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Oedipe dyscalculique

Auteur : Charles Melman 31/01/2006

Bibliographies Notes

Un jeune et proche ami me raconte un rêve où je figure : Pendant que je semblais en train de trépasser, je lui faisais part de mon intention de lui transmettre la place que j'occupe dans l'Association ; proposition qu'il récuse, alléguant qu'il ne se sent pas à la hauteur.

Je ne m'en permettrai pas une analyse sauvage. Je ne m'autorise à le citer que par son côté très général : il montre comment la faute d'Oedipe n'est pas tant morale (après tout, il était sur les routes pour précisément ne pas accomplir l'oracle) que logique.

S'il avait volontairement visé d'occuper la place de son père, c'était par erreur de calcul. Il lui eut suffi en effet d'accéder à la suite des ordinaux pour saisir que sa place n'était pas de venir au lieu même occupé par son père - délégué à cette fonction - mais le rang d'après, dans une lignée donc. C'est en revanche d'en rester à la suite des cardinaux que s'impose l'idée que la possession de l'insigne phallique passe par l'investissement du trône solitaire où se tient le père, en tant que 1 réel, parmi d'autres collections de 1.

Remarquons en passant qu'il découle de ces deux manières des devoirs différents, puisqu'il s'agit dans le premier cas d'illustrer la charge endossée afin d'en transmettre une encore plus brillante à son successeur : simple usufruit de l'insigne phallique donc. Dans l'autre cas, se propose une libre disposition des biens, voire leur dilapidation en concurrence hâtive avec le meurtrier potentiel à venir.

À faire ces observations élémentaires, on croit écrire le scénario du roman bourgeois. Maupassant est déjà passé par là.

Mais, à ce point, surgit une aporie. Si la suite des cardinaux (1, 2, 3, 4...) spécifie le champ de l'Autre, et celle des ordinaux (1er, 2ème, 3ème, etc.) le champ des représentations (qui stipule donc l'au-moins-un originel) comment l'enfant, logé au champ de l'Autre, peut-il accéder à un ordre logique qu'il ignore ? Puisque pour y accéder il lui faudrait une reconnaissance symbolique, dont la dimension lui est occultée par son appartenance au champ de l'Autre. (C'est ici sans doute que le destin fait acte).

Comment accéder à un ordre dont la spécification vous est étrangère, sinon peut-être grâce à la présence réelle de la famille élargie par l'englobement de plusieurs générations. On sait l'attachement des enfants à cette vérification, aisément vécue comme une promesse et qu'il peut être utile de reconstituer par le récit quand elle fait défaut dans le réel. Les enfants adoptifs souffrent sûrement du manque de ce type d'historisation.

Une autre observation est encore suggérée par ce rêve. Venir à la place de celui qui est supposé en train de mourir, implique qu'on se prépare à en reprendre aussi avec lui le privilège. Et on comprend que, tout bien pesé, on puisse dans ce cas préférer ne pas se sentir à la hauteur.

Moralité : Comment ne pas se sentir coupable vis-à-vis du père, quoi que fasse le fils ?

P.S.

J'espère que des lecteurs avertis ont vu la solution de ce qu'on pourrait appeler la véritable énigme posée par la sphynge et développée dans cette analyse. Qu'ils veuillent bien dans ce cas la proposer à la rédaction. Ils auront droit à une publication de l'Association, autrement dit à la peste, du moins celle promise par Freud.

Notes
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