Psychanalyse de l'Enfant et de l'Adolescent

 
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L'appétit d'apprendre (8) : peut-on se passer de l'autorité paternelle ?

Auteur : Denise Vincent 27/09/2002

Bibliographies Notes

Est-ce que nous pourrions nous passer de l'autorité d'un père en nous appuyant par exemple sur une société de frères ? On sait que les jeunes qui ne bénéficient d'aucune autorité se constituent en bandes, des bandes de motards, des bandes de rollers ou des bandes de supporters sportifs. Pacifiques ou agressifs, au lieu de rencontrer une limite, ils se mettent à partager une même jouissance. Ce sont les communautés homosexuelles qui représentent le mieux cet idéal de la jouissance en commun.

Bien sûr, je ne confonds pas ces bandes avec les associations sportives où c'est au contraire le règlement, la règle du jeu, l'autorité d'un moniteur, qui organisent la communauté. Là nous sommes beaucoup plus proches de l'autorité paternelle ou de l'autorité d'un maître et ma question est justement : "Peut-on s'en passer ?"

La communauté la plus fraternelle est peut-être la communauté des alcooliques. C'est une communauté très amicale, tout à fait fraternelle, où la générosité est de règle : "C 'est ma tournée, après ce sera la tienne." Aucune limite à ce programme, si ce n'est la capacité d'absorption de chacun. Je caricature pour vous faire entendre que l'autorité d'un père, d'un maître, il n'est pas sans inconvénient de s'en passer.

La première limite qu'établit le père est celle des générations. Si un enfant se soumet à la loi du père, c'est que contrairement à lui, il est dans l'incapacité de faire jouir sexuellement la mère, quand le père en est possesseur. Il faut remarquer que l'éducation d'un père rencontre un obstacle particulier quand la différence d'âge est celle de deux générations. Un père géniteur à l'âge d'être grand-père aura peut-être, tôt ou tard, des difficultés particulières. De même qu'un très jeune père, plus qu'une jeune mère, aura du mal à occuper sa place. On devient mère avec la naissance de l'enfant alors que père, on le devient après.

Freud, avec la forme mythique de l'œdipe, entendait promulguer le père comme celui qui fonde la loi. Qu'est-ce que ça veut dire ? Cette loi primordiale est celle de la castration, c'est-à-dire celle qui interdit à l'enfant le corps de sa mère et édicte l'interdit de l'inceste. Ce que révèle l'inconscient à propos du complexe d'Oedipe, c'est l'amnésie infantile portant sur les désirs du petit sujet. Les désirs primordiaux ont été refoulés, mais ils sont toujours là. Ceci pour comprendre que l'interdit du père n'est pas donné une fois pour toutes, l'autorité du père a à assurer la continuité de l'interdit. Le Surmoi n'est pas exclusivement d'origine paternelle, mais le Surmoi maternel est encore plus opprimant, encore plus ravageant. C'est pour autant que le père est aimé que le sujet peut s'identifier à lui. Cette identification trouve sa racine dans le refoulement des désirs. Son désir pour une femme a été différé. C'est le père qui confère au petit mâle la virilité dont il a déjà les titres en poche pour plus tard. Mais, pour l'heure, le père en tant que symbolique frustre bel et bien l'enfant. Pour la fille, le père se fait préférer à la mère parce qu'il a le phallus. Le père est avant tout une métaphore, un signifiant substitué à un autre signifiant. Le signifiant paternel aura eu la capacité de se substituer au signifiant maternel. C'est seulement à ce niveau que se situent les carences paternelles.

L'homosexuel est celui qui a gardé depuis l'enfance un rapport profond et perpétuel à sa mère. Aussi vrai que sa mère ne peut être privée de l'objet phallique dont il se fait le représentant, aucun partenaire de l'homosexuel ne saurait être privé du phallus. Il en fait la caractéristique exigible de ses partenaires sexuels. C'est la mère qui s'est arrogée une fois pour toutes le phallus paternel et qui en détient la puissance véritable. "La mère de l'homosexuel est une femme parvenue à la plénitude de ses capacités de voracité féminine, écrit Lacan. Ce bel objet imaginaire, il y a longtemps qu'elle l'a gobé."

Ce qui fait qu'un homosexuel n'est pas un psychotique est que le Nom du Père a fonctionné cependant. Il a joué comme point d'amarre de quelque chose dont le sujet se constitue. Son inscription symbolique s'est opérée, il n'y a pas déni de la qualification du père comme procréateur. La référence au père a pu organiser la réalité psychique. Mais la fonction du père n'a pas joué comme agent de la castration.

Les trois frères ou l'autorité du père dévoyée ->

Notes
Bibliographie