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Vieillesse 68

Auteur : Charles Melman 11/02/2005

Bibliographies Notes

Il m'avait jadis fallu plusieurs jours pour convaincre Lacan que les événements de mai 68 ne constituaient pas un "événement" c'est-à-dire n'allaient rien changer au discours dominant. La fréquentation des amphis peuplés d'une jeunesse "révolutionnaire" impatiente d'un avenir dont elle n'avait pas la moindre idée m'avait rapidement montré les manoeuvres d'une élite politique soucieuse de s'imposer pour perpétuer, à son profit, la tradition des hommes de pouvoir.

La seule nouveauté était, contraire à la tradition marxiste, l'attaque contre les savoirs et ses représentants, la sagesse étant maintenant réservée aux seuls timoniers. Mais était-ce bien une nouveauté quand on se rappelait qu'elle avait inauguré, avec Saint Paul, l'expansion du christianisme ?

Mais au lieu de la pénitence, la licence sexuelle offerte en prime aux plus timorés donnait l'illusion d'une liberté politique et spirituelle réussie qui ne pouvait déboucher, c'était prévisible, que sur l'instauration d'un état de dépendance à l'égard des biens, en l'occurrence des biens à jouir. Partouzes et hypermarchés réconciliaient enfin le peuple et la bourgeoisie.

Définie par sa façon de dépenser - Mr Goblot 1925 - celle-ci se montrait capable de s'encanailler à l'image supposée du peuple tandis que celui-ci reprenait pour idéal le goût de la propriété et l'économie.

Nous en sommes encore là ; fête permanente dont le ludisme marque les activités les plus inattendues, privées comme le mariage, publiques comme la politique ou la religion. Et, sans doute est-ce encore dans la catégorie du spectacle qu'il faut situer ces "remakes" qu'on voit parfois se produire ici ou là.

Une foule enthousiaste - à la Mutu, par exemple - réunie par quelques vieux canassons qui ont montré leur aptitude à tirer la charrette des gens de pouvoir et à faire du crottin pour les jardins à la française, rassemblée contre elle ne sait pas quoi (les "annuaires" par exemple sans la moindre idée de ce dont il s'agit, mais vous lancez : Annuaires ! et la foule hue, comme à la Télé, puisqu'on le lui demande) et en faveur de ce qu'elle ignore encore davantage.

Là-dessus arrive un Ministre beau et généreux et qui affirme que tout va s'arranger : standing ovation des insurgés fiers d'avoir fait plier l'autorité, puisqu'elle est là et les aime.

Et puis tout le monde se sépare, heureux d'avoir vécu en live cette parodie de la réconciliation du Roi et de l'Assemblée : on tire ses mouchoirs plutôt que les fusils.

Pendant ce battage d'estrade, la triste réalité continue de se déliter : disparition programmée de la psychiatrie, multiplication des marabouts et des griots, (des emplois pour 100 000 personnes me disait Mr Dreyfus-Schmitt, député socialiste de Besançon) dans des "instituts de formation à la psychothérapie", alors que cette discipline n'a pas la moindre consistance ni existence ; en revanche pourquoi ne pas en faire le passage obligé des psychanalystes, contre leurs sociétés, comme en Italie ?

Imaginez le sourire de plaisir qui s'annonce sur le faciès de célébrités qui, parce que vedettes des médias, imposeront leurs caprices aux psychanalystes survivants, jusqu'à extinction : vieux règlement de comptes.

La foule rassemblée à la Mutu, composée aux trois-quarts des candidats "psychothérapeutes" analphabètes, applaudit à tout rompre - c'est mieux que "la Ferme" - les débris, qui furent les élèves d'Althusser, de Foucault, de Barthes, de Jakobson... leurs travaux, pour aboutir à ça...

Dehors, il fait froid.

Notes
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