Du trinitaire en ses nouages, actes du colloque du 11 et 12 décembre 2004 (Éd. de l'Ecole Psychanalytique du Centre-Ouest, nov. 2007)
Auteur : Pierre-Christophe Cathelineau 24/01/2009
Du Trinitaire en ses nouages est plus que le recueil des actes des journées du 11 et 12 octobre 2004. C'est un livre sur les aventures du noeud borroméen à travers la théologie jusqu'à la clinique la plus récente. L'invention de la trinité par les théologiens chrétiens y occupe bien sûr une place essentielle avec le récit toujours argumenté de ses schismes et de ses controverses. "Allez baptiser les nations au nom du père, du fils et du saint-esprit." Ainsi s'exprimait l'évangéliste Mathieu sans se douter que de cette formule allait naître trois siècles plus tard le dogme trinitaire. Les interventions de ce colloque proposent donc un subtil parcours qui va de sa première formulation incomplète au Concile de Nicée en 325 jusqu'à sa conceptualisation finale avec Thomas d'Aquin, en passant par le De Trinitate d'Augustin.
Il parvient à dégager de cette présentation trinitaire du Divin la question de la relation qui préfigure dans le De Trinitate et dans la Somme Théologique la problématique entrevue du nouage. Suivre ce parcours permet au-delà du seul fait religieux d'accéder à la nécessité structurale qui de l'Un conduit au Trois, comme si l'affirmation qu'il y a de l'Un ne trouvait sa juste mesure que dans le nouage de trois dimensions.
La lecture toujours intéressante de ces pages amène à une interrogation : la tradition théologique n'a-t-elle pas été pour Lacan une aide et une invitation au dépassement du formalisme logique issu de Frege, comme l'illustre, après l'approfondissement de la logique dans Ou Pire et Encore, la découverte du noeud borroméen ? Peut-être alors faut-il situer ici la vraie rupture épistémologique dans l'oeuvre de Lacan ? Comme le dogme trinitaire avait pu faire scandale à l'époque de son émergence, le noeud borroméen oblige non sans difficulté à penser l'Un à partir du Trois. C'est cette exigence, forçage du Réel, que nous rappellent ces actes, soulignant qu'après les mathèmes Lacan a fait un pas de plus et que la dernière partie de son oeuvre est dédiée à ce pas.
