Psychanalyse de l'Enfant et de l'Adolescent

 
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Des prolos sur le divan ?

Auteur : Denise Vincent 26/05/2003

Bibliographies Notes

Le cabinet du psychanalyste constitue les plus souvent un excellent observatoire social. S'il accueille une grande variété de personnes en souffrance, ce lieu d'écoute reçoit très rarement la demande d'un OS.

Bien sûr les consultations publiques sont des endroits où nous rencontrons des exclus de toutes sortes. Toute la misère du monde y est représentée. La plupart des psychanalystes ont une pratique auprès de tous ceux ou celles que la vie moderne exclut et laisse sur la rive.

Il est habituel de dire que la classe ouvrière n'existe plus, que le malaise de la société atteint toutes les couches de la société sans distinction de classes. Mais les prolos ?

C'est cette question qui a fait mon intérêt pour le reportage très intéressant de Marcel Trillat intitulé justement "les prolos" qui est passé récemment sur les antennes publiques. Il a mené une longue enquête à l'usine de Vénissieux, "Renault Trucks", qui fabrique les camions de fort tonnage qui sillonnent nos autoroutes. On y fabrique des moteurs énormes en 7 minutes 75 sur une chaîne extrêmement sophistiquée où alternent les robots aux bras agiles, les presses puissantes et les interventions des mains de l'ouvrier à travers cette forêt mécanique.

La chaîne peut être perfectionnée par une mesure suggérée par l'ouvrier lui-même, la pose d'un taquet au bon endroit, un temps raccourci ou accéléré à un autre. L'ouvrier peut toucher une prime pour la suggestion apportée au fonctionnement de la chaîne qui améliore le rendement ou évite surtout la possibilité d'un loupé parmi les moteurs produits par la chaîne.

Ce n'est pas à nous de juger si cette prime est dérisoire par rapport aux améliorations des performances de la chaîne. Ce qui fait que cet ouvrier est un prolétaire tient à ce que le montant de cette prime sera décidé arbitrairement et nullement en proportion des bénéfices escomptés pour l'outil de travail.

À entendre ces ouvriers expérimentés, ce qui m'a frappée, c'est leur rigueur, leur solidarité entre eux, leur solidité. Il s'agit de professionnels, fiers de l'être. La seule chose qui pourrait les inquiéter serait la perte de leur emploi.

Leurs fils sont peut-être informaticien, ingénieur, professeur, architecte ou médecin. Bénéficient-ils de la même fierté d'appartenir à une profession, de savoir la défendre, et de la valoriser. Ils ne sont pas des prolos, mais sont-ils des pros ?...

Notes
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