Psychanalyse de l'Enfant et de l'Adolescent

 
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Le jour où Winnicott inventa le Placement familial thérapeutique (II)

Auteur : Marie-José Durieux 12/09/2004

Bibliographies Notes

Winnicott s'intéressa, pendant la guerre, aux enfants qui avaient été placés à la campagne dans des familles d'accueil pour échapper aux bombardements sur Londres et les grandes villes. Certains enfants ne s'adaptaient pas, présentaient des problèmes psychopathologiques divers qui étaient l'expression de troubles antérieurs qui n'étaient pas connus. Il imagina alors pour ces enfants un placement qui ait aussi un effet thérapeutique. Ce sera "le foyer" qui est en fait assez proche d'une famille d'accueil puisqu'il est dirigé par un couple marié "soigneusement choisi" qui accueille un petit nombre d'enfants, secondé par un psychiatre et un travailleur social qui assurent, auprès du foyer, un travail de soutien de réflexion et d'évaluation clinique des enfants en difficulté.

Rappelons, pour la petite histoire, que c'est là que Winnicott rencontra une assistante sociale, Clare Britton, qui allait devenir sa femme.

"Le placement des enfants difficiles peut-il être thérapeutique" se demande W (voir Les enfants et la guerre, Petite Bibliothèque Payot, 2004). Il l'est certainement et sous certaines conditions puisque c'est ce mode de soins que W préconise, une fois la paix revenue, pour les enfants à troubles du comportement qu'il désigne par "enfants à tendance antisociale" dans sa terminologie. C'est même là, la première thérapeutique.

"Il est inutile de proposer uniquement une psychothérapie aux enfants à tendance antisociale. Le dispensaire doit d'abord leur assurer un placement approprié, qui souvent se révèle lui-même thérapeutique si on a la sagesse d'attendre".

Cette "sagesse d'attendre" peut surprendre car il ne s'agit pas d'attentisme. Bien au contraire, les accueillants doivent "s'impliquer dans une relation affective". "Parce que ces enfants en quête d'une première expérience familiale, en ont besoin pour progresser. Le fait qu'un enfant commence à nous énerver est un signe d'espoir. Nous savons alors que le placement en foyer est thérapeutique".

Voilà donc à quoi on peut reconnaître que le placement d'un enfant est thérapeutique : quand l'enfant commence à nous énerver. W. est un homme qui sait donner de l'espoir.

Mais il faudra avoir "la sagesse d'attendre" car ce placement doit durer plusieurs années pour être utile.

Pour profiter de ce placement l'enfant doit en effet traverser plusieurs phases successives :
Dans la première "l'enfant est étonnamment normal (et ne redeviendra pas normal à ce point de sitôt), il est plein d'espoir, il ne voit pas les gens tels qu'ils sont, le personnel et les autres enfants ne lui ont pas encore donné de raisons de perdre ses illusions".

"Puis, tôt ou tard, l'enfant aborde la deuxième phase d'adaptation, celle de la perte de ses idéaux. Il commence par mettre concrètement à l'épreuve les lieux et les personnes". W. précise que "cette seconde phase a tendance à perdurer dans les foyers mal dirigés".

En fin "si le foyer résiste à ces attaques, l'enfant peut aborder la troisième phase ; soulagé, il s'installe et devient membre à part entière de la communauté".

Les personnes qui travaillent dans des Placements Familiaux connaissent bien ces différentes phases. Notons que la phase 2, celle où l'enfant met le placement à l'épreuve, a souvent tendance à s'allonger...

Mais il faut toujours croire en l'avenir car, comme le répète le grand Donald, "quand on travaille avec des enfants difficiles, il ne faut jamais perdre espoir".

Notes
Bibliographie