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Vox populi, vox Dei

Auteur : Marc Nacht 07/06/2012

Bibliographies Notes

            Vox populi, vox Dei. Pas tout à fait. Quand l'Autre se prend les pieds dans le tapis, la raison n'est plus raison et le politique tisse de travers. De travers de quoi? De ce qui lui échappe du  réel incertain. Si incertain, ce réel, qu'à faire de sa brisure en mille marchés un petit tas  de rêve, on s'en débarrasserait au profit de tous. De tous- en- même, pourrait-on dire, puisque dans l'idéal toute brisure de l'Autre se vaudrait à l'encan de la distribution la plus égalitaire, aucun ne se distinguant plus de l'autre si minuscule soit-il.

            Alors, évidemment, le psychanalyste n'a plus grand-chose à faire dans ce tournant, sinon, à sa manière, le prendre lui aussi  de travers, c-à-d, en rétablir l'envers. Bien mauvais conseil, me direz-vous, qui ne peut qu'entraîner une sortie de route, sanctionnée d'un normatif retrait de points.

            Que "la politique n'ait pas sa place sur un site de psychanalyste" comme le fait dire Charles Melman à son interlocuteur cognitiviste, découle de ce que  la psychanalyse est à la politique ce que l'inconscient est au sujet. Encore faut-il qu'il y ait un sujet et pour cela quelque Autre suffisant à en faire valoir la division, ce qui implique que cet Autre puisse supporter cette barre qui rend caduque sa totalité. Si tel n'est pas le cas, l'icône ne peut être qu'appelée à en occuper la place, ne sachant pas, car elle est elle-même dupe de la soumission de son discours, que le "privilège accordé à l"imaginaire peut (le) conduire, en collectivité, au précipice"[1].  

            Cette "collectivité", dont  Marcel Gauchet disait qu'elle était le réceptacle du pathologique[2], ne serait-elle pas captée par un processus de concentration ? Processus résultant d'une réaction à ce que je hasardais comme les bris de l'Autre, ses débris, sous la forme très nouvelle des virtualités produites massivement en lieu et place et du nombre (au sens de la mesure) et du verbe dans sa fonction de différenciation (symbolique). Dans cette conjoncture, souvent qualifiée de postmoderne, l'on peut voir se dessiner en creux cette "Troisième facticité", ainsi nommée par Lacan, " réelle, trop réelle pour que le réel soit plus bégueule à la promouvoir que la langue, c'est ce que rend parlable le terme du: camp de concentration.[3]" Et  Lacan  de déplorer cette nouvelle forme de Trahison des clercs, à savoir  que nos penseurs "à vaguer de l'humanisme à la terreur" ne s'y étaient pas assez "concentrés". Autrement dit, nos penseurs n'y comprennent rien, ou pire adhèrent au "louque" ainsi gagné à peu de frais.

            Aux psychanalystes de ne pas céder à ces mêmes sirènes, et comme Ulysse de rester attachés au mât entre Charybde et Scylla.

Notes

[1] - Charles Melman, 29/05/2012, Communication et cognitivisme, site ALI.

[2] -A l'EPHP, le 24/05/2012.

[3] - Scilicet 1, 1968.

Bibliographie