Quand les mesures éducatives diminuent au profit de la judiciarisation croissante de la délinquance des mineurs
Auteur : Danièle Weiss 06/07/2010
Mon propos fait suite à l’article de Claire Feltin du 07-03-10 : Sur l’ordonnance de 45 ainsi que sur l’article de Jean Périn : Punir Plus.
Ces derniers mois, j’ai constaté en supervision d’équipes, une aggravation des violences à l’intérieur des structures d’hébergement de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, dont je vais tenter d’analyser les facteurs.
On constate une Judiciarisation croissante de la délinquance des jeunes, résultat d’une politique sécuritaire accrue depuis les années 2001. Le discours des politiques en place ainsi que les médias favorisant cette radicalisation.
Dans les foyers de la protection Judiciaire pour la Jeunesse : les professionnels sont soumis à des contraintes de remplissage en nombre de jeunes reçus, par leur hiérarchie, ce qui rend difficile les prises en charge éducatives. Les fonctionnaires sont souvent remplacés par des contractuels qui ne reçoivent pas de formation spécifique et restent peu de temps. Le corps professionnel de certains agents a été supprimé, comme les veilleurs de nuit, remplacé par le corps des éducateurs, ce qui oblige à reconsidérer en permanence les emplois du temps. La multiplication des statuts (contractuels et titulaires) n’aide pas à prendre des décisions éducatives collectives ni par ailleurs le jeu des primes octroyé aux directions pour faire appliquer une politique du chiffre et du calcul rentable. La réduction des effectifs a pour conséquence de positionner un directeur à la tête de plusieurs structures d’hébergements et de situer alors dans chaque structure, un « faisant fonction » …
Les adolescents accueillis dans ces structures sont issus pour la plupart de famille en grande précarité sociale : parents au chômage, famille monoparentale, mère victime de violence conjugale, enfants victimes d’agressions… alcool…
Adolescents en échec scolaire et défaillant dans la structuration Symbolique s’appropriant parfois l’identité du quartier comme seul arrimage.
Les actes de délinquance ont changé : Dans les années 60, la délinquance des jeunes visait principalement l’acquisition des biens : vols de voitures… Aujourd’hui, il s’agit aussi de destruction par la jouissance du feu : incendies de voiture, incendies de poubelles…Lors des émeutes en novembre 2005 après la mort des 2 adolescents de Clichy sous Bois, ce sont les bâtiments publics qui ont été attaqués, un signe symbolique fort.
Les placements pour délinquance sexuelle augmentent dans les structures. Signe aussi d’une non limite symbolique, d’une insuffisante maturité psychique, d’une plus grande intolérance face à ses délits.
L’adolescent met son corps en jeu: scarifications, anorexie, boulimie comme élément d’un réel dont il a la maîtrise, mais aussi violence sur le corps de l’autre, comme signe de son pouvoir et de sa jouissance.
La violence des jeunes dans les structures :
L’acceptation d’une autorité qui autorise et qui impose des contraintes souvent ressenties comme une frustration de jouissance est difficile pour les adolescents, à fortiori pour ces jeunes en attente d’une décision judiciaire. Sous l’effet de pulsions qu’ils n’arrivent pas à contrôler, (même si pour certains, il y a obligation de soins !) ils peuvent être violents vis à vis d’autres jeunes, parfois aussi vis à vis d’un éducateur ou ce qui est le plus courant : détériorer du matériel.
Des actes de rétorsion accomplis sur le corps d’un jeune par un petit groupe, conduit par un mineur qui est encore sous écrou, donc susceptible de retourner en prison, montre la difficulté actuelle des équipes à tenir le cadre éducatif dans la mesure où dans un foyer sont mêlés des jeunes aux actes transgressifs si différents. Parfois des adolescents ont connu comme première structure, un établissement fermé (prison pour mineur, centre fermé) et se retrouve dans un foyer où l’insertion, la compréhension de l’acte, l’acceptation de la loi et de la limite des jouissances ainsi que le vivre ensemble sont prépondérants.
Le problème de l’addiction aux drogues ainsi que la cessation du trafic est aussi difficile à résoudre dans certaines structures d’hébergement .Exemple: une bande de l’extérieur menace des jeunes qui vivent dans un foyer, d’avoir usurper leur part de marché…
Pour diminuer les actes illicites ou la violence dans les structures, il est nécessaire de prévoir davantage de groupes de paroles ou d’entretiens de groupe des jeunes accueillis.
Le fonctionnement de l’équipe éducative et la relation de l’équipe avec la direction est primordiale pour apaiser les tensions des jeunes : Les professionnels doivent se mettre d’accord sur les objectifs éducatifs, le règlement intérieur et sur la hiérarchie des sanctions, une tâche délicate dans la mesure où la jouissance de chacun peut l’emporter sur les règles collectives.
L’équipe éducative débordée se confronte à l’échec de leurs actions. On dit : « ce n’est pas ainsi que je conçois mon métier ». Elle demande alors de l’aide à la direction tout en se plaignant de la trop grande place prise par celle-ci…
