L'appétit d'apprendre (2) : qu'est-ce que le savoir inconscient ?
Auteur : Denise Vincent 27/09/2002
Le savoir inconscient, c'est celui que le petit sujet acquiert. C'est aussi un savoir que le petit enfant prête à l'Autre, en particulier à sa mère. Ce savoir qui vient de l'Autre maternel est particulièrement irréfutable. Il ne prête pour lui, la plupart du temps, à aucun doute.
Devant le mystère sexuel, ce savoir auquel l'enfant voudrait avoir accès, il le prête à l'Autre. L'Autre initial est évidemment la mère dont il dépend entièrement, auquel il est livré et dans un état d'impuissance totale. Quand il lui faut bien constater que sa mère n'a pas de pénis, il va tenter d'inventer quelque chose pour combler le trou. Cette lacune lui semble inadmissible. Notre accès au savoir inconscient, pour nous psychanalystes, à ce savoir inconscient inventé par l'enfant, c'est la lecture des traces. Si on parle de la lettre dans l'inconscient, c'est que c'est un savoir qui se lit et qui lie l'enfant à son inconscient, dans les deux sens du mot. C'est une lecture et un lien.
L'enfant garde inconsciemment les traces d'un savoir qu'il a acquis dans les premières années de sa vie et qui est la façon qu'il a eu d'imaginer, la façon dont il a rêvé la relation de son père et de sa mère ensemble. Freud a appelé cette scène rêvée qui aurait présidé à sa conception, la scène primitive. Nous l'avons vu, les origines de ce savoir se fondent sur les théories sexuelles infantiles. Vous ne vous doutez pas comme ces théories peuvent être variées et originales. Seuls les psychanalystes peuvent en avoir une idée et, parmi eux, les psychanalystes d'enfants sont bien placés pour saisir l'importance de cette mise en place.
C'est parce que l'enfant aime ses parents ou qu'il les déteste qu'il cherche à combler le trou, là où il imagine le rapport sexuel. Quelles sont donc ces traces que le psychanalyste va pouvoir recueillir auprès de son petit patient ? Ce savoir inconscient se donne à lire sous forme de traces, sous forme de lapsus ou de symptômes.
L'enfant obsessionnel, fille ou garçon, qui est particulièrement angoissé par ce trou et par la menace d'y être englouti, se refuse à céder la place à son père, il se refuse à penser que le pénis de son père viendrait l'évincer de sa place de propriétaire. C'est justement parce qu'il est trop proche de sa mère, qui a fait de lui son objet exclusif, qu'il est si angoissé. Que va-t-il mettre en bordure de ce trou béant ? Si étrange que cela paraisse, cet enfant va mettre au bord de ce trou une succession de lettres dans un certain ordre et d'une manière entièrement inconsciente, pour tenter de faire limite à la dévoration maternelle.
Que sont ces lettres ? D'où sortent-elles ? C'est ce que nous vous dirons la prochaine fois, mais faisons la remarque tout de suite que ces fameuses lettres vont se mettre en place très tôt, avant même l'apprentissage de la lecture, et qu'elles vont se trouver dans une très gênante concurrence avec les lettres de l'école, celles que l'enfant rencontre à l'occasion de l'apprentissage de la lecture.
L'enfant obsessionnel s'il n'est pas trop atteint est un élève précoce très attiré par la lecture et l'écriture. Ce sont des symptômes très particuliers qui vont attirer l'attention des enseignants ou des parents, mais auxquels il ne sera pas trouvé d'explications, s'ils refusent l'hypothèse de l'inconscient. Je vous parlerai la prochaine fois des symptômes d'un petit garçon vif et intelligent, particulièrement anxieux aussi, qui après des débuts aisés de la lecture et de l'orthographe se met tout à coup à faire toutes sortes de fautes incompréhensibles et qui refuse de ce fait, devant cette manifestation brutale de son inconscient, de continuer à aller en classe, ignorant comme le reste de son entourage d'où lui vient cette pluie inopinée de symptômes.
Les lettres dans l'inconscient =>
