Psychanalyse de l'Enfant et de l'Adolescent

 
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À Jacques Sédat, à Sophie de Mijolla-Mellor

Auteur : Charles Melman 19/01/2007

Bibliographies Notes

Organisateurs de la journée de l'A.I.H.P. du 10 février (CMME, à Paris) consacrée
"au statut et aux réglementations de la psychanalyse en Europe"


Paris, le 19 janvier 2007

Chers Collègues,

L'argumentation de votre journée peut étonner autant par ce qu'elle promet : le catalogue des mauvaises conduites faites à notre discipline par des gouvernements européens, que par ce qu'elle omet : les moyens pour essayer en France d'y parer.

Le droit, comme on sait, traite de l'individu abstrait et asexué. De même que la science, il forclot le sujet et s'il décide de la part qui revient à chacun il ignore forcément tout des conditions subjectives qui permettent d'en jouir lorsqu'on l'a. D'autant que c'est toujours ce qui est hors-la-loi qui entretient le désir.

L'exemple allemand nous rappelle que l'encadrement légal de la psychanalyse ne peut être que celui d'une nature morte.

La psychanalyse dite "à la française" par les anglo-saxons, sans doute parce qu'elle a été visitée par Lacan, qu'on aime ou qu'on haïsse, s'est récemment distinguée en obtenant le vote d'un article de loi qui reconnaît à nos sociétés l'habilitation à former et qualifier les élèves. Il est d'ailleurs étonnant que les opposants dans notre milieu à l'article 52 n'aient pas voulu le lire sous cet aspect puisqu'il avalise aussi les pratiques et continuent à agir pour en rendre les applications improbables. À moins qu'ils l'aient parfaitement vu, nous posant la question de ce qu'ils recherchent.

Dans une culture dominée par l'économie, une régulation n'a que deux moyens : l'intervention de l'État ou celle du marché. Dans les deux cas, la détermination est financière, qu'elle soit publique ou privée. De sorte que, le bénéfice attendu de la cure étant comptable, le sujet en analyse est handicapé d'emblée puisqu'il ne pourrait advenir qu'à se décompter.

Il resterait la solution initiée par J. Sédat avec S. Leclaire, celle d'un Ordre dont les réglementations spécifiques seraient reconnues par l'État.

Malheureusement l'évolution de l'Ordre des Médecins témoigne de l'incapacité à résister longtemps à la pression publique et à défendre les principes qui justifiaient les particularités d'une juridiction. Comment pourrait-il en être autrement dès lors que les psychanalystes seraient représentés par un Ordre ?

Dans l'état actuel de la culture, le voeu exprimé au psychanalyste reste le seul, avec celui formulé au prêtre, qui ne soit pas marqué par l'exigence d'un service à garantir en retour.

En fermer la possibilité, c'est inviter le patient à parler non plus sur le divan mais devant un guichet d remboursement.

Voilà, me semble-t-il, un point qu'une journée comme la vôtre pourrait utilement développer à l'intention du législateur.

En vous souhaitant bon courage,

Charles Melman

Notes
Bibliographie