L'homogène
Auteur : Martine Campion-Jeanvoine 26/07/2003
Ce terme est venu sonner à mes oreilles comme "l'homme aux loups" ou "l'homme aux rats"... (*)
Pas "l'homme aux gènes" - au masculin - même si quelques scientifiques ou quelques journalistes voudraient le faire accroire. "L'homme aux gênes" - au féminin - peut-être ?
Enfin, ce n'est sans doute pas sans gêne qu'on s'engage sur la voie de l'homosexualité, même s'ils ont parfois fière allure avec leur dégaine de marin à la Jean-Paul Gaultier, plus ou moins étoffés, ces éternels adolescents ! Leur regard ne s'arrête pas sur les femmes qu'ils croisent mais parfois sur un semblable ou sur la lueur d'une vitrine qui leur renverrait quelque reflet. Auraient-ils réussi, ceux-là, à résoudre l'impossible équation du non-rapport sexuel ou crânent-ils de l'avoir évité ?
Adolescence, disions-nous, passage obligé pour l'assomption d'une identité sexuée. Pour chacun, le réel de ce corps qui se modifie et les pulsions qui l'assaillent renvoient à la peur de l'inconnu. C'est le temps de structuration nécessaire à l'identité symbolique où l'on cherche appui sur des identités imaginaires, de préférence à l'identique.
Effet de bandes, groupes homogènes souvent homosexués où, sinon, les filles ressemblent aux garçons et les garçons aux filles.
Dans les boutiques on dit "unisexe".
On se tient au chaud face au monde des adultes, celui du père, de l'hétéros, quoi !
Le père, celui-là en train de déchoir de sa place de héros, qu'on craignait si fort ou auquel on rêvait tant de ressembler mais dont on se prend à remarquer comme il peut être disqualifié, voire ridiculisé par la mère. Est-ce par le regard de la mère que le jeune garçon se sent invité à faire le choix de s'identifier à une figure féminine et d'éviter ainsi les embûches qui ne manquent pas de se présenter sur le chemin qui mène à une place d'homme ? D'autant que cette place d'homme est plutôt regardée de travers comme celle où, du phallus, il y en aurait trop, ou pas assez.
Et voilà notre jeune homme embarqué dans un évitement de type phobique qui ne sera pas sans incidences sur les choix de sa vie à venir.
On sait un peu où cela peut mener, le choix de l'homogène, du refus de la différence. Parce qu'au fond, c'est bien de cela qu'il s'agit derrière le discours affiché d'être reconnu dans sa différence.
De quels enjeux familiaux ce jeune garçon se fait-il le trait pour que l'annonce de son homosexualité n'engage pas plus la parole ? Famille où, à l'instar de notre société, le jeu des places mais aussi l'inscription dans la filiation se trouvent brouillés, et escamotée la question de la dette symbolique qui ne manquera pas de faire retour, y compris dans le réel du corps. Est-ce que cela ne mériterait pas qu'on prenne le temps de l'interroger sur ce qu'il présente alors comme un positionnement définitif et qu'on entérine comme tel dès lors qu'on se tait ?
"On", c'est-à-dire la personne auprès de qui se fait l'aveu ou la déclaration. La mère, par exemple mais peut-être pas par hasard, qui est censée "comprendre", à l'inverse du père, mais tout autre aussi bien et pourquoi pas le médecin de famille ?
Car S. Freud dit très clairement dans l'analyse du petit Hans, un cas de phobie infantile : "Il n'est en rien justifié de distinguer un instinct homosexuel spécial. Ce n'est pas une particularité dans la vie instinctuelle, mais le choix de l'objet, qui fait l'homosexuel".
Cette réflexion m'a été inspirée par la vague d'homosexualité masculine à laquelle nous assistons et qui semble déborder assez largement ce que nous appelons habituellement la structure perverse.
Notes
* Extrait d'un article paru dans le Journal Français de Psychiatrie n° 9 "Adolescences imprévisibles", Érès, Cahors, Février 2000, p.37.
