Psychanalyse de l'Enfant et de l'Adolescent

 
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L'appétit d'apprendre (9) : les trois frères, ou l'autorité du père dévoyée

Auteur : Denise Vincent 27/09/2002

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Un jour je vis arriver à la consultation trois garçons impeccablement habillés de 12, 8 et 6 ans, trois beaux garçons d'origine martiniquaise. Leur mère les accompagnait là sur le conseil de l'école où tous les trois échouaient lamentablement. Les tests ne révélèrent aucune déficience intellectuelle ou instrumentale. On se plaignait à l'école de leur comportement asocial. Ils pouvaient se montrer agressifs et d'une surprenante grossièreté. Le père, convoqué à son tour, présentait la même surface lisse et une bonne volonté apparente et il insistait sur sa déception devant l'échec de ses garçons, reconnaissant que lui-même avait été un mauvais élève. Pour compenser cet échec il attachait une importance d'autant plus vive à leur réussite.

Quelque chose me fascinait dans la silhouette élégante de leur mère. Elle portait un beau chignon et un élégant chapeau de feutre, ses ongles soigneusement manucurés contrastaient avec son statut de mère au foyer. Mais son regard était d'une grande tristesse et elle me dit qu'elle était sujette à des accès de dépression soignés en ville par un médecin. Elle parlait sur un ton détaché qui contrastait avec son expression anxieuse.

Les enfants furent orientés vers des rééducations diverses qui avaient à peine commencé quand la mère demanda à me rencontrer en urgence. À ma grande stupeur, elle apparut sous un tout autre aspect. Sans perruque, sans feutre, elle m'apparut vieillie et pathétique. Ses cheveux tombaient par plaques et elle s'effondra en pleurs. Femme frigide, elle était sous la coupe de son mari qui tenait le rôle de souteneur. Elle n'était une mère accomplie qu'une partie du temps. Elle tapinait chaque soir sur les Champs-Élysées pour assurer confort et mise élégante à ses quatre hommes. Tout était sacrifié à l'apparence. Les enfants n'ignoraient qu'à moitié la double vie de leur mère. Leur identification au père pour les deux aînés et l'attachement désespéré du dernier à sa mère les tenaient à 100 lieues d'une adaptation à l'école. Le savoir dont ils étaient porteurs faisait totalement écran au savoir scolaire. La honte ou le défi les maintenaient dans les marges. Leur père délinquant, leur mère dévoyée, ne constituaient pas un cadre suffisant pour leur permettre l'accès à un savoir fait de règles et comprenant le contrat œdipien : "Tu n'approcheras pas le corps de ta mère." Comment l'injonction aurait-elle pu jouer quand le corps de cette mère pouvait se vendre au plus offrant ?

L'abolition du rapport d'un enfant à ses parents dans la succession des générations venait annuler la dette symbolique que tout enfant a contracté vis-à-vis de son père en naissant. Ce savoir sur la mise à mal du lien de filiation rendait l'accès aux apprentissages et au savoir culturel totalement impossible.

Comment, dans une pareille situation, ces trois garçons auraient-ils pu connaître la moindre entame, la moindre castration de leurs pulsions incestueuses, sachant que leur père acceptait que leur mère offre son corps au tout-venant. Dans ces conditions les théories sexuelles infantiles ne peuvent que tourner au cauchemar. Pas de pacte symbolique possible entre ce père et ses fils. Le pacte symbolique de la parole repose sur le fait que la parole de l'un, l'autre va chercher à l'entendre, à lui donner sa validité. Pour qu'à la parole du père puisse être accordé un certain crédit, il faut que le père puisse se montrer garant de sa fonction de père, que sa parole puisse être respectée. Les abus auxquels il consentait ne lui permettaient en aucune façon d'assurer sa place de géniteur. Du coup c'est toute la chaîne symbolique qui se trouvait gravement endommagée.

Frédéric fait de son père un père capable ->

Notes
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