrogée sur un mode névrotique défensif mais en attente, avec des cortèges symptomatiques évocateurs d'éventuelles cliniques plus caractéristiques ultérieures.
Cette particularité, ce suspens sont retrouvés dans les incidences transférentielles. La mise en place de la demande est le plus souvent parentale ou éducative, celle-ci a souvent besoin d'être formulée devant l'enfant au décours des premiers entretiens, sans toutefois mettre l'analyste en position d'otage vis à vis de cette demande extérieure à l'enfant.
Mais cet extérieur est, dans cette position infantile transitoire, le lieu d'où il reçoit son message sous une forme directe au quotidien et qui fait sa souffrance. Souffrance néanmoins paravent de difficultés propres dans les signifiants qui font déjà le lit de son histoire. Le maniement du transfert consistera à faire de la réalité embarrassante une réalité signifiante dans la cacophonie, les barrages, les pesanteurs d'une histoire empêchée. L'appui sur le réel quotidien transposé dans le dessin ou les paroles sera plus fréquent et l'objet d'une attention plus soutenue que dans une cure adulte.
Les interventions seront généralement mieux supportées, car il s'agit davantage de fonctions symptomatiques que de véritables symptômes, donc moins sujets à la résistance dans le transfert.
Le transfert sera l'objet d'un traitement plus réel qu'imaginaire et sera un mode d'action pour nous déprendre des idéaux imaginaires véhiculés dans la demande parentale initiale à la thérapie. C'est la symbolisation du réel par son écoute ou parfois son interprétation qui permettra une fluidité signifiante et affective pour une enfance plus ludique, laissant du jeu aux acquisitions structurantes et aux incitations pulsionnelles en voie de socialisation.
Cette prise de l'analyste sur le réel permet d'une certaine façon de reprendre la formulation freudienne de "paranoïa dirigée" tout en laissant dégagée la place de l'objet pulsionnel et son articulation au représentant de la représentation mis au travail dans la cure analytique.
