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René Dupuis

Auteur : Charles Melman 17/06/2008

Mon vieil ami, mon frère, René Dupuis est mort dans la nuit du 16 juin.

Nous nous connaissions depuis toujours, sans doute avant d'être nés, et sans hiatus, avons poursuivi le même chemin.

Le sien avait pris des détours apparents : d'abord médecin populaire et aimé de la banlieue parisienne, à laquelle il renonce pour cette autre banlieue de l'Europe, l'Afrique où il servit l'OMS, et encore, une fois rapatrié d'urgence, cette clinique de la rue Riquet où son talent d'anesthésiste lui valut respect et reconnaissance.

Le bonheur de l'engagement politique et le positivisme de la médecine ne lui facilitaient pas l'accès à la psychanalyse. Mais son inquiétude devant leurs limites, la confiance qu'il avait dans l'amour pour Perla, le conduisirent chez Lacan.

Celui-ci était déjà âgé, allait un ou deux ans plus tard perdre la tête. Il reste que le parcours qu'il fit sur ce divan vite précaire, le marqua de la bonne façon et lui donna une intelligence et une capacité renouvelées.

Dans les péripéties qui suivirent, sa présence constante à mes côtés ne fut pas seulement une aide précieuse mais la garantie, pour moi, que je ne me trompais pas, que j'avais raison de prendre des risques et d'y aller.

Car René était un homme droit et juste, intransigeant (et c'est cette intransigeance qui le mit en danger en Afrique), étranger à la lâcheté physique ou intellectuelle, à la mesquinerie des relations, discret malgré ses nombreux talents.

Il aimait la vie, le soleil et les chansons, Perla et leurs filles qui les lui apportaient à foison.

Avec René, l'Association perd ce que, en chacun, il peut avoir de meilleur.

Le souvenir, en son cas, n'est pas vain.